Nos titres sur ce sujet
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
Récits et ouvrages autour de ce sujet, classés par date, pour situer nos titres. Un lien mène à une édition libre en ligne quand elle existe, ou à notre fiche lorsque l'ouvrage fait partie de notre catalogue.
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Marco Polo, Le Devisement du monde (1298)
Au retour de Chine, le Vénitien longe la côte de Coromandel, s'arrête au tombeau de saint Thomas, décrit les pêcheries de perles, les rois nus couverts de joyaux, les bûchers de veuves et le royaume de Ceylan au Pic sacré. Toutes les merveilles qu'Hamilton retrouve, amoindries ou disputées, Marco Polo les voit éclatantes, quatre siècles plus tôt. Lire l'un après l'autre, c'est suivre la lente transformation d'un même rivage, des splendeurs médiévales aux comptoirs fortifiés du temps des compagnies.
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Ibn Battuta, Voyages (1325-1354)
Trois siècles avant Hamilton, le grand voyageur marocain longe déjà la côte swahilie de Mombasa et de Quiloa, remonte le golfe Persique, atteint l'Inde et sert le sultan de Delhi. Il voit ces mêmes ports musulmans quand ils sont au sommet de leur prospérité, avant que les Portugais ne les rançonnent et que les Arabes de Mascate n'en reprennent quelques-uns. Son témoignage donne la profondeur de temps qui manque au récit du capitaine, pressé par le négoce.
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Ludovico di Varthema, Itinéraire (1510)
Aventurier bolonais du début du seizième siècle, Varthema est l'un des premiers Européens à visiter La Mecque déguisé en pèlerin, puis à descendre la mer Rouge jusqu'à Aden et à gagner l'Inde. Il parcourt la côte d'Arabie qu'Hamilton longera deux siècles plus tard, s'arrête aux mêmes ports du café, décrit les mêmes cheikhs avides de tribut. Son récit picaresque éclaire, par avance, le monde arabe que le capitaine observera d'un œil plus froid de marchand.
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Antonio Pigafetta, Relation du premier voyage autour du monde (1519-1522)
Deux siècles avant Hamilton, le gentilhomme vicentin embarque avec Magellan et survit à l'expédition qui, la première, traverse le Pacifique. Il touche les Philippines où le capitaine trouve la mort, gagne Bornéo et sa cour fastueuse, charge le girofle des Moluques et longe Timor, ces mêmes îles où le marchand écossais viendra deux cents ans plus tard. Son journal émerveillé montre l'archipel des épices à l'instant où l'Europe le découvre, quand Hamilton n'en verra plus que les comptoirs disputés des compagnies. Lire l'un après l'autre, c'est suivre le passage du rêve des épices à leur négoce ordinaire.
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Cristóbal Acosta, Tractado de las drogas y medicinas de las Indias Orientales (1578)
Médecin et chirurgien, Cristóbal Acosta arrive à Goa vers 1568, l'année même de la mort d'Orta, dans la suite du vice-roi Luís de Ataíde. Il parcourt la côte de Malabar et le Konkan, voit pousser les plantes que les Colloques décrivaient, puis publie à Burgos un traité qui reprend Orta en castillan, le complète et le corrige çà et là. Son apport le plus précieux tient aux gravures sur bois : là où Orta n'avait mis aucune image, Acosta dessine les arbres et les drogues. Le livre prolonge les Colloques une génération plus tard et contribue à les faire connaître dans le monde hispanique.
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Jan Huyghen van Linschoten, Itinerario (1596)
Jeune Hollandais au service de l'archevêque de Goa de 1583 à 1588, Linschoten observe la ville portugaise vingt ans après Orta : ses marchés, ses fêtes, ses esclaves, ses églises, ses marchands banians et ses épices. De retour en Hollande, il publie un Itinerario qui livre aux Néerlandais les routes et les secrets du commerce portugais, et ouvre la voie à leurs flottes. Pour les plantes et les drogues, ses chapitres s'appuient largement sur les Colloques, annotés par le médecin Bernardus Paludanus. Le savoir réuni dans la maison d'Orta passe ainsi, par Linschoten, aux rivaux hollandais des Portugais.
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Matteo Ricci et Nicolas Trigault, Histoire de l'expédition chrétienne au royaume de la Chine (1615)
Le jésuite Ricci, entré en Chine à la fin du seizième siècle, apprend la langue et les classiques, gagne l'amitié des lettrés et pénètre jusqu'à Pékin. Son récit, mis en forme par Trigault, révèle à l'Europe une civilisation raffinée que le capitaine, un siècle plus tard, ne côtoiera que par le guichet des douanes de Canton. Là où Hamilton peste contre le Hapoa et ses exactions, Ricci décrit de l'intérieur la cour, l'examen des mandarins et la sagesse de Confucius, et donne à la Chine des marchands la profondeur savante qui manque au regard du seul négociant.
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Tomé Pires, Suma oriental (v. 1515)
Apothicaire et agent portugais, Pires rédige vers 1515, depuis Malacca même, la plus complète description du grand commerce asiatique de son temps, avant de mourir prisonnier en Chine. Il énumère les cargaisons, les routes et les nations qui se croisent au détroit, ce même verrou où Hamilton achève son deuxième tome. Son inventaire minutieux montre Malacca au faîte de sa fortune marchande, quand le capitaine écossais n'en verra plus qu'une colonie hollandaise, riche encore mais déchue de sa gloire première.
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Duarte Barbosa, Le Livre de Duarte Barbosa (v. 1516)
Facteur portugais du début du seizième siècle, Barbosa décrit l'océan Indien à l'heure où sa nation en tient les clés, deux siècles avant qu'Hamilton n'en constate le déclin. Cambay, Diu, Ormuz, Mombasa, Mozambique : toutes les places que le capitaine écossais trouve fortifiées, assiégées ou perdues, Barbosa les voit neuves, aux mains de la Couronne du Portugal. Lire l'un après l'autre, c'est mesurer la lente marée qui retire la puissance lusitanienne de ces rivages.
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François Pyrard de Laval, Voyage de François Pyrard de Laval aux Indes orientales (1611)
Naufragé aux Maldives en 1602, retenu cinq ans dans l'archipel, le Lavallois Pyrard de Laval finit par gagner la côte indienne, puis Goa, où il est soigné à l'Hôpital royal et emprisonné un temps avant de rentrer en France. Il décrit la ville au faîte de sa splendeur : les rues marchandes, les processions, les fidalgos, les médecins et les remèdes du pays. Un demi-siècle après Orta, il montre la capitale portugaise vue d'en bas, par un homme sans protecteur. Son chapitre sur l'hôpital de Goa fait écho aux scènes de soins des Colloques, où l'on soigne le choléra et le flux de ventre.
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Willem Schouten et Jacob Le Maire, Journal ou description du merveilleux voyage de Guillaume Schouten (1618)
Pour échapper au monopole de la Compagnie, qui seule peut emprunter le détroit de Magellan, des marchands de Hoorn cherchent un autre passage. En 1616, Jacob Le Maire et Willem Schouten découvrent le détroit qui porte le nom du premier, puis doublent un cap qu'ils baptisent Hoorn. Ils traversent ensuite le Pacifique par des îles que Van Noort n'a pas vues, Tuamotu, Tonga, Nouvelle-Irlande, avant d'arriver à Java, où la Compagnie confisque leur navire. Lu après le journal de 1598, ce récit montre à quelle vitesse la Hollande apprend le Pacifique : en vingt ans, la mer qui avait failli engloutir Van Noort devient une route connue.
