À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
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Hidalgo d'Elvas, Relation véridique des travaux du gouverneur Hernando de Soto (1539-1543)
L'année même du retour de Cabeza de Vaca, Hernando de Soto obtient la Floride ; il y débarque en 1539, à son tour dans la région de la baie de Tampa. Ses hommes passent l'hiver à Apalache, recueillent Juan Ortiz, un Espagnol venu chercher Narváez et resté plus de dix ans chez les Indiens, puis errent quatre ans dans le Sud-Est. Soto mort, les survivants construisent des brigantins, descendent le Mississippi et longent la côte jusqu'à Pánuco, ce port que les barques de 1528 n'avaient jamais atteint. Un chevalier portugais anonyme en publie le récit à Évora en 1557.
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Pedro de Castañeda de Nájera, Relation de l'expédition de Cíbola (1540-1542)
Les récits des quatre survivants ont fait rêver Mexico de villes riches au Nord. En 1539, Estevanico guide le franciscain Marcos de Niza vers les sept cités de Cíbola et y est tué ; l'année suivante, Coronado part avec une armée. Simple soldat, Castañeda raconte vingt ans plus tard les villages de pierre des Zuñis, le Grand Canyon, les plaines couvertes de bisons, les vaches à bosse que Cabeza de Vaca avait décrites, et la Quivira introuvable. Le mirage d'Apalache se répète plus à l'ouest, avec la même déception.
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Jens Munk, Navigatio Septentrionalis (1624)
En 1619, le roi Christian IV de Danemark envoie Jens Munk chercher à son tour le passage par le détroit d'Hudson. Ses deux navires, la Licorne et la Lamproie, entrent dans la baie près de l'île Digges, là où les mutins de Hudson étaient tombés dans l'embuscade, puis hivernent à l'embouchure de la rivière Churchill. Le scorbut emporte presque tout l'équipage : au printemps 1620, sur plus de soixante hommes, Munk et deux compagnons seulement survivent. À eux trois, ils ramènent la Lamproie jusqu'en Norvège et rentrent à Copenhague à Noël. Sa Navigatio Septentrionalis, publiée en 1624, compte parmi les récits d'hivernage les plus terribles de l'Arctique, et fait écho à l'hiver que Hudson avait imposé à ses hommes.
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Thomas James, The Strange and Dangerous Voyage of Captaine Thomas James (1633)
En mai 1631, Thomas James quitte Bristol sur l'Henrietta Maria pour reprendre la quête là où Hudson l'avait laissée. Dans la baie, il croise un autre chercheur de passage, Luke Foxe, parti de Londres la même saison, puis descend vers le sud, dans ce fond de baie où Hudson avait hiverné et qui porte aujourd'hui le nom de James. Il passe l'hiver sur l'île Charlton, coule volontairement son navire pour le soustraire aux glaces, le renfloue au printemps et rentre à Bristol en octobre 1632. Son Strange and Dangerous Voyage, paru en 1633, dit la faim, le froid, la prière, et aboutit au même constat que les journaux de Hudson : par là, aucun passage ne s'ouvre vers l'Asie.
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Abel Tasman, Journal de voyage (1643)
En 1643, le navigateur hollandais aborde le premier les îles qu'il nomme Amsterdam et Middelbourg, soit Tongatapu et Eua, cent trente-quatre ans avant Cook. Son journal, bref et méfiant, note le troc, les pirogues, la douceur trompeuse de l'accueil. Le relire avant ce tome, c'est prendre la mesure de ce que Cook trouve inchangé et de ce qu'il comprend en plus : là où Tasman ne voyait qu'une côte accueillante, Cook démêle une royauté, un tabou, un empire d'îles.
