Nos titres sur ce sujet
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
Récits et ouvrages autour de ce sujet, classés par date, pour situer nos titres. Un lien mène à une édition libre en ligne quand elle existe, ou à notre fiche lorsque l'ouvrage fait partie de notre catalogue.
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Abel Tasman, Journal de voyage (1643)
En 1643, le navigateur hollandais aborde le premier les îles qu'il nomme Amsterdam et Middelbourg, soit Tongatapu et Eua, cent trente-quatre ans avant Cook. Son journal, bref et méfiant, note le troc, les pirogues, la douceur trompeuse de l'accueil. Le relire avant ce tome, c'est prendre la mesure de ce que Cook trouve inchangé et de ce qu'il comprend en plus : là où Tasman ne voyait qu'une côte accueillante, Cook démêle une royauté, un tabou, un empire d'îles.
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William Dampier, A Continuation of a Voyage to New Holland (1699-1700)
Cinquante-six ans après Tasman, l'ancien boucanier William Dampier commande pour l'Amirauté anglaise un navire vermoulu, le Roebuck, et reprend la côte de Nouvelle-Guinée. Là où Tasman avait cru suivre un seul rivage continu, Dampier découvre un passage et baptise Nova Britannia la terre qu'il en sépare. Il observe les volcans, les pirogues, les villages, avec une curiosité de naturaliste que le journal du commandeur hollandais n'avait pas. Les deux récits se répondent : Tasman longe une côte qu'il croit unique, Dampier découvre que c'est un archipel, et la carte de la Mélanésie commence à prendre sa forme moderne.
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William Dampier, Voyage à la Nouvelle-Hollande (1703)
Soixante-dix ans avant Cook, un ancien flibustier devenu explorateur avait été le premier Anglais à décrire la Nouvelle-Hollande, touchant sa côte ouest en 1699. Dampier n'y vit qu'une terre aride et des habitants qu'il jugea misérables, et repartit sans soupçonner l'immensité du continent. Lire sa relation en regard de celle de Cook, c'est mesurer le chemin parcouru en trois générations : l'un aborde par hasard un rivage rebutant, l'autre lève méthodiquement toute une côte et lui donne un nom. Le même pays, vu par deux âges de la navigation.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde (1768)
En avril 1768, la Boudeuse mouille devant Tahiti, que Bougainville baptise Nouvelle-Cythère et quitte au bout de neuf jours, laissant derrière lui des ancres et une légende. Son récit, écrit en gentilhomme philosophe, invente à lui seul le mythe polynésien qui va occuper l'Europe pendant un siècle. Le lire avant ce tome, c'est mesurer la distance entre le rêve et l'enquête : là où Bougainville voit une île de la douceur, Cook et Anderson dénombrent les rangs, les guerres, les crânes du morai. L'ancre rachetée à Bora Bora est le fil qui relie les deux livres.
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James Cook, Journal du premier voyage autour du monde (1768-1771)
En octobre 1769, Cook atteint la Nouvelle-Zélande avec la carte de Tasman sous les yeux : un trait de côte inachevé, une baie sanglante, un cap Maria van Diemen. En six mois, l'Endeavour fait le tour complet des deux îles et prouve qu'elles ne tiennent à aucun continent austral. Cook garde le nom de cap Maria van Diemen, passe en vue des Trois Rois, entre dans le détroit que Tasman avait pris pour une baie. Son journal est la suite et la correction de celui-ci : le même océan, les mêmes Maoris, mais un siècle et quart plus tard, et cette fois une carte entière.
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Jean de Surville, Journal du voyage du Saint-Jean-Baptiste (1769-1770)
En décembre 1769, un navire marchand français cherchait lui aussi une terre dans le Pacifique et longeait la côte nord de la Nouvelle-Zélande. Cook et de Surville passèrent à quelques dizaines de lieues l'un de l'autre, dans la même tempête, sans jamais se voir. Le journal du Français, longtemps oublié, raconte l'autre visage de cet instant : un équipage rongé par le scorbut, une relâche tendue avec les Maoris, un otage emmené de force. Lire ces pages en regard du journal de Cook, c'est saisir combien la découverte tenait au hasard des routes et des vents.
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Julien Crozet, Nouveau voyage à la mer du Sud (1771-1773)
En mars 1772, les navires de Marion Dufresne mouillent dans une baie de la côte est de la Terre de Van Diemen, non loin du point où le charpentier de Tasman avait planté son poteau. Les Français voient enfin les habitants que Tasman n'avait qu'entendus, et la rencontre tourne mal. Quelques mois plus tard, en Nouvelle-Zélande, Marion et une partie de ses hommes sont tués par des Maoris. Le second, Julien Crozet, ramène l'expédition et confie son récit à l'abbé Rochon, qui le publie en 1783. Une même ligne de rencontres manquées court ainsi de la baie des Meurtriers à la baie des Îles.
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Marc-Joseph Marion du Fresne, Relation du voyage (1772)
Deux ans après Cook, un autre navigateur français jeta l'ancre dans la baie des Îles, ces rivages mêmes que l'Endeavour venait de longer. L'escale, d'abord cordiale, s'acheva dans le sang : Marion du Fresne et une partie de ses hommes furent tués par les Maoris qu'ils croyaient amis. La relation de ce voyage éclaire d'une lumière crue ce que le journal de Cook laisse deviner : la fragilité des premiers contacts, où un malentendu suffisait à faire basculer l'hospitalité en guerre.
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Georg Forster, Voyage autour du monde (1772-1775)
Fils du naturaliste embarqué sur le deuxième voyage, Forster a dix-sept ans quand il découvre Tahiti et les îles de la Société. Son récit, publié en 1777 dans l'année même où se situe ce tome, est le premier grand texte littéraire sorti des voyages de Cook : une prose sensible, indignée parfois, attentive à ce que l'arrivée des Européens détruit. Il décrit les mêmes plages, les mêmes chefs, la même flotte de guerre, mais avec les yeux d'un adolescent qui refuse d'être seulement témoin.
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John Ledyard, Journal du dernier voyage du capitaine Cook (1776-1780)
Un caporal américain des soldats de marine se trouvait à Kealakekua ce matin-là. Rentré chez lui, Ledyard publia à Hartford, en 1783, un récit du voyage qui devança de plus d'un an l'édition officielle et raconta la mort de Cook sans passer par l'Amirauté. Le ton est libre, parfois emprunté à d'autres, et le jugement sévère sur la conduite des officiers. C'est le premier contrepoint au texte que l'on vient de lire : deux hommes, la même plage, le même quart d'heure, et deux versions dont la comparaison a occupé les historiens depuis.
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Jean-François de La Pérouse, Voyage autour du monde (1785-1788)
Dix ans après Cook, La Pérouse traverse les mêmes eaux, relâche aux îles des Navigateurs voisines, et y perd son second dans un guet-apens qui répond, comme un écho sinistre, à toutes les amitiés fastueuses de ce tome. Son récit, sauvé du naufrage final par des copies expédiées à temps, montre le revers de la médaille polynésienne : la même mer, les mêmes chefs magnifiques, et la violence que Cook a côtoyée sans toujours la voir venir.
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Jean-Baptiste Barthélemy de Lesseps, Journal historique du voyage (1787-1788)
Le seul survivant de l'expédition La Pérouse fut celui qu'on renvoya. En septembre 1787, à vingt-deux ans, Lesseps débarque à Saint-Pierre-et-Saint-Paul avec les journaux de son commandant et l'ordre de les porter à Versailles par voie de terre. Il met un an à traverser le Kamtchatka, la Sibérie et la Russie, en traîneau à chiens puis à rennes, exactement par les chemins que King venait de décrire. Il passe par Bolcheretsk, s'arrête sur la tombe de Clerke, et retrouve les mêmes jourtes, les mêmes toïons, les mêmes ours. Aucun autre livre ne prolonge celui-ci d'aussi près.
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William Bligh, A Voyage to the South Sea (1787-1789)
Bligh apprit son métier de navigateur auprès de Cook, dont il fut le maître au troisième voyage. En 1788, il revient à Matavai chercher des arbres à pain et y passe cinq mois. Ce que Cook n'avait qu'entrevu, la lente corrosion des équipages par la douceur des îles, éclate ici en mutinerie. Le même mouillage, le même chef Otoo devenu plus puissant, la même méthode nautique, et une catastrophe humaine que Cook avait redoutée sans jamais la subir.
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John Meares, Voyages à la côte nord-ouest de l'Amérique (1788-1789)
Cook n'avait pas quitté Nootka que le prix des peaux de loutre à Canton faisait déjà courir les marchands. En 1788, Meares s'installe dans la baie même, y construit un petit navire, traite avec le chef Maquinna, et son établissement contesté déclenche la crise de Nootka qui manque de jeter l'Angleterre et l'Espagne à la guerre. Son récit, moins scrupuleux que celui de Cook, montre le revers de la découverte : en dix ans, l'anse aux loutres est devenue un comptoir, et le troc de fer du capitaine, le premier acte d'un grand commerce.