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Joris van Spilbergen, Speculum Orientalis Occidentalisque Indiae Navigationum (1619)
Quinze ans après Van Noort, Joris van Spilbergen reprend sa route pour le compte de la Compagnie des Indes orientales. Parti en 1614 avec six navires, il franchit le détroit de Magellan, longe le Chili, écrase une escadre espagnole au large du Pérou en 1615, rançonne Paita, négocie à Acapulco, puis traverse le Pacifique vers les Philippines et les Moluques. Son récit, publié en 1619 avec celui de Le Maire et Schouten, se lit comme une version réussie du premier : même itinéraire, mêmes ennemis, mêmes ports, mais une flotte d'État mieux armée, qui fait de la mer du Sud un théâtre régulier de la guerre hollandaise contre l'Espagne.
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Nicolas Sanson et les cartographes du grand siècle (1650-1700)
Avant les relevés modernes, l'océan Indien se lit sur les cartes des géographes du roi, où les côtes qu'Hamilton dit si mal figurées prennent forme peu à peu. Suivre ces cartes, de la mer d'Éthiopie aux embouchures de l'Indus, permet de comprendre pourquoi le capitaine se plaint sans cesse de bancs et de rochers absents des portulans : il navigue dans un monde encore à moitié deviné, que d'autres, après lui, achèveront de dessiner.
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Robert Knox, An Historical Relation of the Island Ceylon in the East Indies (1659-1679)
Burckhardt ne connaît le roi de Kandy que par l'ambassade de Puqvoy. Le marin anglais Robert Knox, lui, a vécu dix-neuf ans dans son royaume. Capturé en 1659 avec une partie de son équipage par les troupes de Raja Sinha II, il survit en tricotant des bonnets et en prêtant du grain, jusqu'à son évasion vers le fort hollandais d'Arippu, qui l'envoie à Batavia. Rentré à Londres en septembre 1680, il publie son récit en 1681, avec l'appui de la Royal Society. Traduit en allemand dès 1689, il offre le revers exact de celui de Burckhardt : le Ceylan cinghalais de l'intérieur, vu par un captif, face au Ceylan des forts hollandais de la côte.
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Johan Nieuhof, L'Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies vers l'empereur de la Chine (1665)
Membre de la première grande ambassade hollandaise à Pékin, au milieu du dix-septième siècle, Nieuhof remonte la Chine de Canton à la capitale et rapporte des centaines de dessins qui fixent pour longtemps l'image du pays en Europe. Il voit, cinquante ans avant Hamilton, les mêmes fleuves, les mêmes ponts et les mêmes villes, mais du côté de l'ambassade quémandeuse plutôt que du marchand berné. Son livre éclaire le cérémonial et la morgue de l'administration impériale que le capitaine subira à son tour, sans en percer les usages.
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Arnoldus Montanus, Ambassades mémorables vers les empereurs du Japon (1669)
Compilateur hollandais du dix-septième siècle, Montanus rassemble les récits des envoyés de la Compagnie au Japon des shoguns, ce pays refermé sur lui-même que seuls les Hollandais approchent encore, par la mince fenêtre de Nangasaki. Son livre, tout bruissant de cortèges et de merveilles, montre l'empire clos qu'Hamilton n'entrevoit que de loin, et raconte par le menu la répression du christianisme et la ruse des marchands que le capitaine résume en quelques pages fortes. C'est le grand tableau européen du Japon interdit, dont Hamilton ne donne que l'esquisse.
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François Bernier, Voyage dans les États du Grand Mogol (1670-1671)
Médecin et philosophe, Bernier vit près de douze ans dans l'Inde du XVIIe siècle et la raconte avec l'œil d'un savant. Sa description des castes, des religions et de l'administration prolonge et affine les observations encore tâtonnantes de Pyrard sur les brahmanes et les nayres, et montre comment, en deux générations, le regard européen sur l'Inde gagne en méthode ce qu'il perd parfois en fraîcheur.
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Jean-Baptiste Tavernier, Les Six Voyages (1676)
Le marchand-voyageur du dix-septième siècle parcourt l'Asie des épices et des pierres précieuses, de la Perse aux Indes et jusqu'à l'Insulinde. Ses Six Voyages déroulent par le menu le négoce que les Dieppois avaient à peine entrevu : les poids, les monnaies, les ruses des marchés, l'art de marchander que Crignon découvrait à Ticou à ses dépens. On y retrouve, deux générations plus tard, ce même âpre commerce du poivre, mais conduit cette fois par un Européen rompu à toutes ses finesses.
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Jean-Baptiste Tavernier, Les Six Voyages de Jean-Baptiste Tavernier en Turquie, en Perse et aux Indes (1676)
Marchand de pierres précieuses, Tavernier fait six fois le voyage d'Orient entre 1631 et 1668. Il passe par Goa, alors déclinante, mais surtout il visite les mines de diamants du Deccan, de Golconde et de Kollur, qu'il décrit avec une précision de joaillier. Le colloque d'Orta sur le diamant, ses mines et ses tailles trouve chez lui un prolongement d'homme de métier, un siècle plus tard. Ses récits des cours moghole et persane, des routes de caravanes et des marchés de l'Inde font de lui l'un des grands témoins européens du XVIIe siècle indien.
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Robert Knox, Relation de l'île de Ceylan (1681)
Marin anglais retenu prisonnier près de vingt ans à Ceylan, tout près des Maldives, Knox écrit au siècle suivant un récit de captivité qui fait étrangement écho à celui de Pyrard : même apprentissage forcé d'une langue et d'un peuple, même patience, même évasion enfin. Deux Européens captifs sur les eaux de l'océan Indien, à un siècle de distance, et la même métamorphose du prisonnier en témoin.
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Engelbert Kaempfer, Histoire naturelle, civile et ecclésiastique du Japon (1690-1692)
Médecin de la Compagnie hollandaise des Indes, Kaempfer vit au Japon à la fin du XVIIe siècle, dans un pays désormais fermé aux étrangers et purgé des chrétiens. Son livre permet de voir ce qu'est devenu le Japon que Carletti avait abordé encore ouvert, avant que les croix de Nagasaki n'annoncent la grande clôture. Le même archipel, un siècle plus tard, verrouillé.
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William Dampier, Nouveau voyage autour du monde (1697)
Cent cinquante ans après les Parmentier, ce flibustier anglais devenu écrivain croise à son tour les côtes de Sumatra et les mers de l'Insulinde. Dampier observe les vents, les courants, les peuples avec une précision qui annonce la science. Son récit, immensément lu, montre ce qu'est devenu l'archipel que Crignon abordait en pionnier isolé : un carrefour où se croisent désormais Hollandais, Anglais et Portugais, et où le commerce du poivre a changé d'échelle.
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Gemelli Careri, Le Tour du monde (1699-1700)
À la fin du XVIIe siècle, ce magistrat napolitain refait, en touriste fortuné, le tour du monde que Carletti avait accompli en marchand ruiné. Manille, Acapulco, Mexico : il suit presque la même route et publie un récit qui connaîtra un immense succès. Lire Gemelli après Carletti, c'est mesurer le chemin parcouru entre l'aventure périlleuse et le voyage d'agrément.