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Friedrich Martens, Spitzbergische oder Groenlandische Reise-Beschreibung (1675)
Au printemps 1671, le chirurgien-barbier hambourgeois Friedrich Martens embarque sur un baleinier, le Jonas im Walfisch, pour le Spitzberg. Soixante ans plus tôt, les baleines signalées par Hudson en 1607 avaient attiré dans ces baies les flottes anglaises et hollandaises ; Martens y trouve une industrie installée, avec ses chaloupes, ses harpons et ses fondoirs. Pendant que l'équipage chasse, il observe : les glaces qui se détachent des glaciers, l'ours blanc, le morse, les oiseaux de mer, et l'herbe à cuillère contre le scorbut, celle que les survivants de la mutinerie cueillaient sur les îles de la baie. Sa Reise-Beschreibung, imprimée à Hambourg en 1675, fut traduite en italien, en néerlandais et en anglais.
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Alexandre-Olivier Exquemelin, Histoire des aventuriers flibustiers (1678)
Engagé comme chirurgien chez les flibustiers de la Tortue et de la Jamaïque, Exquemelin publie en 1678 le livre qui a fixé pour trois siècles l'image de la piraterie caraïbe. On y trouve les mêmes rades, les mêmes villes espagnoles rançonnées, le même calcul des parts, mais un siècle plus tard et sans le vernis du service de la reine. Ce que Drake faisait avec un mandat implicite, Morgan le fait sous une commission jamaïcaine qui masque à peine le pillage privé. Le passage du raid d'État à la flibuste privée se lit d'un livre à l'autre.
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Henri Joutel, Journal historique du dernier voyage que feu M. de La Sale fit dans le golfe de Mexique (1684-1687)
En 1685, Cavelier de La Salle cherche l'embouchure du Mississippi, la manque comme l'avaient manquée les barques de Narváez, et débarque sur la côte du Texas, près de la baie de Matagorda. Le fort Saint-Louis s'y épuise en maladies, naufrages et désertions, jusqu'à l'assassinat de La Salle par ses propres hommes en 1687. Joutel, l'un des rares rescapés, remonte à pied vers l'Arkansas et l'Illinois, puis rentre en France. Son journal, publié en 1713, décrit ces côtes basses, leurs lagunes et leurs peuples, un siècle et demi après le passage de Cabeza de Vaca.
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Jean-Baptiste Labat, Nouveau voyage aux isles de l'Amérique (1694-1706)
Le père Labat, dominicain, vit aux Antilles françaises de 1694 à 1706 et raconte tout : le sucre, le rhum qu'il perfectionne, les esclaves, les gouverneurs, les combats contre les Anglais, les recettes et les procès. Sa prose est gaie, curieuse et parfaitement dénuée de scrupules. On y voit ce que sont devenues, cent ans après Drake, les îles qu'il n'a fait que longer : un système de plantation qui a remplacé les mines abandonnées d'Hispaniola et bouleversé la population de toute la région.
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William Dampier, A New Voyage Round the World (1697)
Dampier écume les Antilles et le Pacifique dans les années 1680 avant de publier en 1697 un récit qui fera de lui l'auteur préféré des naturalistes et des romanciers. Il décrit les vents, les courants, les plantes et les hommes avec une curiosité de savant, tout en participant à des expéditions qui ne valent guère mieux que celles de ses prédécesseurs. C'est le même terrain que celui de Bigges, Panama, Carthagène, l'isthme, vu par quelqu'un qui prend le temps de regarder ce qu'il traverse.
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Sarah Kemble Knight, Journal d'un voyage de Boston à New York (1704-1705)
Vingt-cinq ans après Danckaerts, une institutrice de Boston refait à cheval, seule, une partie de son itinéraire. Son journal piquant et drôle décrit les mêmes routes, les mêmes auberges, les mêmes bacs sur les rivières, mais avec une verve toute différente. Lire les deux, c'est mesurer ce qui a changé en une génération sur la côte coloniale, et ce qui demeure : la boue, le froid, l'hospitalité inégale des fermes isolées.