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John Meares, Voyages faits en 1788 et 1789 de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique (1788-1789)
Voici le projet du chapitre 19, mis à exécution huit ans plus tard, par un ancien officier de marine devenu marchand. Meares arme à Macao, remonte à Nootka, y bâtit une maison et un navire, achète les peaux de loutre aux mêmes conditions que King avait calculées, redescend les vendre à Canton, et provoque au passage la crise diplomatique qui faillit mettre l'Angleterre et l'Espagne en guerre. Son livre est vantard et souvent malhonnête, ce qui ne l'empêche pas d'être le premier document du commerce maritime des fourrures, celui que ce tome a inventé sans le savoir.
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James Morrison, Journal de bord de la Bounty et Mémoire sur Tahiti (1789-1792)
Le maître d'équipage de la Bounty, resté à Tahiti après la mutinerie de 1789, y vit près de deux ans avant d'être capturé, condamné, puis gracié. Son mémoire, écrit en prison, est la description la plus détaillée que l'on ait de la société tahitienne avant sa conversion : les arioi, les morai, le maro royal, les guerres de district, tout ce que Cook n'apercevait qu'en visiteur. Il éclaire de l'intérieur les chapitres d'Anderson, douze ans plus tard, sur les mêmes îles.
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William Bligh, Relation de l'enlèvement du navire le Bounty (1790)
Dix-huit ans après l'Endeavour, chassé de son bord par la révolte, le lieutenant Bligh accomplit dans une simple chaloupe l'une des plus extraordinaires traversées de l'histoire de la mer. Sa route recoupe presque exactement celle de Cook : le détroit qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Nouvelle-Guinée, puis Timor, où lui aussi arrive épuisé et affamé. Ancien élève de Cook, dont il avait été le maître au dernier voyage, Bligh applique les leçons de son maître à survivre. Deux récits de la même mer semée de récifs, à quelques années d'écart.
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Jacques-Julien Houtou de Labillardière, Relation du voyage à la recherche de La Pérouse (1791-1794)
Envoyé avec Bruni d'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse, le botaniste Labillardière refait presque pas à pas une partie de la route de Tasman. Il herborise en Tasmanie, où les Français nouent cette fois des échanges paisibles avec les habitants, puis séjourne à Tongatapu, l'île d'Amsterdam du journal, et longe la Nouvelle-Irlande. Là où Tasman notait des porcs, des cocos et des pirogues, Labillardière décrit des plantes, des outils, des danses, des visages. Son récit, publié en 1800, est l'un des plus vivants de l'âge des expéditions savantes, et montre ce que les mêmes rivages deviennent sous le regard d'un naturaliste.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean and Round the World (1791-1795)
Vancouver était sur la Resolution, gamin de quinze ans, quand elle franchissait le cercle polaire. Vingt ans plus tard, il commande sa propre expédition et retourne à Dusky Bay, en 1791, pour achever le levé que son ancien capitaine avait laissé inachevé dans un coin de sa carte. Il y retrouve la souche des arbres coupés par les charpentiers de Cook, l'emplacement de la forge, les traces de la relâche. Lire ce passage après ce tome donne le vertige : c'est le premier retour sur les lieux d'un livre.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean (1791-1795)
Vancouver était aspirant sur la Discovery pendant ce voyage. Quinze ans plus tard, il commande sa propre expédition, relâche à Dusky Bay puis au détroit de la Reine-Charlotte, et retrouve les souches des arbres coupés par les charpentiers de Cook. Le lecteur y voit ce que deviennent, en une génération, un mouillage familier et les gens qui y campaient.
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Jean-François de Lapérouse, Voyage autour du monde (1797)
Quinze ans après Cook, la France envoie à son tour deux navires reconnaître le Pacifique. Lapérouse suit une part des routes de l'Endeavour, salue partout la mémoire du grand marin anglais, puis disparaît corps et biens à Vanikoro. Son journal, sauvé et publié en 1797, referme l'âge héroïque des découvertes océaniennes comme le journal de Cook l'avait ouvert. Le lecteur y retrouve les mêmes îles, déjà changées par le passage des Européens, et cette obsession des Lumières de tout cartographier avant de mourir.
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George Vancouver, Voyage de découvertes dans l'océan Pacifique Nord (1798)
Vancouver avait servi comme aspirant sous Cook. Devenu commandant, il revint au Pacifique dans les années 1790 pour en lever les côtes avec une minutie héritée de son maître. Son récit prolonge le geste de l'Endeavour d'une génération : mêmes escales polynésiennes, même patience du relevé, mais un monde insulaire déjà transformé par le commerce et les épidémies. On y voit ce que l'oeuvre de Cook a rendu possible, et le prix que les peuples du Pacifique commencent à en payer.
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François Péron, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
Au moment même où Flinders longe la côte sud, l'expédition française de Nicolas Baudin explore les mêmes rivages en venant de l'est. Le 8 avril 1802, le Géographe croise l'Investigator dans une baie que Flinders nomme Encounter Bay, la baie de la Rencontre. Le naturaliste François Péron rédige le récit officiel, dont le premier volume paraît en 1807 et que Louis de Freycinet achève après sa mort. Les cartes françaises y baptisent Terre Napoléon une partie de la côte que Flinders venait de relever, ce qui nourrit une longue querelle de priorité. Le Géographe relâche à son tour à King George Sound au début de 1803.
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François Péron et Louis de Freycinet, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
C'est le récit d'en face : celui de l'expédition de Nicolas Baudin, que Flinders croise le 8 avril 1802 à la baie de la Rencontre. Le naturaliste François Péron y raconte la navigation du Géographe et du Naturaliste le long des mêmes côtes, puis l'escale de Port Jackson où les deux équipages se retrouvent. Mais le premier volume, paru en 1807, rebaptise les découvertes de Flinders : la côte sud devient Terre Napoléon, l'île des Kangourous île Decrès. Flinders, alors prisonnier à l'île de France, s'en indignera dans son propre livre. Lire les deux ensemble, c'est voir la même côte par des yeux rivaux.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde (1803-1806)
Vingt-cinq ans plus tard, la Russie fait enfin ce que King avait imaginé pour elle. Krusenstern relie le Kamtchatka au Japon et à Canton, porte une ambassade à Nagasaki qui attend six mois pour se voir éconduire, lève les Kouriles et Sakhaline, et vend à Canton les fourrures de la compagnie russo-américaine. On y lit, page après page, le programme du chapitre 19 exécuté par d'autres, et la première réponse sérieuse à la question que King laissait ouverte : que se passerait-il si le Kamtchatka commerçait directement avec le Japon ?
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John Martin, Récit de William Mariner aux îles Tonga (1806-1810)
En 1806, un mousse anglais nommé William Mariner survit au massacre de son navire et vit quatre ans parmi les Tongiens, adopté par un chef, apprenant la langue et les guerres de l'archipel. Dicté au docteur Martin, son témoignage est le plus intime que l'on ait de cette société de l'intérieur. Il éclaire, mieux qu'aucun autre, ce que Cook n'a pu qu'entrevoir de l'extérieur : le sens du tabou, la place du roi sacré, la logique des fêtes que ce tome décrit avec émerveillement.
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William Mariner et John Martin, An Account of the Natives of the Tonga Islands (1806-1810)
En 1806, le navire anglais Port-au-Prince est pris par les insulaires aux Ha'apai, entre Tongatapu et Nomuka. Le jeune William Mariner, épargné, est adopté par le chef Finau et vit quatre ans parmi les Tongiens, dont il apprend la langue, les guerres et les cérémonies. De retour à Londres, il dicte ses souvenirs au médecin John Martin, qui les publie en 1817. Tasman n'avait vu les Tonga que depuis son pont et ses chaloupes, le temps d'un troc ; Mariner les raconte de l'intérieur. Les deux livres encadrent un siècle et demi de contacts entre les Tongiens et les Européens.
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Archibald Campbell, Voyage autour du monde (1809-1810)
Trente ans après le drame, un matelot écossais naufragé et amputé des deux pieds échoue à Hawaï et y passe treize mois, de 1809 à 1810, sous la protection du roi Kamehameha, le Maiha-Maiha de ce tome. Il vit à Honolulu, tisse de la voile pour le souverain, observe une cour où le fer, les navires et les mousquets ont tout changé, et où l'ancien ordre des chefs tient encore. Aucun autre livre ne montre aussi bien ce que devint, en une génération d'homme, le monde décrit dans les derniers chapitres de ce volume.