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Gemelli Careri, Voyage autour du monde (1699-1700)
À la fin du dix-septième siècle, le juriste napolitain fait à ses frais le tour de la Terre. Il traverse la Chine, monte à Pékin, contemple la Grande Muraille, puis s'embarque à Manille sur le galion qui relie les Philippines à l'Amérique. Presque contemporain d'Hamilton, il parcourt exactement les mers de ce troisième tome, mais en curieux libre et non en marchand. Son témoignage confirme, corrige ou colore mainte scène du capitaine, de la cour de Canton aux rues de Manille, et donne un compagnon de route lettré à la traversée de l'Insulinde et des mers de Chine.
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William Dampier, A Continuation of a Voyage to New Holland (1699-1700)
Cinquante-six ans après Tasman, l'ancien boucanier William Dampier commande pour l'Amirauté anglaise un navire vermoulu, le Roebuck, et reprend la côte de Nouvelle-Guinée. Là où Tasman avait cru suivre un seul rivage continu, Dampier découvre un passage et baptise Nova Britannia la terre qu'il en sépare. Il observe les volcans, les pirogues, les villages, avec une curiosité de naturaliste que le journal du commandeur hollandais n'avait pas. Les deux récits se répondent : Tasman longe une côte qu'il croit unique, Dampier découvre que c'est un archipel, et la carte de la Mélanésie commence à prendre sa forme moderne.
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William Dampier, Voyage à la Nouvelle-Hollande (1703)
Soixante-dix ans avant Cook, un ancien flibustier devenu explorateur avait été le premier Anglais à décrire la Nouvelle-Hollande, touchant sa côte ouest en 1699. Dampier n'y vit qu'une terre aride et des habitants qu'il jugea misérables, et repartit sans soupçonner l'immensité du continent. Lire sa relation en regard de celle de Cook, c'est mesurer le chemin parcouru en trois générations : l'un aborde par hasard un rivage rebutant, l'autre lève méthodiquement toute une côte et lui donne un nom. Le même pays, vu par deux âges de la navigation.
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Peter Kolb, Caput Bonae Spei hodiernum (1705-1713)
Trente ans après l'escale de Burckhardt, le Franconien Peter Kolb débarque au Cap en 1705, envoyé par un conseiller prussien, le baron von Krosigk, pour y faire des observations astronomiques. Il y reste plusieurs années, jusqu'à ce que sa vue décline, et s'intéresse surtout à la colonie hollandaise et aux Khoïkhoï, ceux que Burckhardt appelle les Hottentots. Son grand livre paraît à Nuremberg en 1719, et une traduction française suit en 1741. Kolb rompt avec les clichés de ses prédécesseurs, compare les croyances des Khoïkhoï à celles des Européens et rapporte les razzias armées des colons. À relire en regard du chapitre du Cap, écrit par un soldat de passage pressé de repartir.
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Amédée-François Frézier, Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili et du Pérou (1716)
Trois ans après Rogers, l'ingénieur militaire Frézier part pour la mer du Sud sous l'habit d'un capitaine marchand. De 1712 à 1714, de Concepción à Valparaíso, de Callao à Arica, il lève en secret le plan des ports, compte les canons et les garnisons espagnoles, observe les mines et les cultures. Il rapporte en France le fraisier du Chili, qui donnera nos fraises de jardin. Sa relation paraît à Paris en 1716 et une traduction anglaise suit dès 1717. On y retrouve la côte que Rogers remonte, vue cette fois par un œil d'officier attentif aux défenses plus qu'au butin.
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Le Père Labat, Nouveau voyage aux isles de l'Amérique (1722)
Pour l'autre versant du livre, les Antilles, ce dominicain du début du dix-huitième siècle offre la grande fresque des îles que le second volume de la navigation décrivait encore presque vierges. Labat parcourt Saint-Domingue, raconte les sucreries, le bétail, les esclaves, le trafic des cuirs. Ce que le marin dieppois notait en quelques lignes sèches, le moine le déploie en tableaux entiers, et l'on voit ce qu'est devenue, en deux siècles, la côte des troupeaux sauvages.
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Johann Wolfgang Heydt, Allerneuester Geographisch- und Topographischer Schau-Platz von Africa und Ost-Indien (1733-1740)
Johann Wolfgang Heydt suit, un demi-siècle plus tard, le chemin de Burckhardt : un Allemand entré au service de la Compagnie en 1733, qui passe d'abord deux ans à Ceylan avant de gagner Batavia, où il devient en 1737 architecte et dessinateur de la Compagnie. Revenu en Europe en 1740 pour raisons de santé, il publie à Nuremberg en 1744 un grand album de plus de cent planches gravées d'après ses dessins, accompagnées d'un long texte : le Cap, Colombo et ses fortifications, Batavia, Malacca, les Moluques, Dejima. On y voit, dessinés, les lieux que Burckhardt décrit avec des mots : les citadelles, les rues, les jardins et la vie des employés européens des Indes.
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Richard Walter, A Voyage Round the World in the Years 1740-1744 by George Anson (1748)
Un siècle et demi plus tard, une escadre anglaise refait le parcours de Van Noort avec la même ambition : piller la côte espagnole du Pacifique et intercepter l'or de Manille. Le récit officiel de l'expédition de George Anson raconte le cap Horn dans la tempête, le scorbut qui tue des centaines d'hommes, l'escale de Juan Fernández, le sac de Paita, la traversée vers Guam, puis la prise du galion de Manille au large des Philippines en 1743. Un seul navire revient, chargé d'argent. Les ressemblances avec le journal de 1598 sont frappantes : même mer, mêmes ennemis, même hécatombe, mais cette fois un butin à la hauteur des pertes.
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Richard Walter, A Voyage Round the World by George Anson (1748)
Trente ans plus tard, l'escadre du commodore Anson refait presque la route du Duke. Partie en 1740, décimée par le scorbut au passage du cap Horn, elle se refait à Juan Fernández, où les marins trouvent des chèvres aux oreilles fendues qu'ils rattachent à Selkirk. Elle pille Paita, guette en vain le galion au large du Mexique, puis s'empare en 1743 de la Covadonga près des Philippines. Le récit, publié en 1748 sous le nom du chapelain Richard Walter, devient un grand succès de librairie. Il montre ce que la guerre navale a fait du modèle corsaire de Rogers.
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James Cook, Journal du premier voyage autour du monde (1768-1771)
En octobre 1769, Cook atteint la Nouvelle-Zélande avec la carte de Tasman sous les yeux : un trait de côte inachevé, une baie sanglante, un cap Maria van Diemen. En six mois, l'Endeavour fait le tour complet des deux îles et prouve qu'elles ne tiennent à aucun continent austral. Cook garde le nom de cap Maria van Diemen, passe en vue des Trois Rois, entre dans le détroit que Tasman avait pris pour une baie. Son journal est la suite et la correction de celui-ci : le même océan, les mêmes Maoris, mais un siècle et quart plus tard, et cette fois une carte entière.
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Jean de Surville, Journal du voyage du Saint-Jean-Baptiste (1769-1770)
En décembre 1769, un navire marchand français cherchait lui aussi une terre dans le Pacifique et longeait la côte nord de la Nouvelle-Zélande. Cook et de Surville passèrent à quelques dizaines de lieues l'un de l'autre, dans la même tempête, sans jamais se voir. Le journal du Français, longtemps oublié, raconte l'autre visage de cet instant : un équipage rongé par le scorbut, une relâche tendue avec les Maoris, un otage emmené de force. Lire ces pages en regard du journal de Cook, c'est saisir combien la découverte tenait au hasard des routes et des vents.