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Pehr Kalm, Voyage en Amérique du Nord (1748-1751)
Envoyé par l'Académie royale des sciences de Suède pour rapporter des plantes utiles, le naturaliste Pehr Kalm, élève de Linné, débarque à Philadelphie en 1748. Il se lie avec Benjamin Franklin et le botaniste John Bartram, sert de pasteur aux Suédois de Raccoon, dans le New Jersey, puis pousse jusqu'au Niagara et à Québec. En septembre 1748, il traverse Germantown : une seule rue, longue de près de deux milles anglais, des maisons de pierre, des artisans allemands qui fabriquent presque tout. Soixante-cinq ans après les premières huttes, le village de Pastorius est devenu une petite ville prospère, et les Suédois dont parlait Pastorius sur la Delaware sont toujours là.
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Gottlieb Mittelberger, Voyage en Pennsylvanie en l'an 1750 (1750-1754)
Organiste et maître d'école né à Enzweihingen, dans le Wurtemberg, Gottlieb Mittelberger s'embarque à Rotterdam en 1750 avec quelque quatre cents émigrants pauvres. La traversée est un cauchemar : maladies, saleté, eau croupie, biscuits grouillant de vers, morts en nombre. À Philadelphie, ceux qui ne peuvent payer leur passage sont vendus pour des années de service. Mittelberger enseigne la musique à New Providence, puis rentre en 1754 et publie son récit à Stuttgart en 1756 pour dissuader ses compatriotes de partir. Pastorius conseillait de ne tenter la traversée qu'en s'en remettant à Dieu et en acceptant la rude chère du bord ; deux générations plus tard, le passage est devenu un commerce.
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Pehr Kalm, En resa til Norra America (Voyage en Amérique du Nord) (1753-1761)
Élève de Linné, le Suédois Pehr Kalm part en 1748 pour l'Amérique du Nord, chargé d'en rapporter des plantes utiles. Le 10 juin 1749, il quitte New York sur l'un des voiliers marchands du fleuve et remonte l'Hudson jusqu'à Albany, où il arrive le 13 au matin. Il décrit les Highlands noyés de brume, les esturgeons qui sautent hors de l'eau, la marée qui monte bien au-delà d'Albany, les bateaux de cèdre rouge chargés de bois, de farine et de fourrures, et s'interroge sur ce fleuve qui tranche droit à travers les montagnes. Son récit, paru à Stockholm de 1753 à 1761, refait en naturaliste la remontée de 1609, avec un regard neuf sur le même paysage.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde (1768)
En avril 1768, la Boudeuse mouille devant Tahiti, que Bougainville baptise Nouvelle-Cythère et quitte au bout de neuf jours, laissant derrière lui des ancres et une légende. Son récit, écrit en gentilhomme philosophe, invente à lui seul le mythe polynésien qui va occuper l'Europe pendant un siècle. Le lire avant ce tome, c'est mesurer la distance entre le rêve et l'enquête : là où Bougainville voit une île de la douceur, Cook et Anderson dénombrent les rangs, les guerres, les crânes du morai. L'ancre rachetée à Bora Bora est le fil qui relie les deux livres.
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Georg Forster, Voyage autour du monde (1772-1775)
Fils du naturaliste embarqué sur le deuxième voyage, Forster a dix-sept ans quand il découvre Tahiti et les îles de la Société. Son récit, publié en 1777 dans l'année même où se situe ce tome, est le premier grand texte littéraire sorti des voyages de Cook : une prose sensible, indignée parfois, attentive à ce que l'arrivée des Européens détruit. Il décrit les mêmes plages, les mêmes chefs, la même flotte de guerre, mais avec les yeux d'un adolescent qui refuse d'être seulement témoin.