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Otto von Kotzebue, Voyage dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1815, un officier russe repart chercher, dans le détroit même où Cook s'était arrêté, le passage que celui-ci n'avait pu forcer. Sur le brick Rurik, avec le poète et naturaliste Chamisso à bord, Kotzebue découvre au nord du détroit une vaste baie qui porte aujourd'hui son nom, et met au jour des falaises de glace fossile mêlée de terre. Il rôde le long de la banquise, interroge les Tchouktches, et se heurte au même refus que son devancier. Quarante ans après, l'Arctique n'a rien cédé.
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Otto von Kotzebue, Voyage de découverte dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1816, un capitaine russe repart chercher le passage par où Cook et Clerke avaient échoué. Il découvre le grand golfe qui porte son nom sur la côte américaine, y trouve des falaises de glace fossile pleines d'ossements de mammouths, mesure les courants du détroit et se heurte à la même banquise, au même endroit, à la même saison. Le savant embarqué, Chamisso, celui-là même qui avait écrit Peter Schlemihl, tient de son côté le journal le plus vivant de l'expédition. Deux générations, une seule barrière.
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Phillip Parker King, Narrative of a Survey of the Intertropical and Western Coasts of Australia (1818-1822)
Seize ans après Flinders, le lieutenant Phillip Parker King, fils d'un ancien gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, reçoit la mission d'achever le relevé des côtes que l'Investigator, trop délabré, avait dû laisser inachevé. Avec le petit cutter Mermaid et le botaniste Allan Cunningham, il mouille en janvier 1818 à King George Sound. Il y cherche en vain la bouteille que Flinders avait laissée avec le récit de son passage, non pour l'emporter mais pour y ajouter quelques lignes, et constate, carte en main, la justesse des relevés de son prédécesseur. Son récit, publié en 1827, se poursuit vers les côtes tropicales du nord et de l'ouest, mais garde Flinders pour modèle constant.
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Phillip Parker King, Relation d'une reconnaissance des côtes intertropicales et occidentales de l'Australie (1818-1822)
Fils du gouverneur Philip Gidley King, celui-là même qui arme les navires de secours pour les naufragés du récif, Phillip Parker King reprend l'œuvre de Flinders là où la captivité l'avait interrompue. Entre 1817 et 1822, sur le petit cotre Mermaid puis sur le Bathurst, il relève les côtes nord et ouest que l'Investigator, trop pourri, n'avait pu achever, et franchit à son tour le détroit de Torres. Sa relation, publiée en 1827, cite souvent son prédécesseur et corrige ses cartes avec respect. On y retrouve les mêmes récifs, les mêmes marées traîtresses, et la même patience d'hydrographe.
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Jacques Arago, Promenade autour du monde (1819)
Dessinateur de l'expédition Freycinet, Arago débarque à Hawaï en août 1819, quelques semaines après la mort de Kamehameha et quelques mois avant que son fils ne renverse publiquement la loi du tabou. Il assiste donc au dernier été de l'ordre dont King avait, quarante ans plus tôt, patiemment démonté les règles. Sa plume est vive, bavarde, souvent injuste, et prodigieusement vivante ; on y voit des chefs en habits d'Europe, des morais abandonnés et des interdits que plus personne ne fait respecter. La fin d'un monde vue par un homme qui ne sait pas qu'il la regarde.
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Ferdinand von Wrangel, Le Nord de la Sibérie (1820-1824)
Le chapitre 7 de ce tome soutient que la côte entre le cap Chelatskoï et le cap Nord doit s'infléchir vers l'ouest, et qu'il ne reste presque rien d'inconnu. Wrangel est allé vérifier. De 1820 à 1824, il part de la Kolyma, la rivière même de Deshneff, et pousse quatre fois sur la glace de mer en traîneau à chiens, à la recherche de la terre que les Tchouktches disaient voir au nord. Il ne la trouve pas, manque plusieurs fois de se perdre sur une banquise en dérive, mais relève enfin la côte que King avait devinée. L'île qu'il n'a pas atteinte porte aujourd'hui son nom.
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James Weddell, A Voyage Towards the South Pole (1822-1824)
Le titre est le même que celui de Cook, et ce n'est pas un hasard. En 1823, un chasseur de phoques écossais descend à 74° 15' sud, plus bas que la Resolution, sur une mer libre de glace qu'il n'explique pas. Cook avait déclaré la question close ; Weddell la rouvre pour de bon. Récit sec, âpre, sans aucune prétention savante, écrit par un homme dont le métier était de tuer des phoques et qui découvrit une mer à la place.
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William Ellis, Polynesian Researches (1822-1825)
Missionnaire à Huahine puis à Hawaï dans les années 1820, Ellis a vu les deux archipels de ce tome à la charnière de leur bouleversement. Il parle les langues, recueille les généalogies et les mythes, décrit les temples avant leur démolition et les rites au moment où on les abandonne. Son témoignage confirme, corrige et complète presque tout ce que Cook avait noté à la hâte, et permet de comprendre après coup ce que signifiait le sacrifice d'Attahooroo.
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John Williams, Récit d'entreprises missionnaires dans les mers du Sud (1823)
Le missionnaire qui aborde Rarotonga en 1823 et parcourt les îles Cook et les Amis inaugure le siècle qui va transformer ces sociétés de fond en comble. Son livre, best-seller de l'Angleterre victorienne, raconte avec ferveur ce que Cook avait laissé intact et que la mission entreprend de refaire. Entre les deux récits tient tout ce qui bascule : les dieux abandonnés, l'étoffe remplacée, le tabou aboli. Williams paie de sa vie, à Erromango, l'œuvre qu'il croit apporter.
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Frederick William Beechey, Voyage vers le Pacifique et le détroit de Béring (1825-1828)
En 1826, le Blossom pousse plus loin que Cook n'avait pu aller. Beechey double le cap de Glace, atteint la pointe Barrow, l'extrémité nord-ouest de l'Amérique, et attend là un Franklin venu par l'intérieur qui n'arrivera jamais. Il complète, mille sur mille, la carte que ce tome laissait inachevée au mur de banquise, décrit les Esquimaux de la côte et leurs échanges avec les Tchouktches d'en face. Son récit ferme, un demi-siècle plus tard, la ligne que Cook avait tracée jusqu'à l'endroit exact où les glaces l'avaient rejeté.
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Jules Dumont d'Urville, Voyage de la corvette l'Astrolabe (1826-1829)
En octobre 1826, deux jours après avoir aperçu le cap Leeuwin, l'Astrolabe de Jules Dumont d'Urville jette l'ancre à King George Sound, que les Français appellent le port du Roi-Georges. L'escale dure dix-huit jours. Les marins y nouent des rapports amicaux avec les habitants, que le dessinateur Louis de Sainson représente dans plusieurs planches de l'atlas. D'Urville juge le lieu propre à une colonie et s'étonne que les Britanniques ne s'y soient pas encore installés ; quelques semaines plus tard, une petite garnison envoyée de Sydney y fonde le poste qui deviendra Albany. Le récit officiel, publié à partir de 1830, offre un regard français sur les rivages décrits par Flinders.
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Charles Sturt, Two Expeditions into the Interior of Southern Australia (1828-1831)
Flinders avait longé la baie de la Rencontre sans y voir déboucher de grand fleuve. Vingt-huit ans plus tard, Charles Sturt arrive au même endroit par l'intérieur. Parti de Sydney, il descend en baleinière le Murrumbidgee puis le Murray jusqu'au lac Alexandrina, à deux pas de la côte que l'Investigator avait relevée. L'embouchure, ensablée, ne laisse pas passer de bateau : il faut remonter tout le fleuve à la rame, épuisés et à court de vivres. Son récit, publié en 1833, ouvre la voie à la fondation de l'Australie-Méridionale, sur les rives mêmes du golfe Saint-Vincent découvert par Flinders.
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Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde (1831-1836)
Le 6 mars 1836, le Beagle du capitaine FitzRoy entre à King George Sound pour une escale de huit jours, la dernière en Australie. Le jeune Charles Darwin n'y voit qu'une campagne sablonneuse et monotone, mais il accompagne FitzRoy à Bald Head, où les navigateurs précédents avaient cru reconnaître des coraux ou des arbres pétrifiés ; il y identifie des concrétions calcaires formées autour de racines ensevelies dans le sable. Un soir, il assiste à une grande danse réunissant les gens du Sound et un groupe venu de l'intérieur. Son journal, publié en 1839, mêle ainsi le dialogue savant avec ses prédécesseurs et un regard souvent dur sur les peuples rencontrés.