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Carl Peter Thunberg, Resa uti Europa, Africa, Asia, förrättad åren 1770-1779 (1770-1779)
Élève de Linné, le Suédois Carl Peter Thunberg s'engage en 1771 comme chirurgien de la Compagnie néerlandaise pour herboriser aux Indes. Il passe trois ans au Cap, gagne Batavia en mai 1775, séjourne au comptoir de Dejima et accompagne en 1776 l'ambassade hollandaise à Edo, puis vit à Ceylan de juillet 1777 à février 1778, avant de rentrer par le Cap. Son récit paraît à Uppsala à partir de 1788. Il refait presque, cent ans plus tard, le parcours du mémorial de Burckhardt, du Cap au Japon fermé en passant par Ceylan, mais avec l'œil d'un naturaliste : là où le commis rapporte des merveilles, Thunberg nomme, classe et décrit les plantes.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du Roi La Boudeuse et la flûte L'Étoile (1771)
Premier tour du monde officiel de la marine française, l'expédition de Bougainville passe près de deux mois dans le détroit de Magellan, de décembre 1767 à janvier 1768. Ses pages sur les baies abritées, les vents qui s'engouffrent, les forêts sombres et les Fuégiens rencontrés au bord de l'eau répondent directement aux semaines d'attente et de tempête que raconte Van Noort. Puis viennent Tahiti, les Moluques et Batavia, où les Hollandais tiennent désormais l'empire que la flotte de 1598 cherchait encore. Entre les deux livres, le ton a changé : l'aventurier pillard a fait place au savant et au philosophe, mais le détroit, lui, n'a pas changé.
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Julien Crozet, Nouveau voyage à la mer du Sud (1771-1773)
En mars 1772, les navires de Marion Dufresne mouillent dans une baie de la côte est de la Terre de Van Diemen, non loin du point où le charpentier de Tasman avait planté son poteau. Les Français voient enfin les habitants que Tasman n'avait qu'entendus, et la rencontre tourne mal. Quelques mois plus tard, en Nouvelle-Zélande, Marion et une partie de ses hommes sont tués par des Maoris. Le second, Julien Crozet, ramène l'expédition et confie son récit à l'abbé Rochon, qui le publie en 1783. Une même ligne de rencontres manquées court ainsi de la baie des Meurtriers à la baie des Îles.
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Marc-Joseph Marion du Fresne, Relation du voyage (1772)
Deux ans après Cook, un autre navigateur français jeta l'ancre dans la baie des Îles, ces rivages mêmes que l'Endeavour venait de longer. L'escale, d'abord cordiale, s'acheva dans le sang : Marion du Fresne et une partie de ses hommes furent tués par les Maoris qu'ils croyaient amis. La relation de ce voyage éclaire d'une lumière crue ce que le journal de Cook laisse deviner : la fragilité des premiers contacts, où un malentendu suffisait à faire basculer l'hospitalité en guerre.
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Le Gentil de la Galaisière, Voyage dans les mers de l'Inde (1779-1781)
Astronome envoyé observer le passage de Vénus au XVIIIe siècle, Le Gentil échoue dans ses calculs mais réussit, par hasard, une longue traversée de ces mêmes parages que Pyrard avait connus deux siècles plus tôt. Son récit montre une côte de Coromandel et des îles entrées, désormais, dans le grand jeu des empires européens.
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James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1790)
Un demi-siècle après Hamilton, l'Écossais James Bruce pénètre enfin l'Éthiopie que son compatriote n'avait connue que par le récit de missionnaires en fuite. Il vit à la cour du souverain que les Européens nommaient le Prêtre Jean, voit de ses yeux les mœurs, la viande crue, la monnaie de sel dont Hamilton n'avait connaissance que par ouï-dire. Son témoignage confirme, corrige et prolonge les pages étonnées que le capitaine consacre au royaume chrétien des montagnes.
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William Bligh, Relation de l'enlèvement du navire le Bounty (1790)
Dix-huit ans après l'Endeavour, chassé de son bord par la révolte, le lieutenant Bligh accomplit dans une simple chaloupe l'une des plus extraordinaires traversées de l'histoire de la mer. Sa route recoupe presque exactement celle de Cook : le détroit qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Nouvelle-Guinée, puis Timor, où lui aussi arrive épuisé et affamé. Ancien élève de Cook, dont il avait été le maître au dernier voyage, Bligh applique les leçons de son maître à survivre. Deux récits de la même mer semée de récifs, à quelques années d'écart.
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Jacques-Julien Houtou de Labillardière, Relation du voyage à la recherche de La Pérouse (1791-1794)
Envoyé avec Bruni d'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse, le botaniste Labillardière refait presque pas à pas une partie de la route de Tasman. Il herborise en Tasmanie, où les Français nouent cette fois des échanges paisibles avec les habitants, puis séjourne à Tongatapu, l'île d'Amsterdam du journal, et longe la Nouvelle-Irlande. Là où Tasman notait des porcs, des cocos et des pirogues, Labillardière décrit des plantes, des outils, des danses, des visages. Son récit, publié en 1800, est l'un des plus vivants de l'âge des expéditions savantes, et montre ce que les mêmes rivages deviennent sous le regard d'un naturaliste.
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Jean-François de Lapérouse, Voyage autour du monde (1797)
Quinze ans après Cook, la France envoie à son tour deux navires reconnaître le Pacifique. Lapérouse suit une part des routes de l'Endeavour, salue partout la mémoire du grand marin anglais, puis disparaît corps et biens à Vanikoro. Son journal, sauvé et publié en 1797, referme l'âge héroïque des découvertes océaniennes comme le journal de Cook l'avait ouvert. Le lecteur y retrouve les mêmes îles, déjà changées par le passage des Européens, et cette obsession des Lumières de tout cartographier avant de mourir.
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George Vancouver, Voyage de découvertes dans l'océan Pacifique Nord (1798)
Vancouver avait servi comme aspirant sous Cook. Devenu commandant, il revint au Pacifique dans les années 1790 pour en lever les côtes avec une minutie héritée de son maître. Son récit prolonge le geste de l'Endeavour d'une génération : mêmes escales polynésiennes, même patience du relevé, mais un monde insulaire déjà transformé par le commerce et les épidémies. On y voit ce que l'oeuvre de Cook a rendu possible, et le prix que les peuples du Pacifique commencent à en payer.
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Alexander von Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (1799-1804)
Deux siècles après Carletti, le savant prussien explore la Nouvelle-Espagne et le Pérou avec les instruments de la science moderne. Là où le marchand notait les prix du cacao et de l'argent, Humboldt mesure, classe et comprend. Les mêmes terres, vues par un esprit du siècle des Lumières, éclairent en retour la curiosité encore tâtonnante du voyageur florentin.
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William Mariner et John Martin, An Account of the Natives of the Tonga Islands (1806-1810)
En 1806, le navire anglais Port-au-Prince est pris par les insulaires aux Ha'apai, entre Tongatapu et Nomuka. Le jeune William Mariner, épargné, est adopté par le chef Finau et vit quatre ans parmi les Tongiens, dont il apprend la langue, les guerres et les cérémonies. De retour à Londres, il dicte ses souvenirs au médecin John Martin, qui les publie en 1817. Tasman n'avait vu les Tonga que depuis son pont et ses chaloupes, le temps d'un troc ; Mariner les raconte de l'intérieur. Les deux livres encadrent un siècle et demi de contacts entre les Tongiens et les Européens.