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William Bartram, Voyages à travers les Carolines, la Géorgie et les Florides (1773-1777)
Deux siècles et demi après la marche de Narváez, le naturaliste de Philadelphie parcourt à cheval et en canot les Florides, du fleuve Saint-Jean à la savane d'Alachua, puis gagne la côte du golfe vers Mobile et le Mississippi. Il dessine les plantes, les alligators, les grues, et décrit avec respect les villes des Creeks et des Séminoles. Là où les hommes de 1528 ne voyaient que lagunes, arbres abattus et archers embusqués, Bartram voit un jardin. Publiés en 1791, ses Voyages ont nourri l'imagination de Coleridge et de Wordsworth.
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William Bartram, Travels through North and South Carolina, Georgia, East and West Florida (1773-1777)
Entre 1773 et 1777, le naturaliste américain William Bartram parcourt seul, à cheval et en canot, la Floride et les Carolines, c'est-à-dire exactement la côte que la flotte de Drake longe entre Saint-Augustin et Roanoke. Il décrit les alligators, les sources, les forêts de pins, les villages creek et séminoles. Son livre, paru en 1791, a nourri les poètes romantiques anglais. Il rend habité et vivant un rivage dont le récit de 1586 ne montre qu'un fort de troncs et un bourg de bois.
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John Ledyard, Journal du dernier voyage du capitaine Cook (1776-1780)
Un caporal américain des soldats de marine se trouvait à Kealakekua ce matin-là. Rentré chez lui, Ledyard publia à Hartford, en 1783, un récit du voyage qui devança de plus d'un an l'édition officielle et raconta la mort de Cook sans passer par l'Amirauté. Le ton est libre, parfois emprunté à d'autres, et le jugement sévère sur la conduite des officiers. C'est le premier contrepoint au texte que l'on vient de lire : deux hommes, la même plage, le même quart d'heure, et deux versions dont la comparaison a occupé les historiens depuis.
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Johann David Schöpf, Voyage à travers les États du centre et du sud de l'Amérique du Nord (1783-1784)
Chirurgien des troupes d'Ansbach venues combattre pour George III, Johann David Schöpf reste en Amérique après la paix pour l'étudier en naturaliste. Le 6 août 1783, il quitte Philadelphie vers Bethlehem et traverse Germantown, encore marquée par les ruines de la guerre : des maisons de pierre espacées sur deux ou trois milles, une population presque entièrement allemande, une église luthérienne, une église réformée, une maison de réunion quaker, des tisserands et des bas de laine. Il attribue la fondation du bourg à Franz Daniel Pastorius, « de Weinsheim », en 1685 : la date même qu'imprime, par erreur, le livre de 1700. Son récit paraît à Erlangen en 1788.
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Jean-François de La Pérouse, Voyage autour du monde (1785-1788)
Dix ans après Cook, La Pérouse traverse les mêmes eaux, relâche aux îles des Navigateurs voisines, et y perd son second dans un guet-apens qui répond, comme un écho sinistre, à toutes les amitiés fastueuses de ce tome. Son récit, sauvé du naufrage final par des copies expédiées à temps, montre le revers de la médaille polynésienne : la même mer, les mêmes chefs magnifiques, et la violence que Cook a côtoyée sans toujours la voir venir.
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Martin Sauer, An Account of a Geographical and Astronomical Expedition to the Northern Parts of Russia (1785-1794)
Secrétaire de l'expédition de Joseph Billings, chargée par Catherine II de relever les côtes entre l'Asie et l'Amérique, l'Anglais Martin Sauer passe près de dix ans en Sibérie orientale. Il hiverne au Kamtchatka, embarque à Petropavlovsk en 1790 et visite les îles Aléoutiennes, Unalaska et Kodiak. Son récit, paru à Londres en 1802, s'attarde sur les Aléoutes, leurs kayaks, leurs parkas, leurs villages, et dénonce sans détour la brutalité des chasseurs de fourrures russes envers eux. Un demi-siècle après la rencontre des îles Choumaguine racontée par Steller, Sauer décrit le prix payé par ces insulaires pour la loutre de mer que l'expédition de Béring avait fait connaître.