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Thomas Mitchell, Three Expeditions into the Interior of Eastern Australia (1831-1836)
Arpenteur général de la Nouvelle-Galles du Sud, Thomas Mitchell part de Sydney, comme Flinders y avait refait son navire, mais vers l'intérieur. Lors de sa troisième expédition, en 1836, il traverse les plaines de l'actuel Victoria, qu'il baptise Australia Felix, et atteint la baie de Portland, sur la côte que Flinders avait longée entre le cap Northumberland et le cap Otway. Il y trouve, stupéfait, des colons déjà installés. Du haut du mont Macedon, il aperçoit Port Phillip, la baie qu'avait explorée l'Investigator. Son récit, publié en 1838, accélère la colonisation de ces terres.
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John Lort Stokes, Discoveries in Australia (1837-1843)
Officier du Beagle, déjà à bord lors du voyage de Darwin, John Lort Stokes revient en Australie sur le même navire pour compléter la carte des côtes. En 1841, il gagne le fond du golfe de Carpentarie, mouille dans l'Investigator Road de l'île Sweers et y retrouve la trace du passage de Flinders. Il remonte ensuite deux rivières, qu'il nomme Flinders et Albert, et baptise Plains of Promise les plaines herbeuses qu'il découvre, promesses de pâturages pour les colons. Son récit, illustré, se lit comme une seconde visite des rivages qui ferment ce tome, quarante ans plus tard, avec déjà le regard d'une colonie qui cherche des terres.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition during the Years 1838, 1839, 1840, 1841, 1842 (1838-1842)
Un an après l'Astrolabe, l'escadre américaine de Charles Wilkes suit presque la même route. Partie de Norfolk en août 1838, l'expédition relâche à Taïti en septembre 1839, relève les Samoa à l'automne, puis passe trois mois aux îles Fidji en 1840, mouillée notamment devant Levuka, la Lebouka du commandant. Wilkes y fait arrêter le chef Veidovi, tenu pour responsable du massacre de l'équipage du Charles Doggett en 1834, l'année même où l'Aimable-Joséphine était prise par les gens de Piva. En juillet, deux officiers tués à Malolo entraînent une expédition punitive. Les cinq volumes du récit, publiés en 1845, prolongent l'enquête de Dumont d'Urville, avec la même ambition hydrographique et la même violence.
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Edward John Eyre, Journals of Expeditions of Discovery into Central Australia and Overland from Adelaide to King George's Sound (1840-1841)
En 1841, Edward John Eyre accomplit à pied ce que Flinders avait fait par mer : relier Fowler's Bay à King George Sound en longeant les falaises de la Grande Baie. Cinq mois de marche, presque sans eau, avec son contremaître John Baxter et trois compagnons aborigènes, au bord d'une plaine qui ne s'appellera Nullarbor que plus tard. Baxter est tué en route ; Eyre et le jeune Wylie, originaire de King George Sound, ne survivent que grâce à la rencontre inespérée d'un baleinier français, le Mississippi, mouillé près de l'archipel de la Recherche. Le journal, publié en 1845, offre le pendant terrestre exact de ce premier tome.
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Herman Melville, Typee: A Peep at Polynesian Life (1842)
En juillet 1842, quatre ans après l'Astrolabe, le baleinier américain Acushnet mouille dans la baie de Taïo-haé, quelques semaines après que l'amiral Dupetit-Thouars a pris possession de Nouka-Hiva au nom de Louis-Philippe. Un matelot de vingt-deux ans, Herman Melville, déserte avec un camarade, Toby, franchit les crêtes et descend dans la vallée des Taïpi, cette baie que le commandant avait longée en doublant la pointe Martin sans y voir les villages populeux décrits par Porter. Il y reste quelques semaines, que son livre étire en quatre mois. Typee, paru en 1846, mêle souvenirs, lectures et invention ; il fait de la vallée un paradis menacé et lance la carrière du futur auteur de Moby Dick.
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Herman Melville, Omoo: A Narrative of Adventures in the South Seas (1842)
Quatre ans après la reine en larmes de Papeïti, un matelot américain débarque à Taïti à la suite d'une mutinerie. Herman Melville a quitté Nouka-Hiva, où il vivait chez les Taï-piis dont Hutchinson parlait au commandant, sur le baleinier australien Lucy Ann. À Papeete, l'équipage révolté est enfermé par les autorités taïtiennes ; Melville erre ensuite dans les îles avec un compagnon fantasque, le docteur Long Ghost, gagne Eimeo et tente d'approcher la cour de Pomaré. Il arrive en 1842, au moment où la France impose son protectorat. Omoo, paru en 1847, raconte avec ironie les missionnaires, les marins déserteurs et la société de plage que Dumont d'Urville décrivait déjà.
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Max Radiguet, Les Derniers Sauvages : souvenirs de l'occupation française aux îles Marquises, 1842-1859 (1842)
Embarqué sur la Reine-Blanche, la frégate de l'amiral Dupetit-Thouars, Max Radiguet assiste en 1842 à la prise de possession des Marquises : Tahou-ata le 1er mai, Nouka-Hiva au début de juin. Il dessine, observe, interroge, et laisse du roi de Tahou-ata, ce Hio-tete que le Marquisien Moë présentait au commandant de l'Astrolabe comme un mauvais homme, un portrait resté fameux : un buste de Louis XVIII trempé dans de l'indigo. Ses souvenirs racontent la vie à Taïo-haé et à Tahou-ata, les tatouages, les fêtes, les chefs, la révolte de Hio-tete et les premiers temps de l'occupation française. Le livre reprend le récit presque là où ce tome s'arrête, au mouillage de Taïo-haé, quatre ans plus tard.
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Joseph Beete Jukes, Narrative of the Surveying Voyage of H.M.S. Fly (1842-1846)
Naturaliste et géologue du Fly, Joseph Beete Jukes passe quatre ans à relever la Grande Barrière et le détroit de Torres, que Flinders avait franchis en tâtonnant. En 1844, l'expédition élève une balise de pierre sur l'île Raine, au bord extérieur du récif, pour signaler aux navires une ouverture sûre. Jukes décrit longuement les récifs vus du dedans et du dehors, et reprend la question de la formation des îles de corail que Flinders posait à Half-way Island. Il rencontre aussi les insulaires du détroit, notamment à Darnley, et en laisse des portraits vivants, qui prolongent les pages de ce tome sur les îles Murray.
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Joseph Beete Jukes, Relation du voyage hydrographique du HMS Fly (1842-1846)
Géologue embarqué sur le HMS Fly, Jukes passe quatre ans à suivre l'équipe qui relève la Grande Barrière de corail et le détroit de Torres, avec une rigueur qui rend enfin sûre la route que Flinders avait ouverte au prix de tant de nuits d'angoisse. Il décrit la croissance des récifs, la vie des insulaires du détroit, les pirogues et les marchés de tortue, et la construction d'une balise sur l'île de Raine pour guider les navires vers le passage. Son récit, publié en 1847, montre la mer de Corail devenue route commerciale : les dangers que Flinders signalait sont désormais cartographiés, balisés, presque domestiqués.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition (1844)
En février 1842, deux ans et demi après les Français, l'expédition américaine de Charles Wilkes jette l'ancre devant le bourg de Soung, à Jolo. Elle y retrouve le datou Molou, qui avait servi d'intermédiaire à Dumont d'Urville, et un sultan aux yeux rougis par l'opium, entouré de ses fils et de ses conseillers. Wilkes, qui vient de faire relâche à Caldera, petit fort espagnol voisin de Zamboanga, est là pour faire signer un traité de commerce et de protection des navires. Ses pages sur Sulu, reprises dans un recueil libre en ligne, forment le contrechamp exact des chapitres de ce tome : mêmes personnages, même cour, même méfiance, vues cette fois par un officier américain.
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Ludwig Leichhardt, Journal of an Overland Expedition in Australia (1844-1845)
En octobre 1844, le naturaliste prussien Ludwig Leichhardt quitte les Darling Downs, à l'ouest de Moreton Bay, pour gagner par terre Port Essington, sur la côte nord. Il y arrive plus de quatorze mois plus tard, après avoir perdu le naturaliste John Gilbert, tué lors d'une attaque nocturne. Sa route longe le fond du golfe de Carpentarie, que Flinders avait relevé depuis la mer : là où l'Investigator ne voyait qu'une côte basse bordée de bancs, Leichhardt découvre des rivières, des plaines et les peuples qui y vivent. Son journal fait lire à l'envers la fin de ce tome, de l'intérieur des terres vers le rivage.