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Alexandre de Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (1807-1834)
Au seuil du dix-neuvième siècle, le savant prussien explore en naturaliste les côtes de la Terre Ferme, de la Rivière Grande à Carthagène et au-delà. Là où Crignon dressait l'inventaire des ports et des battures pour le pilote, Humboldt mesure, classe, comprend. Lire les deux ensemble, c'est suivre le même littoral à trois siècles de distance, du carnet de route du marin à la grande enquête scientifique.
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Matthew Flinders, A Voyage to Terra Australis (1814)
Une génération après Cook, un jeune officier anglais entreprit de faire le tour complet de la Nouvelle-Hollande et de prouver qu'elle formait un seul continent. Flinders acheva le relevé que l'Endeavour avait commencé sur la côte est, et proposa pour cette terre le nom d'Australie, qui prévalut. Son récit, publié en 1814, prolonge le geste de Cook d'un bout à l'autre du littoral, avec la même rigueur d'hydrographe et la même endurance devant les récifs et les vents contraires.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition during the Years 1838, 1839, 1840, 1841, 1842 (1838-1842)
Un an après l'Astrolabe, l'escadre américaine de Charles Wilkes suit presque la même route. Partie de Norfolk en août 1838, l'expédition relâche à Taïti en septembre 1839, relève les Samoa à l'automne, puis passe trois mois aux îles Fidji en 1840, mouillée notamment devant Levuka, la Lebouka du commandant. Wilkes y fait arrêter le chef Veidovi, tenu pour responsable du massacre de l'équipage du Charles Doggett en 1834, l'année même où l'Aimable-Joséphine était prise par les gens de Piva. En juillet, deux officiers tués à Malolo entraînent une expédition punitive. Les cinq volumes du récit, publiés en 1845, prolongent l'enquête de Dumont d'Urville, avec la même ambition hydrographique et la même violence.
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Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde (1839)
Le Beagle suit, entre 1832 et 1835, presque toute la route sud-américaine de Van Noort. Darwin fait escale à Port Desire, le Port Désiré où fut enterré le capitaine Huydecoper, remonte le détroit de Magellan, observe les Fuégiens, puis longe le Chili de Chiloé à Valparaíso, ressent à Valdivia le séisme de 1835 puis découvre Concepción en ruine. Là où le journal hollandais ne voyait que des aiguades, des ennemis et des vivres à prendre, le naturaliste lit les terrasses marines, les fossiles et les oiseaux. Les mêmes lieux, deux siècles plus tard, deviennent le laboratoire d'une idée qui changera la biologie.
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Charles Darwin, Journal of Researches (1839)
Embarqué sur le Beagle de 1831 à 1836, Darwin longe à son tour le Brésil, touche les Malouines, double le cap Horn, séjourne au Chili et au Pérou, puis passe cinq semaines aux Galápagos en septembre 1835, avant de rentrer par le Cap. Là où Rogers cherchait de l'eau douce et des tortues pour nourrir ses équipages, le jeune naturaliste note les différences d'une île à l'autre chez les pinsons et les tortues géantes. Son journal, publié en 1839, change le regard porté sur ces archipels que les corsaires de Bristol tenaient pour des cailloux secs et inutiles.
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Herman Melville, Typee: A Peep at Polynesian Life (1842)
En juillet 1842, quatre ans après l'Astrolabe, le baleinier américain Acushnet mouille dans la baie de Taïo-haé, quelques semaines après que l'amiral Dupetit-Thouars a pris possession de Nouka-Hiva au nom de Louis-Philippe. Un matelot de vingt-deux ans, Herman Melville, déserte avec un camarade, Toby, franchit les crêtes et descend dans la vallée des Taïpi, cette baie que le commandant avait longée en doublant la pointe Martin sans y voir les villages populeux décrits par Porter. Il y reste quelques semaines, que son livre étire en quatre mois. Typee, paru en 1846, mêle souvenirs, lectures et invention ; il fait de la vallée un paradis menacé et lance la carrière du futur auteur de Moby Dick.
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Herman Melville, Omoo: A Narrative of Adventures in the South Seas (1842)
Quatre ans après la reine en larmes de Papeïti, un matelot américain débarque à Taïti à la suite d'une mutinerie. Herman Melville a quitté Nouka-Hiva, où il vivait chez les Taï-piis dont Hutchinson parlait au commandant, sur le baleinier australien Lucy Ann. À Papeete, l'équipage révolté est enfermé par les autorités taïtiennes ; Melville erre ensuite dans les îles avec un compagnon fantasque, le docteur Long Ghost, gagne Eimeo et tente d'approcher la cour de Pomaré. Il arrive en 1842, au moment où la France impose son protectorat. Omoo, paru en 1847, raconte avec ironie les missionnaires, les marins déserteurs et la société de plage que Dumont d'Urville décrivait déjà.
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Max Radiguet, Les Derniers Sauvages : souvenirs de l'occupation française aux îles Marquises, 1842-1859 (1842)
Embarqué sur la Reine-Blanche, la frégate de l'amiral Dupetit-Thouars, Max Radiguet assiste en 1842 à la prise de possession des Marquises : Tahou-ata le 1er mai, Nouka-Hiva au début de juin. Il dessine, observe, interroge, et laisse du roi de Tahou-ata, ce Hio-tete que le Marquisien Moë présentait au commandant de l'Astrolabe comme un mauvais homme, un portrait resté fameux : un buste de Louis XVIII trempé dans de l'indigo. Ses souvenirs racontent la vie à Taïo-haé et à Tahou-ata, les tatouages, les fêtes, les chefs, la révolte de Hio-tete et les premiers temps de l'occupation française. Le livre reprend le récit presque là où ce tome s'arrête, au mouillage de Taïo-haé, quatre ans plus tard.
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James Clark Ross, A Voyage of Discovery and Research in the Southern and Antarctic Regions, during the Years 1839-43 (1842-1843)
Cinq ans après les corvettes françaises, James Clark Ross part des Malouines avec l'Erebus et le Terror et vient, à la fin de 1842, devant les terres que Dumont d'Urville avait nommées : la terre Louis-Philippe et la terre de Joinville. Il entre dans le golfe auquel il donne le nom de ses deux navires, puis pique au sud-est sur la route de Weddell. La banquise l'arrête à son tour : en mars 1843, il atteint 71° 30' sud, plus loin que les Français mais loin des 74° 15' de Weddell. Son récit paraît en 1847. Il donne raison, au moins en partie, au commandant de l'Astrolabe : la mer ouverte de 1823 ne se retrouve pas chaque année.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition (1844)
En février 1842, deux ans et demi après les Français, l'expédition américaine de Charles Wilkes jette l'ancre devant le bourg de Soung, à Jolo. Elle y retrouve le datou Molou, qui avait servi d'intermédiaire à Dumont d'Urville, et un sultan aux yeux rougis par l'opium, entouré de ses fils et de ses conseillers. Wilkes, qui vient de faire relâche à Caldera, petit fort espagnol voisin de Zamboanga, est là pour faire signer un traité de commerce et de protection des navires. Ses pages sur Sulu, reprises dans un recueil libre en ligne, forment le contrechamp exact des chapitres de ce tome : mêmes personnages, même cour, même méfiance, vues cette fois par un officier américain.