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Jean-Baptiste Barthélemy de Lesseps, Journal historique du voyage de M. de Lesseps (1787-1788)
En septembre 1787, La Pérouse fait escale dans la baie d'Avatcha et y débarque son jeune interprète, Jean-Baptiste Barthélemy de Lesseps, chargé de porter en France les journaux de l'expédition. Commence alors une traversée d'un an : en traîneau à chiens à travers le Kamtchatka, par Bolcheretsk, puis chez les Koriaks, le long de la mer d'Okhotsk et à travers toute la Sibérie, jusqu'à Saint-Pétersbourg et Paris, où il arrive en octobre 1788. Son Journal historique, paru en 1790, décrit les Kamtchadales, les Koriaks, les postes cosaques et les rigueurs de l'hiver. Le lecteur de Steller y retrouve Avatcha et Bolcheretsk un demi-siècle plus tard, sur la route même de son retour à pied.
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Jean-Baptiste Barthélemy de Lesseps, Journal historique du voyage (1787-1788)
Le seul survivant de l'expédition La Pérouse fut celui qu'on renvoya. En septembre 1787, à vingt-deux ans, Lesseps débarque à Saint-Pierre-et-Saint-Paul avec les journaux de son commandant et l'ordre de les porter à Versailles par voie de terre. Il met un an à traverser le Kamtchatka, la Sibérie et la Russie, en traîneau à chiens puis à rennes, exactement par les chemins que King venait de décrire. Il passe par Bolcheretsk, s'arrête sur la tombe de Clerke, et retrouve les mêmes jourtes, les mêmes toïons, les mêmes ours. Aucun autre livre ne prolonge celui-ci d'aussi près.
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John Meares, Voyages à la côte nord-ouest de l'Amérique (1788-1789)
Cook n'avait pas quitté Nootka que le prix des peaux de loutre à Canton faisait déjà courir les marchands. En 1788, Meares s'installe dans la baie même, y construit un petit navire, traite avec le chef Maquinna, et son établissement contesté déclenche la crise de Nootka qui manque de jeter l'Angleterre et l'Espagne à la guerre. Son récit, moins scrupuleux que celui de Cook, montre le revers de la découverte : en dix ans, l'anse aux loutres est devenue un comptoir, et le troc de fer du capitaine, le premier acte d'un grand commerce.
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John Meares, Voyages faits en 1788 et 1789 de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique (1788-1789)
Voici le projet du chapitre 19, mis à exécution huit ans plus tard, par un ancien officier de marine devenu marchand. Meares arme à Macao, remonte à Nootka, y bâtit une maison et un navire, achète les peaux de loutre aux mêmes conditions que King avait calculées, redescend les vendre à Canton, et provoque au passage la crise diplomatique qui faillit mettre l'Angleterre et l'Espagne en guerre. Son livre est vantard et souvent malhonnête, ce qui ne l'empêche pas d'être le premier document du commerce maritime des fourrures, celui que ce tome a inventé sans le savoir.
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William Bligh, A Voyage to the South Sea (1788-1789)
Le master de la Resolution, celui qui sonde les baies des Kerguelen dans ce tome, revient à Adventure Bay douze ans plus tard avec la Bounty, y plante des pommiers au même endroit, puis met le cap sur Tahiti où l'attend la mutinerie. Lire son passage sur la terre de Van Diemen à côté de celui de Cook, c'est mesurer ce qu'un élève retient d'un maître : la même méthode, les mêmes gestes, et un tempérament qui fera toute la différence.