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Ludwig Leichhardt, Journal of an Overland Expedition in Australia, from Moreton Bay to Port Essington (1844-1845)
Six ans après la visite des Français, le naturaliste prussien Ludwig Leichhardt part de la région de Moreton Bay, en octobre 1844, pour rejoindre par la terre le port Essington. Plus de quatre mille kilomètres de brousse, de rivières et d'escarpements, des vivres qui s'épuisent, un compagnon tué lors d'une attaque nocturne : l'expédition est donnée pour perdue quand elle atteint enfin Victoria, la petite colonie où Dumont d'Urville avait dîné chez le commodore Bremer. Son journal, préfacé en 1846, décrit le même poste isolé, vu cette fois depuis l'intérieur du continent, comme le terme d'une traversée que la colonie avait été fondée pour rendre possible.
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John MacGillivray, Narrative of the Voyage of H.M.S. Rattlesnake (1846-1850)
Naturaliste du Rattlesnake, commandé par Owen Stanley, John MacGillivray suit de 1846 à 1850 le relevé de la route intérieure du Queensland, du détroit de Torres et de la côte sud de la Nouvelle-Guinée ; le jeune Thomas Henry Huxley est à bord comme aide-chirurgien. Au cap York, en 1849, l'équipage recueille Barbara Thompson, jeune naufragée écossaise qui avait vécu près de cinq ans parmi les insulaires de l'île du Prince de Galles. MacGillivray consigne son témoignage, précieux sur les langues et les coutumes du détroit. On y retrouve les îles et les mouillages que Flinders avait nommés, désormais fréquentés par les navires.
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John Elphinstone Erskine, Journal of a Cruise among the Islands of the Western Pacific (1849)
De juin à octobre 1849, le capitaine John Elphinstone Erskine conduit le navire britannique Havannah des Samoa aux Tonga, puis aux Fidji, aux Nouvelles-Hébrides et en Nouvelle-Calédonie. Aux Viti, il mouille à Ovalau, décrit le village de Levuka retranché derrière son fossé, reçoit à bord le missionnaire Hazlewood et des chefs chrétiens dans la baie de Bua, et s'entretient avec Cakobau, fils du vieux Tanoa, par l'intermédiaire du missionnaire Calvert. Le récit, publié à Londres en 1853, montre le chemin parcouru en une décennie par les missions wesleyennes que Dumont d'Urville voyait s'implanter. Lebouka, Boua, Bau : les noms de ce tome reviennent sous la plume d'un officier anglais, avec la même question du cannibalisme.
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Edmond Reuel Smith, The Araucanians, or Notes of a Tour among the Indian Tribes of Southern Chili (1853)
Le 4 janvier 1853, Edmond Reuel Smith quitte Concepcion pour la frontière du Biobío. Jeune Américain attaché à l'expédition astronomique envoyée au Chili par la marine des États-Unis, il a quitté le service pour voir de près ces Araucans dont tout le pays parle. Avec un interprète, il passe la rivière, va de cacique en cacique, assiste aux cérémonies des machis, aux danses et aux funérailles, puis revient à Concepcion avant de descendre la baie de Talcahuano. Son livre paraît en 1855. Quinze ans après l'Astrolabe, il prolonge les pages que Dumont d'Urville consacre aux Araucans d'après le vice-consul Bardel et le padre Gil, et sa visite au vieux cacique Penoleo, le dernier héros d'Ercilla.
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Alfred Russel Wallace, The Malay Archipelago (1854-1862)
Pendant huit ans, le naturaliste anglais Alfred Russel Wallace parcourt les îles de l'Insulinde à la recherche d'oiseaux et d'insectes. Il séjourne à Macassar, le port d'où partaient les praos de Pobassoo, et passe à Timor, où Flinders avait trouvé une relâche pour ses malades. C'est au cours de ces voyages qu'il conçoit, en même temps que Darwin, la théorie de la sélection naturelle, et qu'il trace la frontière entre faunes d'Asie et d'Australie. Son livre, paru en 1869, éclaire tout l'arrière-plan asiatique de ce tome : les marchands, les ports et les îles qui regardaient déjà vers les côtes australiennes.
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Ida Pfeiffer, Meine zweite Weltreise (1856)
Viennoise partie seule autour du monde, Ida Pfeiffer arrive à Bornéo à la fin de 1851. De Kuching, chez le rajah blanc James Brooke, elle traverse avec une petite escorte, en pirogue et à pied, le pays des Dayaks, dort dans leurs longues maisons et atteint Pontianak, sur la côte occidentale, en février 1852. Elle passe ensuite par Java et pousse jusqu'au pays batak de Sumatra. Son récit, publié en 1856 et vite traduit, parcourt à hauteur d'homme la côte que les canots de l'Astrolabe n'ont fait qu'effleurer à l'embouchure de la Sambas, et donne chair aux Dayaks dont le manuscrit hollandais cité par Dumont d'Urville ne parlait que de loin.
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Ida Pfeiffer, Voyage à Madagascar (1856-1858)
La voyageuse viennoise, qui a déjà fait deux fois le tour du monde, passe par Maurice avant de gagner Madagascar en 1857. Elle décrit Port-Louis, la domesticité créole et indienne, les grands dîners, les maisons de campagne, les plantations de canne, les travailleurs venus de l'Inde, le jardin botanique et les cascades. Puis Madagascar la retient dans une conspiration contre la reine Ranavalona, dont elle sort expulsée et malade. Revenue à Maurice, elle y soigne une fièvre dont elle mourra à Vienne. Un demi-siècle après Flinders, la même hospitalité créole, vue cette fois par une femme seule.
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Albert S. Bickmore, Travels in the East Indian Archipelago (1865)
En 1865, le jeune naturaliste américain Albert Bickmore quitte Batavia pour les Moluques, sur les traces des coquillages décrits par Rumphius deux siècles plus tôt. Il passe par Makassar, séjourne à Amboine et dans les îles voisines, aborde Céram, gravit les pentes du Gounong-Api à Banda, puis explore Bourou avant de remonter vers Ternate et le nord de Célèbes. Son livre, paru en 1868, est celui d'un homme qui fonde ensuite un grand musée d'histoire naturelle à New York. Le volcan, les plantations de muscade et l'administration hollandaise y apparaissent une génération après Dumont d'Urville, peu changés en apparence.
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George Kennan, La vie sous la tente en Sibérie (1865-1867)
En 1865, une compagnie américaine entreprend de relier New York à Moscou par un télégraphe passant par l'Alaska, le détroit de Béring et la Sibérie. Kennan, vingt ans, est chargé de reconnaître le tracé du Kamtchatka à l'Anadyr. Il vit deux ans chez les Koriaks nomades et les Tchouktches, décrit leurs troupeaux de rennes, leurs jourtes et leurs chamanes, et se retrouve un jour à mille verstes de tout en apprenant que le câble transatlantique vient d'être posé et que son télégraphe n'a plus d'objet. Le pays des chapitres 11 à 14, un siècle plus tard, presque inchangé.
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Mark Twain, Lettres des îles Sandwich (1866)
En 1866, un jeune journaliste débarque à Honolulu pour un journal de Sacramento et reste quatre mois. Twain visite les plantations, descend dans le cratère du Kilauea, essaie la planche de nage et boit la tasse, puis se fait conduire à Kealakekua, devant le monument de Cook, où il écrit quelques pages froides sur ce que le capitaine méritait ou non. Le comique y couvre mal une mélancolie réelle : le royaume qu'il traverse est celui de ce tome, mais dépeuplé, converti, endetté, et déjà tourné vers la Californie.
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Nicolas Pike, Sub-Tropical Rambles in the Land of the Aphanapteryx (1867-1873)
Consul des États-Unis à Port-Louis de 1867 à 1873, Nicolas Pike consacre ses loisirs à l'histoire naturelle de Maurice et des îles voisines. Il peint les poissons, récolte des spécimens qui rejoindront Harvard et l'herbier de Maurice, et parcourt à pied les hauts de l'île. Son livre, publié à New York en 1873, porte dans son titre le nom d'un oiseau disparu, le râle rouge, compagnon du dodo. Le lecteur de Flinders y retrouve les rivières, les forêts et les gorges que le prisonnier explorait autour de Vacouas, décrites par un autre étranger installé sur l'île pour quelques années.
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George Chaworth Musters, At Home with the Patagonians (1869-1870)
En avril 1869, l'officier de marine anglais George Chaworth Musters quitte Punta Arenas, la colonie chilienne fondée en 1848 sur le détroit de Magellan, avec une petite troupe qui monte vers le fleuve Santa Cruz. La route passe par le havre Oazy, où les officiers de Dumont d'Urville avaient reconnu un camp de Patagons. Musters se joint ensuite aux Tehuelches de Casimiro et d'Orkeke, vit sous leurs tentes de peaux, chasse avec eux le guanaco et le nandou, et remonte toute la Patagonie jusqu'à Carmen de Patagones, sur le río Negro. Son livre, paru à Londres en 1871, donne des noms, des visages et des coutumes aux « géants » du havre Peckett.