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Ludwig Leichhardt, Journal of an Overland Expedition in Australia, from Moreton Bay to Port Essington (1844-1845)
Six ans après la visite des Français, le naturaliste prussien Ludwig Leichhardt part de la région de Moreton Bay, en octobre 1844, pour rejoindre par la terre le port Essington. Plus de quatre mille kilomètres de brousse, de rivières et d'escarpements, des vivres qui s'épuisent, un compagnon tué lors d'une attaque nocturne : l'expédition est donnée pour perdue quand elle atteint enfin Victoria, la petite colonie où Dumont d'Urville avait dîné chez le commodore Bremer. Son journal, préfacé en 1846, décrit le même poste isolé, vu cette fois depuis l'intérieur du continent, comme le terme d'une traversée que la colonie avait été fondée pour rendre possible.
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John Elphinstone Erskine, Journal of a Cruise among the Islands of the Western Pacific (1849)
De juin à octobre 1849, le capitaine John Elphinstone Erskine conduit le navire britannique Havannah des Samoa aux Tonga, puis aux Fidji, aux Nouvelles-Hébrides et en Nouvelle-Calédonie. Aux Viti, il mouille à Ovalau, décrit le village de Levuka retranché derrière son fossé, reçoit à bord le missionnaire Hazlewood et des chefs chrétiens dans la baie de Bua, et s'entretient avec Cakobau, fils du vieux Tanoa, par l'intermédiaire du missionnaire Calvert. Le récit, publié à Londres en 1853, montre le chemin parcouru en une décennie par les missions wesleyennes que Dumont d'Urville voyait s'implanter. Lebouka, Boua, Bau : les noms de ce tome reviennent sous la plume d'un officier anglais, avec la même question du cannibalisme.
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Richard Francis Burton, Goa, and the Blue Mountains (1851)
En 1847, le jeune lieutenant Burton, malade, obtient un congé et descend vers Goa avant de monter respirer l'air des Nilgiri, les Montagnes bleues. Il trouve une capitale portugaise presque abandonnée, la Vieille Goa envahie par la végétation, ses églises et ses couvents silencieux, loin de la ville riche où Orta recevait ses visiteurs. Ironique, curieux de tout, déjà fasciné par les langues et les coutumes, Burton décrit les Canarins, les métis, les prêtres et les plantations. Son livre donne la mesure du temps passé : trois siècles après les Colloques, Goa est devenue un décor de ruines.
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Edmond Reuel Smith, The Araucanians, or Notes of a Tour among the Indian Tribes of Southern Chili (1853)
Le 4 janvier 1853, Edmond Reuel Smith quitte Concepcion pour la frontière du Biobío. Jeune Américain attaché à l'expédition astronomique envoyée au Chili par la marine des États-Unis, il a quitté le service pour voir de près ces Araucans dont tout le pays parle. Avec un interprète, il passe la rivière, va de cacique en cacique, assiste aux cérémonies des machis, aux danses et aux funérailles, puis revient à Concepcion avant de descendre la baie de Talcahuano. Son livre paraît en 1855. Quinze ans après l'Astrolabe, il prolonge les pages que Dumont d'Urville consacre aux Araucans d'après le vice-consul Bardel et le padre Gil, et sa visite au vieux cacique Penoleo, le dernier héros d'Ercilla.
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Herman Melville, Les Encantadas ou îles enchantées (1854)
En 1841, le baleinier Acushnet longe l'île Albemarle, aux Galápagos, avec à bord un jeune matelot nommé Herman Melville. Treize ans plus tard, sous le pseudonyme de Salvator R. Tarnmoor, il publie dans le Putnam's Monthly dix esquisses sur ces îles de cendre et de lave, peuplées de tortues, d'ermites et d'anciens repaires de boucaniers. Il y cite les vieux récits de boucaniers, comme celui de Cowley, ces marins qui, avant et après Rogers, venaient y chercher des tortues. Le texte, repris en 1856 dans The Piazza Tales, transforme en paysage moral l'archipel que le journal de Rogers décrit en marin pressé.
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Ida Pfeiffer, Meine zweite Weltreise (1856)
Viennoise partie seule autour du monde, Ida Pfeiffer arrive à Bornéo à la fin de 1851. De Kuching, chez le rajah blanc James Brooke, elle traverse avec une petite escorte, en pirogue et à pied, le pays des Dayaks, dort dans leurs longues maisons et atteint Pontianak, sur la côte occidentale, en février 1852. Elle passe ensuite par Java et pousse jusqu'au pays batak de Sumatra. Son récit, publié en 1856 et vite traduit, parcourt à hauteur d'homme la côte que les canots de l'Astrolabe n'ont fait qu'effleurer à l'embouchure de la Sambas, et donne chair aux Dayaks dont le manuscrit hollandais cité par Dumont d'Urville ne parlait que de loin.
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Albert S. Bickmore, Travels in the East Indian Archipelago (1865)
En 1865, le jeune naturaliste américain Albert Bickmore quitte Batavia pour les Moluques, sur les traces des coquillages décrits par Rumphius deux siècles plus tôt. Il passe par Makassar, séjourne à Amboine et dans les îles voisines, aborde Céram, gravit les pentes du Gounong-Api à Banda, puis explore Bourou avant de remonter vers Ternate et le nord de Célèbes. Son livre, paru en 1868, est celui d'un homme qui fonde ensuite un grand musée d'histoire naturelle à New York. Le volcan, les plantations de muscade et l'administration hollandaise y apparaissent une génération après Dumont d'Urville, peu changés en apparence.
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Alfred Russel Wallace, The Malay Archipelago (1869)
Vingt ans après le passage des corvettes, le naturaliste anglais Wallace parcourt l'archipel malais de 1854 à 1862. Il loge à Ternate, d'où il envoie en 1858 à Darwin sa lettre sur la sélection naturelle, et séjourne à Amboine, dont il décrit les jardins et la mer transparente. On retrouve chez lui les Hollandais, les sultans, les Chinois et les girofliers que Dubouzet décrivait en 1839, mais vus par un homme qui reste des mois et collectionne oiseaux et insectes. Le lecteur de ce tome y voit les mêmes rivages approfondis, avec la patience que la marine n'avait pas.
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George Chaworth Musters, At Home with the Patagonians (1869-1870)
En avril 1869, l'officier de marine anglais George Chaworth Musters quitte Punta Arenas, la colonie chilienne fondée en 1848 sur le détroit de Magellan, avec une petite troupe qui monte vers le fleuve Santa Cruz. La route passe par le havre Oazy, où les officiers de Dumont d'Urville avaient reconnu un camp de Patagons. Musters se joint ensuite aux Tehuelches de Casimiro et d'Orkeke, vit sous leurs tentes de peaux, chasse avec eux le guanaco et le nandou, et remonte toute la Patagonie jusqu'à Carmen de Patagones, sur le río Negro. Son livre, paru à Londres en 1871, donne des noms, des visages et des coutumes aux « géants » du havre Peckett.
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Constance Gordon-Cumming, At Home in Fiji (1875-1877)
En 1875, un an après la cession des Fidji à la Grande-Bretagne, l'Écossaise Constance Gordon-Cumming accompagne le nouveau gouverneur, sir Arthur Gordon, à Levuka, la Lebouka de Dumont d'Urville devenue capitale d'une colonie. Elle y arrive juste après une épidémie de rougeole qui a décimé les insulaires, et le gouvernement n'est pas même installé. Pendant deux ans, aquarelle à la main, elle rencontre les chefs, visite les missions et les villages, observe les cérémonies et la vie quotidienne. At Home in Fiji paraît en 1881. Le pays des vengeances et des alliances de 1838 y est devenu une province de l'Empire britannique, et la voyageuse mesure tout ce qui a changé en une seule génération.