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Isabella Bird, Six Months in the Sandwich Islands (1873)
En 1873, une Anglaise de quarante ans, malade et intrépide, parcourt Hawaï à cheval, en amazone puis à califourchon, dort dans les cases, descend au bord du cratère du Kilauea et remonte les vallées de Kauai. Un siècle après Cook, elle trouve un royaume chrétien, une monarchie constitutionnelle, des plantations de canne, et sous tout cela la même terre volcanique et les mêmes noms. Le contraste avec la plage de Waimea de janvier 1778 tient en un seul livre.
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Constance Gordon-Cumming, At Home in Fiji (1875-1877)
En 1875, un an après la cession des Fidji à la Grande-Bretagne, l'Écossaise Constance Gordon-Cumming accompagne le nouveau gouverneur, sir Arthur Gordon, à Levuka, la Lebouka de Dumont d'Urville devenue capitale d'une colonie. Elle y arrive juste après une épidémie de rougeole qui a décimé les insulaires, et le gouvernement n'est pas même installé. Pendant deux ans, aquarelle à la main, elle rencontre les chefs, visite les missions et les villages, observe les cérémonies et la vie quotidienne. At Home in Fiji paraît en 1881. Le pays des vengeances et des alliances de 1838 y est devenu une province de l'Empire britannique, et la voyageuse mesure tout ce qui a changé en une seule génération.
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Anna Brassey, A Voyage in the Sunbeam (1876-1877)
Le 1er juillet 1876, le yacht Sunbeam quitte l'Angleterre pour un tour du monde, avec à son bord Thomas et Anna Brassey, leurs enfants, des amis et un équipage. La route ressemble à celle de l'Astrolabe : relâche à Ténériffe et ascension nocturne du pic, passage de la ligne, Rio de Janeiro et sa baie, puis le sud. Au lendemain du départ de Buenos Aires, le Sunbeam recueille l'équipage du Monkshaven, un voilier anglais dont la cargaison de charbon brûle en pleine mer. Viennent ensuite Punta Arenas, le détroit de Magellan et les canots des Fuégiens. Anna Brassey tient le journal d'une famille en mer, attentive aux escales que Dumont d'Urville avait décrites quarante ans plus tôt.
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Florence Dixie, Across Patagonia (1878-1879)
Lady Florence Dixie débarque à Punta Arenas, sur le détroit de Magellan, avec son mari, deux de ses frères et quelques amis. Lasse des salons de Londres, elle veut aller là où personne de son monde n'est allé. La petite troupe traverse à cheval les pampas de Patagonie vers les Andes, chasse le guanaco et le nandou, campe sous le vent et rencontre des familles tehuelches, ces Patagons que Dumont d'Urville avait reçus à son bord au havre Peckett en janvier 1838. Le livre, publié en 1880, garde le regard d'une cavalière plus que d'un savant, avec ses fatigues, ses repas de gibier et ses paysages immenses. Quarante ans après les corvettes, la même côte vue depuis la terre.
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Henry Ogg Forbes, A Naturalist's Wanderings in the Eastern Archipelago (1878-1883)
Entre 1878 et 1883, le naturaliste écossais Henry Ogg Forbes parcourt Java, Sumatra, puis l'est de l'archipel, Banda, Bourou et les îles Timor-Laut, au sud des Aru. Collecteur infatigable de plantes et d'oiseaux, il voyage en partie avec sa femme, et ses pages sur les îles orientales prolongent celles de Wallace, qu'il admire. Le récit, publié en 1885, montre les mêmes archipels un demi-siècle après les corvettes françaises : les mêmes petits ports, la même dépendance au commerce des épices et aux vents de mousson. C'est aussi un témoignage sur des sociétés insulaires que l'administration coloniale atteignait encore à peine.
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Pierre Loti, Le Mariage de Loti (1880)
Un siècle après Cook, l'officier de marine français Julien Viaud, sous le nom de Loti, débarque à Tahiti et en tire un roman mélancolique paru en 1880. L'île des rois Otoo est devenue un protectorat, la monarchie s'éteint, la population a fondu. Loti pleure un paradis déjà perdu. Lire ce livre après celui de Cook, c'est mesurer en un siècle l'effondrement d'un monde que le navigateur avait vu encore souverain et peuplé, et sentir le poids de ce que la rencontre a emporté.
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Isabella Bird, The Golden Chersonese and the Way Thither (1883)
En 1879, au retour du Japon, l'Anglaise Isabella Bird fait escale à Singapour. Invitée par l'administration coloniale, elle part cinq semaines dans les États malais tout juste placés sous protection britannique : Malacca, Selangor, Perak, à bord de petits vapeurs chinois puis à dos d'éléphant dans la boue de la jungle. Ses lettres, publiées en 1883, décrivent une Singapour devenue foule chinoise, malaise et indienne, quarante ans après celle que Dumont d'Urville trouvait déjà prospère. Le livre aide à mesurer le chemin parcouru par le port franc que l'amiral voyait grandir, et la façon dont l'Angleterre a transformé en protectorat l'arrière-pays dont il ne voyait que la côte.
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Robert Louis Stevenson, In the South Seas (1888-1889)
Le 28 juillet 1888, avant l'aube, le yacht Casco approche de Nouka-Hiva et entre dans la baie d'Anaho : Robert Louis Stevenson, malade des poumons, découvre les mers du Sud. Il gagne à pied Hatiheu en comptant les plates-formes de maisons abandonnées, mouille à Taïo-haé, séjourne à Hiva-Hoa chez les chefs d'Atuona, puis passe aux Pomotou et à l'atoll de Fakarava. Il écoute les chefs, les missionnaires et les traders, interroge les vieillards sur le tapu et sur les guerres d'autrefois, et s'attarde sur la dépopulation qui vide les vallées. In the South Seas, réuni en volume après sa mort, est le témoin lucide d'un monde que Dumont d'Urville voyait déjà décliner en cherchant en vain les villages de Porter.
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Robert Louis Stevenson, Dans les mers du Sud (1888-1890)
Malade et cherchant un climat, l'écrivain écossais navigue de 1888 à 1890 des Marquises aux Gilbert, écoute, questionne, et refuse la carte postale. Il décrit des sociétés qui se souviennent encore du tabou et des morai, et une dépopulation qu'il attribue sans détour au contact européen. Sur les îles de la Société et sur ce que Cook y a laissé sans le vouloir, ses pages valent bien des traités.
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Charles Morris Woodford, A Naturalist among the Head-hunters (1890)
Entre 1886 et 1888, le naturaliste anglais Woodford fait trois séjours aux îles Salomon : à Alu et Fauro, puis à Aola sur Guadalcanal, et enfin à Roviana et Nggela. Il y rassemble des milliers de spécimens et raconte la vie des villages, les expéditions de chasseurs de têtes et les échanges avec les commerçants. Quelques années plus tard, il devient le premier commissaire résident du protectorat britannique des Salomon. Son livre prolonge les pages de Dumont d'Urville sur Isabelle et Guadalcanar : les mêmes rivages, un demi-siècle après, au seuil de la colonisation.
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Basil Thomson, Les Distractions d'un premier ministre (1890-1891)
À la fin du dix-neuvième siècle, un jeune fonctionnaire britannique devient, presque par hasard, premier ministre du royaume de Tonga, seul État polynésien à n'avoir jamais été colonisé. Son livre, drôle et fin, décrit une monarchie héritière de l'ancien ordre des Tu'i Tonga de Poulaho, avec ses rites, ses rangs et ses tabous encore vivaces. On y reconnaît, sous le vernis chrétien, l'archipel que Cook avait cru comprendre, et la royauté sacrée qu'il avait devinée derrière les fastes de Feenou.
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Paul Gauguin, Noa Noa (1891-1893)
En juin 1891, Paul Gauguin débarque à Papeete avec l'espoir de trouver à Taïti le paradis que les récits de voyage lui ont promis. Il découvre une petite ville coloniale, la quitte vite pour Mataiea, sur la côte sud, prend une compagne tahitienne, Tehura, et peint. Revenu à Paris en 1893, il écrit Noa Noa avec le poète Charles Morice pour faire comprendre ses toiles au public. Le livre, mi-journal mi-poème, chante une Polynésie rêvée et regrette celle que les missionnaires et les colons ont transformée. Un demi-siècle plus tôt, devant l'immense église abandonnée de Papa-Oa, Dumont d'Urville méditait déjà sur la gloire passée de l'île : Sic transit gloria mundi.
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Mark Twain, Following the Equator (1895-1896)
Près d'un siècle après Flinders, Mark Twain débarque à Sydney pour une tournée de conférences. Port Jackson, où l'Investigator recrutait des forçats, est devenu une grande ville ; Port Phillip, la baie à peine reconnue en 1802, abrite Melbourne et ses courses de chevaux ; Adélaïde s'étend près du golfe Saint-Vincent. Twain s'amuse de tout, des trains qui changent d'écartement aux frontières des colonies jusqu'à la faune, mais il écoute aussi l'histoire des Aborigènes et la juge sévèrement. Son récit, paru en 1897, montre ce que sont devenus en quelques décennies les rivages que Flinders nommait un à un.
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Mark Twain, Le Tour du monde (Following the Equator) (1895-1896)
Ruiné, Mark Twain part en 1895 pour une tournée de conférences autour du monde. Il découvre Sydney, ses quais et son port magnifique, traverse l'Australie avec un étonnement mêlé d'ironie, puis gagne l'Inde et fait escale à Maurice. À Port-Louis, il se moque de la chaleur, de la ferveur des habitants pour Paul et Virginie, et rapporte avec malice qu'à les entendre, Maurice aurait été créée d'abord et le paradis copié sur elle. Publié en 1897, le livre transforme en destination de croisière les lieux où Flinders avait connu la faim et la prison, et rappelle que le voyage peut aussi se raconter en riant.
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Joshua Slocum, Sailing Alone Around the World (1895-1898)
En février 1896, Joshua Slocum, seul à bord du Spray, un petit sloop rebâti de ses mains, entre dans le détroit de Magellan. Il fait relâche à Punta Arenas, où l'on le met en garde contre les Fuégiens, puis longe les parages de Port-Famine. Les canots le suivent ; un soir, pour dormir tranquille, il sème des clous de tapissier sur son pont, et les visiteurs nocturnes s'enfuient en hurlant. Chassé vers le cap Horn par une tempête au débouché du détroit, il y rentre par le canal Cockburn avant de gagner enfin le Pacifique. Les goulets, les rafales et les mouillages que décrit Dumont d'Urville, vus cette fois par un homme seul.
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Frederick William Christian, The Caroline Islands (1899)
À la fin des années 1890, le voyageur anglais F. W. Christian parcourt les Carolines alors espagnoles : Ponape et ses ruines de Nan Madol, Kusaie, Yap, Palaos et le lagon de Truk, l'ancien Hogoleu de ce tome. Linguiste autant que voyageur, il note les langues, les légendes et les monuments de pierre. Son récit permet de revoir, soixante ans après, les insulaires dont les pirogues avaient assailli le canot de l'Astrolabe à Rouk, et de mesurer ce que missions, baleiniers et commerçants ont changé entre-temps dans ces îles que l'expédition française n'avait fait qu'effleurer.
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Odoardo Beccari, Nelle foreste di Borneo (1902)
Le botaniste florentin Odoardo Beccari arrive à Kuching en juin 1865 et ne quitte Bornéo qu'en janvier 1868. Il vit dans une cabane au cœur de la forêt du Sarawak, collecte palmiers, fougères et plantes carnivores, chasse l'orang-outan et partage la vie des Dayaks, jusqu'à ce que la fièvre l'oblige à rentrer. Il publie son récit en 1902, traduit en anglais deux ans plus tard. Là où ce tome livre sur Bornéo l'inventaire froid d'un résident hollandais, bois, or, diamants et étain, Beccari raconte la forêt elle-même, son humidité, ses bruits et ses habitants, et offre au lecteur l'intérieur de l'île que l'expédition française a seulement deviné depuis la mer.
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Otto Nordenskjöld, Antarctica, or Two Years Amongst the Ice of the South Pole (1901-1903)
En 1902, le géologue suédois Otto Nordenskjöld s'installe pour hiverner sur l'île Snow Hill, au bord de la mer de Weddell, dans les parages que Ross avait reconnus en janvier 1843. Le plan déraille : son navire, l'Antarctic, est broyé par les glaces, et l'équipage gagne en canot l'île Paulet, celle-là même que Ross avait nommée, où il passe l'hiver dans une hutte de pierre en se nourrissant de manchots. Les groupes dispersés finissent par se retrouver, et la canonnière argentine Uruguay vient chercher les survivants à la fin de 1903. Le récit, traduit en anglais en 1905, fait de ces îles un décor de survie et rend sa juste place à la cartographie de Ross.
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Otto Nordenskjöld et Johan Gunnar Andersson, Antarctica, or Two Years amongst the Ice of the South Pole (1901-1903)
Soixante ans après Dumont d'Urville, les parages de la terre Louis-Philippe deviennent le décor d'une robinsonnade polaire. En février 1902, le navire Antarctic, commandé par Carl Anton Larsen, dépose le géologue suédois Otto Nordenskjöld et cinq compagnons sur l'île Snow Hill pour un hivernage. Venu les reprendre, le navire est pris dans les glaces et sombre le 12 février 1903 ; l'équipage hiverne dans une hutte de pierre à l'île Paulet, tandis que trois hommes passent l'hiver à Hope Bay dans un abri de fortune. Les trois groupes se retrouvent en novembre 1903 et sont recueillis par la corvette argentine Uruguay. Le récit, publié en suédois puis en anglais en 1905, raconte ces deux années parmi les glaces.
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Robert Falcon Scott, The Voyage of the Discovery (1901-1904)
Soixante ans après Ross, la Discovery de Robert Falcon Scott hiverne en 1902 au fond du détroit de McMurdo, baptisé du nom du lieutenant du Terror. Scott longe la grande Barrière que Ross avait suivie sans pouvoir y aborder, s'élève même en ballon captif au-dessus d'elle, puis s'enfonce vers le sud avec Wilson et Shackleton jusqu'au-delà de 82 degrés, à pied et derrière des chiens mal employés. Le récit, publié en 1905, nomme à chaque page les caps et les volcans de Ross, l'Erebus et le Terror en tête. Ce qui n'était, en 1842, qu'un front de glace vu depuis le pont devient un territoire que l'on traverse, au prix du scorbut et de l'épuisement.
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Robert Neal Rudmose Brown, Robert Cockburn Mossman et James Hunter Harvey Pirie, The Voyage of the Scotia (1902-1904)
Le 25 mars 1903, la Scotia de l'expédition écossaise de William Speirs Bruce jette l'ancre dans une baie de l'île Laurie, aux Orcades du Sud, que les corvettes françaises avaient longée en février 1838. Prise par la glace jusqu'au 23 novembre, l'équipe bâtit une maison de pierre, Omond House, et y tient un observatoire météorologique. Le 22 février 1904, Bruce cède la station au gouvernement argentin : c'est la base Orcadas, en service sans interruption depuis. La Scotia pousse ensuite dans la mer de Weddell, découvre la terre de Coats et reste prise dans la banquise par 74° 01' sud. Le récit, écrit par trois membres de l'expédition et paru en 1906, garde la verve des journaux de bord.
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Jean-Baptiste Charcot, Le Français au pôle Sud (1903-1905)
Jean-Baptiste Charcot appareille en 1903 sur le Français, trois-mâts construit à Saint-Malo, d'abord pour porter secours à l'expédition suédoise de Nordenskjöld, que les Argentins ont déjà retrouvée. Il se tourne alors vers la côte ouest de la péninsule Antarctique, l'autre versant de ces terres que Ross avait aperçues par l'est sous les noms de Joinville et de Louis-Philippe. Hivernage dans une baie de l'île Booth, relevés hydrographiques, observations magnétiques et météorologiques : le médecin devenu marin reprend, à soixante ans de distance, le programme savant de Ross. Le Français, touché sur une roche, rentre avarié et sera vendu à l'Argentine. Le récit, publié en 1906, garde la verve d'un journal de bord.
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Jack London, The Cruise of the Snark (1907-1909)
Le 6 décembre 1907, après soixante jours de mer depuis Hawaï, le petit ketch Snark de Jack London double la pointe Martin, comme l'Astrolabe le 26 août 1838, et entre de nuit dans la baie de Taïo-haé. Lecteur de Melville depuis l'enfance, l'écrivain part à cheval pour Typee. Il y trouve une jungle où les plates-formes des maisons se perdent sous les arbres, et une douzaine de survivants rongés par la lèpre, l'éléphantiasis et la tuberculose. Le chapitre « Typee » de La Croisière du Snark, paru en 1911, dit sans fard la dépopulation des Marquises. Il rappelle aussi l'expédition de Porter contre les Taïpi, ce Porter dont un morne de la baie garde le nom.
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Raymond Rallier du Baty, Aventures aux Kerguelen (1907-1909)
En 1907, un jeune Breton achète un vieux dundee, l'appelle le J.-B. Charcot et part avec cinq hommes vivre plus d'un an sur la terre que Cook appelait la Désolation. Il chasse l'éléphant de mer, dresse des cartes, hiverne dans les fjords, et décrit la même roche bleue, le même varech, les mêmes manchots par milliers. Aucun livre ne donne mieux à sentir ce que Cook a seulement longé pendant huit jours.