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Anna Brassey, A Voyage in the Sunbeam (1876-1877)
Le 1er juillet 1876, le yacht Sunbeam quitte l'Angleterre pour un tour du monde, avec à son bord Thomas et Anna Brassey, leurs enfants, des amis et un équipage. La route ressemble à celle de l'Astrolabe : relâche à Ténériffe et ascension nocturne du pic, passage de la ligne, Rio de Janeiro et sa baie, puis le sud. Au lendemain du départ de Buenos Aires, le Sunbeam recueille l'équipage du Monkshaven, un voilier anglais dont la cargaison de charbon brûle en pleine mer. Viennent ensuite Punta Arenas, le détroit de Magellan et les canots des Fuégiens. Anna Brassey tient le journal d'une famille en mer, attentive aux escales que Dumont d'Urville avait décrites quarante ans plus tôt.
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Florence Dixie, Across Patagonia (1878-1879)
Lady Florence Dixie débarque à Punta Arenas, sur le détroit de Magellan, avec son mari, deux de ses frères et quelques amis. Lasse des salons de Londres, elle veut aller là où personne de son monde n'est allé. La petite troupe traverse à cheval les pampas de Patagonie vers les Andes, chasse le guanaco et le nandou, campe sous le vent et rencontre des familles tehuelches, ces Patagons que Dumont d'Urville avait reçus à son bord au havre Peckett en janvier 1838. Le livre, publié en 1880, garde le regard d'une cavalière plus que d'un savant, avec ses fatigues, ses repas de gibier et ses paysages immenses. Quarante ans après les corvettes, la même côte vue depuis la terre.
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Henry Ogg Forbes, A Naturalist's Wanderings in the Eastern Archipelago (1878-1883)
Entre 1878 et 1883, le naturaliste écossais Henry Ogg Forbes parcourt Java, Sumatra, puis l'est de l'archipel, Banda, Bourou et les îles Timor-Laut, au sud des Aru. Collecteur infatigable de plantes et d'oiseaux, il voyage en partie avec sa femme, et ses pages sur les îles orientales prolongent celles de Wallace, qu'il admire. Le récit, publié en 1885, montre les mêmes archipels un demi-siècle après les corvettes françaises : les mêmes petits ports, la même dépendance au commerce des épices et aux vents de mousson. C'est aussi un témoignage sur des sociétés insulaires que l'administration coloniale atteignait encore à peine.
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Ernst Haeckel, Indische Reisebriefe (1881-1882)
Deux siècles après Burckhardt, un autre Allemand découvre Ceylan avec émerveillement. Le zoologiste Ernst Haeckel, professeur à Iéna et grand défenseur de Darwin, débarque à Colombo le 21 novembre 1881, après un voyage par Bombay, et reste dans l'île jusqu'en mars 1882. Il installe un laboratoire à Belligemma, l'actuelle Weligama, sur la côte sud non loin de Matara, où Burckhardt avait chaviré, visite Kandy et le jardin de Peradeniya et gravit le plus haut sommet de l'île. Ses lettres, réunies sous le titre Indische Reisebriefe, célèbrent la jungle, la mer et la faune, avec les préjugés raciaux de leur temps.
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Isabella Bird, The Golden Chersonese and the Way Thither (1883)
En 1879, au retour du Japon, l'Anglaise Isabella Bird fait escale à Singapour. Invitée par l'administration coloniale, elle part cinq semaines dans les États malais tout juste placés sous protection britannique : Malacca, Selangor, Perak, à bord de petits vapeurs chinois puis à dos d'éléphant dans la boue de la jungle. Ses lettres, publiées en 1883, décrivent une Singapour devenue foule chinoise, malaise et indienne, quarante ans après celle que Dumont d'Urville trouvait déjà prospère. Le livre aide à mesurer le chemin parcouru par le port franc que l'amiral voyait grandir, et la façon dont l'Angleterre a transformé en protectorat l'arrière-pays dont il ne voyait que la côte.
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Robert Louis Stevenson, In the South Seas (1888-1889)
Le 28 juillet 1888, avant l'aube, le yacht Casco approche de Nouka-Hiva et entre dans la baie d'Anaho : Robert Louis Stevenson, malade des poumons, découvre les mers du Sud. Il gagne à pied Hatiheu en comptant les plates-formes de maisons abandonnées, mouille à Taïo-haé, séjourne à Hiva-Hoa chez les chefs d'Atuona, puis passe aux Pomotou et à l'atoll de Fakarava. Il écoute les chefs, les missionnaires et les traders, interroge les vieillards sur le tapu et sur les guerres d'autrefois, et s'attarde sur la dépopulation qui vide les vallées. In the South Seas, réuni en volume après sa mort, est le témoin lucide d'un monde que Dumont d'Urville voyait déjà décliner en cherchant en vain les villages de Porter.
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Charles Morris Woodford, A Naturalist among the Head-hunters (1890)
Entre 1886 et 1888, le naturaliste anglais Woodford fait trois séjours aux îles Salomon : à Alu et Fauro, puis à Aola sur Guadalcanal, et enfin à Roviana et Nggela. Il y rassemble des milliers de spécimens et raconte la vie des villages, les expéditions de chasseurs de têtes et les échanges avec les commerçants. Quelques années plus tard, il devient le premier commissaire résident du protectorat britannique des Salomon. Son livre prolonge les pages de Dumont d'Urville sur Isabelle et Guadalcanar : les mêmes rivages, un demi-siècle après, au seuil de la colonisation.
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Paul Gauguin, Noa Noa (1891-1893)
En juin 1891, Paul Gauguin débarque à Papeete avec l'espoir de trouver à Taïti le paradis que les récits de voyage lui ont promis. Il découvre une petite ville coloniale, la quitte vite pour Mataiea, sur la côte sud, prend une compagne tahitienne, Tehura, et peint. Revenu à Paris en 1893, il écrit Noa Noa avec le poète Charles Morice pour faire comprendre ses toiles au public. Le livre, mi-journal mi-poème, chante une Polynésie rêvée et regrette celle que les missionnaires et les colons ont transformée. Un demi-siècle plus tôt, devant l'immense église abandonnée de Papa-Oa, Dumont d'Urville méditait déjà sur la gloire passée de l'île : Sic transit gloria mundi.
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Joshua Slocum, Sailing Alone Around the World (1895-1898)
En février 1896, Joshua Slocum, seul à bord du Spray, un petit sloop rebâti de ses mains, entre dans le détroit de Magellan. Il fait relâche à Punta Arenas, où l'on le met en garde contre les Fuégiens, puis longe les parages de Port-Famine. Les canots le suivent ; un soir, pour dormir tranquille, il sème des clous de tapissier sur son pont, et les visiteurs nocturnes s'enfuient en hurlant. Chassé vers le cap Horn par une tempête au débouché du détroit, il y rentre par le canal Cockburn avant de gagner enfin le Pacifique. Les goulets, les rafales et les mouillages que décrit Dumont d'Urville, vus cette fois par un homme seul.
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Frederick William Christian, The Caroline Islands (1899)
À la fin des années 1890, le voyageur anglais F. W. Christian parcourt les Carolines alors espagnoles : Ponape et ses ruines de Nan Madol, Kusaie, Yap, Palaos et le lagon de Truk, l'ancien Hogoleu de ce tome. Linguiste autant que voyageur, il note les langues, les légendes et les monuments de pierre. Son récit permet de revoir, soixante ans après, les insulaires dont les pirogues avaient assailli le canot de l'Astrolabe à Rouk, et de mesurer ce que missions, baleiniers et commerçants ont changé entre-temps dans ces îles que l'expédition française n'avait fait qu'effleurer.