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Jean-Baptiste Charcot, Le Pourquoi-Pas ? dans l'Antarctique (1908-1910)
En août 1908, Jean-Baptiste Charcot quitte Le Havre sur le Pourquoi-Pas ?, trois-mâts polaire construit pour lui à Saint-Malo, et atteint l'Antarctique en décembre. Comme Dumont d'Urville soixante-dix ans plus tôt, il passe par les Shetland du Sud : à l'île Déception, devant laquelle l'Astrolabe avait connu le calme et la goutte de son commandant, des baleiniers sont déjà installés, et l'expédition donne à leur mouillage le nom de baie des Baleiniers. Charcot hiverne en 1909 à l'île Petermann, relève la côte ouest de la péninsule Antarctique et découvre en 1910 la terre qu'il nomme d'après son père. Son journal, paru en 1910, prolonge en français le récit des navigateurs de l'Astrolabe.
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Roald Amundsen, Sydpolen (Le Pôle Sud) (1910-1912)
En janvier 1911, Roald Amundsen installe sa base, Framheim, dans la baie des Baleines, une échancrure de cette grande Barrière que Ross avait longée en 1841 puis revue en 1842, sans pouvoir y mettre pied. Le Norvégien fait le pari de vivre sur la glace flottante elle-même. De là, avec quatre compagnons et des traîneaux à chiens, il atteint le pôle Sud le 14 décembre 1911, plus d'un mois avant Scott. Son récit, paru dès 1912, est celui d'une méthode : dépôts balisés, fourrures, chiens sacrifiés au fil de la route. Il clôt l'histoire ouverte par Ross : la Barrière, mur infranchissable vu des navires, devient la grande route du pôle.
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Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World (1910-1913)
En plein hiver austral de 1911, Apsley Cherry-Garrard, Edward Wilson et Henry Bowers quittent le cap Evans pour le cap Crozier, que Ross avait baptisé du nom du commandant du Terror. Cinq semaines dans la nuit polaire, par des froids qui descendent sous moins 40 degrés, pour rapporter des œufs de manchot empereur que la science de l'époque croyait décisifs. Les trois hommes reviennent à peine vivants. Un an plus tard, Cherry-Garrard fait partie de l'équipe qui retrouve la tente de Scott, de Wilson et de Bowers sur la Barrière. Son livre, publié en 1922, est sans doute le plus beau récit de l'Antarctique : là où Ross mesurait la glace, il dit ce qu'elle fait aux hommes.
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Daisy Bates, The Passing of the Aborigines (1912-1935)
Au début du XXe siècle, l'Irlandaise Daisy Bates s'installe seule sous la tente aux confins de la plaine de Nullarbor : à Eucla en 1912, puis près de Yalata, non loin de Fowler's Bay, enfin à Ooldea, où elle passe seize ans au bord de la voie ferrée transaustralienne. Elle y recueille vocabulaires, généalogies et récits des peuples de la côte sud, les descendants de ceux que Flinders n'avait fait qu'entrevoir depuis la mer. Paru en 1938, son livre est un témoignage précieux et dérangeant à la fois : son titre même exprime la conviction, aujourd'hui récusée, que ces peuples étaient appelés à disparaître.
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Ernest Shackleton, South: The Story of Shackleton's Last Expedition, 1914-1917 (1914-1917)
En janvier 1915, l'Endurance d'Ernest Shackleton est prise dans la banquise de la mer de Weddell, celle que Dumont d'Urville avait tenté de forcer en février 1838. Le navire dérive dix mois avec la glace avant d'être broyé ; il sombre le 21 novembre 1915. Les vingt-huit hommes campent sur les floes, puis gagnent en canots, en avril 1916, l'île Éléphant, la terre abrupte que les corvettes avaient longée après les Orcades. Shackleton repart avec cinq compagnons sur le James Caird jusqu'à la Géorgie du Sud et revient chercher les autres le 30 août 1916 à bord du Yelcho chilien. South, paru en 1919, raconte jusqu'au bout ce que le commandant de l'Astrolabe redoutait pendant ses cinq jours de blocus.
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Ernest Shackleton, South (1919)
Cent quarante ans après que Cook a fait demi-tour devant la banquise, un Irlandais mène son navire dans la même glace et s'y fait broyer. Ce que Cook a deviné du haut de sa hune sans jamais le voir, Shackleton le vit de l'intérieur, à pied, sur la banquise à la dérive. Aucun livre ne donne mieux la sensation physique de ce que la Resolution a frôlé, ni ne fait mieux comprendre la sagesse du capitaine qui, à 71° de latitude sud, a dit non.
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Alain Gerbault, À la poursuite du soleil (1929)
Navigateur solitaire des années 1920, Gerbault traversa le Pacifique à la voile et séjourna longuement dans les îles de la Société, dont il aima les habitants au point de vouloir les défendre. Son récit, paru en 1929, retrouve Tahiti, Huaheine et Ulietea deux siècles après Cook. Le contraste est saisissant : mêmes lagons, mêmes noms, mais un monde bouleversé par la colonisation et les maladies. Gerbault, amoureux déçu de la Polynésie, offre le pendant sensible et engagé du regard clinique du capitaine.
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Robert Lee Eskridge, Manga Reva, the Forgotten Islands (1931)
En 1927, le peintre américain Robert Lee Eskridge est à Taïti quand la reine Marau lui parle de Manga-Reva, de ses perles et de son isolement. Il s'y embarque et passe huit mois aux Gambier, parmi les derniers Mangaréviens et une poignée d'Européens. Il peint, écoute les histoires de tupapau, les esprits des morts, et consacre un chapitre au passé missionnaire de l'île, dont la grande cathédrale de Rikitea reste le monument. En août 1838, Dumont d'Urville voyait déjà, dans l'ancien temple de Riki-Tea, les blocs de corail taillés pour l'église à venir, et regrettait tant de peine. Paru en 1931, le livre montre ce que sont devenues, un siècle plus tard, les îles du roi Mapou-teoa.
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Thor Heyerdahl, Aku-Aku, le secret de l'île de Pâques (1957)
En 1955, l'explorateur norvégien Heyerdahl installe une expédition archéologique à Rapa Nui et fait parler les statues que Cook n'avait fait qu'entrevoir. Fouilles, relèvement d'un géant, récits des derniers habitants sur les esprits de l'île : le livre, best-seller mondial, prolonge en enquête ce que Cook avait laissé en énigme. Ses thèses ont été contestées, mais son récit garde la force d'un homme qui a voulu comprendre comment ces colosses avaient été taillés, déplacés et dressés.
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Bruce Chatwin, In Patagonia (1974-1975)
À la fin de 1974, Bruce Chatwin part pour la Patagonie sur la trace d'un morceau de peau de mylodon, l'animal préhistorique que Charley Milward, un cousin de sa grand-mère, marin installé à Punta Arenas, avait envoyé en Angleterre. De Buenos Aires à la Terre de Feu, il recueille les histoires de colons gallois, de hors-la-loi nord-américains, d'anarchistes et d'exilés, et remonte jusqu'aux géants patagons de Pigafetta et à l'origine de leur nom. Publié en 1977, son livre de courts chapitres a renouvelé le récit de voyage. On y croise de nouveau le détroit, les Patagons et la mémoire des devanciers que Dumont d'Urville passait en revue avant d'entrer au Port-Famine.
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J. M. G. Le Clézio, Voyage à Rodrigues (1986)
Le Clézio, d'une famille établie à Maurice depuis le XVIIIe siècle, part sur les traces de son grand-père Léon, homme ruiné qui passa des années à chercher à Rodrigues, la petite île dépendante de Maurice, le trésor qu'on prêtait aux pirates de l'Anse aux Anglais. Le récit, publié un an après le roman Le Chercheur d'or, mêle les carnets de l'aïeul, les ravins brûlés de soleil et la rêverie de l'écrivain. On y retrouve, deux siècles après, ce que Flinders éprouvait aux Plaines Wilhems : une île qui retient les hommes, et une attente qui finit par devenir une manière de vivre.
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Tim Severin, The Spice Islands Voyage (1997)
Dans les années 1990, l'aventurier Tim Severin refait la route de Wallace dans les Moluques à bord d'un prao construit pour l'occasion, baptisé Alfred Wallace. D'île en île, d'Amboine à Banda et aux Aru, il cherche ce qui reste des oiseaux, des forêts et des villages décrits au XIXe siècle par le naturaliste. Son livre referme une longue chaîne de regards sur ces îles des épices : après les Hollandais, Dumont d'Urville et Wallace, un voyageur de la fin du XXe siècle y mesure ce que le temps a fait du jardin d'Amboine.