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Odoardo Beccari, Nelle foreste di Borneo (1902)
Le botaniste florentin Odoardo Beccari arrive à Kuching en juin 1865 et ne quitte Bornéo qu'en janvier 1868. Il vit dans une cabane au cœur de la forêt du Sarawak, collecte palmiers, fougères et plantes carnivores, chasse l'orang-outan et partage la vie des Dayaks, jusqu'à ce que la fièvre l'oblige à rentrer. Il publie son récit en 1902, traduit en anglais deux ans plus tard. Là où ce tome livre sur Bornéo l'inventaire froid d'un résident hollandais, bois, or, diamants et étain, Beccari raconte la forêt elle-même, son humidité, ses bruits et ses habitants, et offre au lecteur l'intérieur de l'île que l'expédition française a seulement deviné depuis la mer.
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Otto Nordenskjöld et Johan Gunnar Andersson, Antarctica, or Two Years amongst the Ice of the South Pole (1901-1903)
Soixante ans après Dumont d'Urville, les parages de la terre Louis-Philippe deviennent le décor d'une robinsonnade polaire. En février 1902, le navire Antarctic, commandé par Carl Anton Larsen, dépose le géologue suédois Otto Nordenskjöld et cinq compagnons sur l'île Snow Hill pour un hivernage. Venu les reprendre, le navire est pris dans les glaces et sombre le 12 février 1903 ; l'équipage hiverne dans une hutte de pierre à l'île Paulet, tandis que trois hommes passent l'hiver à Hope Bay dans un abri de fortune. Les trois groupes se retrouvent en novembre 1903 et sont recueillis par la corvette argentine Uruguay. Le récit, publié en suédois puis en anglais en 1905, raconte ces deux années parmi les glaces.
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Robert Neal Rudmose Brown, Robert Cockburn Mossman et James Hunter Harvey Pirie, The Voyage of the Scotia (1902-1904)
Le 25 mars 1903, la Scotia de l'expédition écossaise de William Speirs Bruce jette l'ancre dans une baie de l'île Laurie, aux Orcades du Sud, que les corvettes françaises avaient longée en février 1838. Prise par la glace jusqu'au 23 novembre, l'équipe bâtit une maison de pierre, Omond House, et y tient un observatoire météorologique. Le 22 février 1904, Bruce cède la station au gouvernement argentin : c'est la base Orcadas, en service sans interruption depuis. La Scotia pousse ensuite dans la mer de Weddell, découvre la terre de Coats et reste prise dans la banquise par 74° 01' sud. Le récit, écrit par trois membres de l'expédition et paru en 1906, garde la verve des journaux de bord.
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Jack London, The Cruise of the Snark (1907-1909)
Le 6 décembre 1907, après soixante jours de mer depuis Hawaï, le petit ketch Snark de Jack London double la pointe Martin, comme l'Astrolabe le 26 août 1838, et entre de nuit dans la baie de Taïo-haé. Lecteur de Melville depuis l'enfance, l'écrivain part à cheval pour Typee. Il y trouve une jungle où les plates-formes des maisons se perdent sous les arbres, et une douzaine de survivants rongés par la lèpre, l'éléphantiasis et la tuberculose. Le chapitre « Typee » de La Croisière du Snark, paru en 1911, dit sans fard la dépopulation des Marquises. Il rappelle aussi l'expédition de Porter contre les Taïpi, ce Porter dont un morne de la baie garde le nom.
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Jean-Baptiste Charcot, Le Pourquoi-Pas ? dans l'Antarctique (1908-1910)
En août 1908, Jean-Baptiste Charcot quitte Le Havre sur le Pourquoi-Pas ?, trois-mâts polaire construit pour lui à Saint-Malo, et atteint l'Antarctique en décembre. Comme Dumont d'Urville soixante-dix ans plus tôt, il passe par les Shetland du Sud : à l'île Déception, devant laquelle l'Astrolabe avait connu le calme et la goutte de son commandant, des baleiniers sont déjà installés, et l'expédition donne à leur mouillage le nom de baie des Baleiniers. Charcot hiverne en 1909 à l'île Petermann, relève la côte ouest de la péninsule Antarctique et découvre en 1910 la terre qu'il nomme d'après son père. Son journal, paru en 1910, prolonge en français le récit des navigateurs de l'Astrolabe.
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Ernest Shackleton, South: The Story of Shackleton's Last Expedition, 1914-1917 (1914-1917)
En janvier 1915, l'Endurance d'Ernest Shackleton est prise dans la banquise de la mer de Weddell, celle que Dumont d'Urville avait tenté de forcer en février 1838. Le navire dérive dix mois avec la glace avant d'être broyé ; il sombre le 21 novembre 1915. Les vingt-huit hommes campent sur les floes, puis gagnent en canots, en avril 1916, l'île Éléphant, la terre abrupte que les corvettes avaient longée après les Orcades. Shackleton repart avec cinq compagnons sur le James Caird jusqu'à la Géorgie du Sud et revient chercher les autres le 30 août 1916 à bord du Yelcho chilien. South, paru en 1919, raconte jusqu'au bout ce que le commandant de l'Astrolabe redoutait pendant ses cinq jours de blocus.
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Robert Lee Eskridge, Manga Reva, the Forgotten Islands (1931)
En 1927, le peintre américain Robert Lee Eskridge est à Taïti quand la reine Marau lui parle de Manga-Reva, de ses perles et de son isolement. Il s'y embarque et passe huit mois aux Gambier, parmi les derniers Mangaréviens et une poignée d'Européens. Il peint, écoute les histoires de tupapau, les esprits des morts, et consacre un chapitre au passé missionnaire de l'île, dont la grande cathédrale de Rikitea reste le monument. En août 1838, Dumont d'Urville voyait déjà, dans l'ancien temple de Riki-Tea, les blocs de corail taillés pour l'église à venir, et regrettait tant de peine. Paru en 1931, le livre montre ce que sont devenues, un siècle plus tard, les îles du roi Mapou-teoa.
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Bruce Chatwin, In Patagonia (1974-1975)
À la fin de 1974, Bruce Chatwin part pour la Patagonie sur la trace d'un morceau de peau de mylodon, l'animal préhistorique que Charley Milward, un cousin de sa grand-mère, marin installé à Punta Arenas, avait envoyé en Angleterre. De Buenos Aires à la Terre de Feu, il recueille les histoires de colons gallois, de hors-la-loi nord-américains, d'anarchistes et d'exilés, et remonte jusqu'aux géants patagons de Pigafetta et à l'origine de leur nom. Publié en 1977, son livre de courts chapitres a renouvelé le récit de voyage. On y croise de nouveau le détroit, les Patagons et la mémoire des devanciers que Dumont d'Urville passait en revue avant d'entrer au Port-Famine.
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Tim Severin, The Spice Islands Voyage (1997)
Dans les années 1990, l'aventurier Tim Severin refait la route de Wallace dans les Moluques à bord d'un prao construit pour l'occasion, baptisé Alfred Wallace. D'île en île, d'Amboine à Banda et aux Aru, il cherche ce qui reste des oiseaux, des forêts et des villages décrits au XIXe siècle par le naturaliste. Son livre referme une longue chaîne de regards sur ces îles des épices : après les Hollandais, Dumont d'Urville et Wallace, un voyageur de la fin du XXe siècle y mesure ce que le temps a fait du jardin d'Amboine.