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James Morrison, Journal de bord de la Bounty et Mémoire sur Tahiti (1789-1792)
Le maître d'équipage de la Bounty, resté à Tahiti après la mutinerie de 1789, y vit près de deux ans avant d'être capturé, condamné, puis gracié. Son mémoire, écrit en prison, est la description la plus détaillée que l'on ait de la société tahitienne avant sa conversion : les arioi, les morai, le maro royal, les guerres de district, tout ce que Cook n'apercevait qu'en visiteur. Il éclaire de l'intérieur les chapitres d'Anderson, douze ans plus tard, sur les mêmes îles.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean (1791-1795)
Vancouver était aspirant sur la Discovery pendant ce voyage. Quinze ans plus tard, il commande sa propre expédition, relâche à Dusky Bay puis au détroit de la Reine-Charlotte, et retrouve les souches des arbres coupés par les charpentiers de Cook. Le lecteur y voit ce que deviennent, en une génération, un mouillage familier et les gens qui y campaient.
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Moreau de Saint-Méry, Voyage aux États-Unis de l'Amérique, 1793-1798 (1793-1798)
Juriste né à la Martinique, député sous la Révolution, Médéric Moreau de Saint-Méry fuit la Terreur en 1794 et s'installe à Philadelphie, alors capitale fédérale. Il y ouvre, à l'angle de Front Street et de Walnut Street, une librairie qui vend livres, cartes, estampes et musique en plusieurs langues, et devient le rendez-vous des exilés français. Son journal note tout : les rues tirées au cordeau, les marchés, les maisons de brique, les mœurs des quakers. En 1798, menacé par les lois sur les étrangers, il rentre en France ; ses notes ne seront publiées qu'en 1913. Un siècle après Pastorius, la ville de William Penn accueille à son tour des réfugiés venus d'Europe.
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Peter Kalm, Voyage en Amérique du Nord (v. 1750)
Le naturaliste suédois, disciple de Linné, parcourt vers 1750 l'Hudson, le Delaware et les environs d'Albany que Danckaerts avait vus soixante-dix ans plus tôt. Là où le labadiste notait les âmes, Kalm relève les plantes, les sols, les usages. Mis bout à bout, leurs récits font apparaître la lente transformation d'une frontière coloniale en pays cultivé.
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Alexander von Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (1799-1804)
Humboldt débarque à Cumaná en 1799 et passe cinq ans à mesurer, herboriser et comprendre l'Amérique espagnole. Il séjourne à Carthagène en 1801 avant de remonter le fleuve Magdalena vers Bogota. Il décrit une ville portuaire assoupie, ses fortifications démesurées, sa chaleur, ses fièvres, et l'empire finissant qui l'entoure. Deux siècles après la nuit de marche des soldats anglais sur la grève, les murailles bâties en réponse à ce genre d'attaque sont toujours là, et ne servent plus à rien.
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François Péron, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
L'expédition Baudin passe l'été 1802 en terre de Van Diemen et rencontre longuement les habitants de la côte sud-est, ceux-là mêmes qui sortent des bois à Adventure Bay dans ce tome. Péron, jeune savant curieux et bavard, note leurs noms, leurs chants, leurs manières, et se livre à des mesures de force physique qui en disent plus long sur lui que sur eux. C'est le dernier grand témoignage avant que tout bascule.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde (1803-1806)
Vingt-cinq ans plus tard, la Russie fait enfin ce que King avait imaginé pour elle. Krusenstern relie le Kamtchatka au Japon et à Canton, porte une ambassade à Nagasaki qui attend six mois pour se voir éconduire, lève les Kouriles et Sakhaline, et vend à Canton les fourrures de la compagnie russo-américaine. On y lit, page après page, le programme du chapitre 19 exécuté par d'autres, et la première réponse sérieuse à la question que King laissait ouverte : que se passerait-il si le Kamtchatka commerçait directement avec le Japon ?
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Georg Heinrich von Langsdorff, Bemerkungen auf einer Reise um die Welt in den Jahren 1803 bis 1807 (1803-1807)
Médecin et naturaliste allemand, Georg Heinrich von Langsdorff embarque sur la Nadejda de Krusenstern pour le premier tour du monde russe. En 1804, il séjourne au Kamtchatka ; en 1805, il suit le chambellan Rezanov vers les comptoirs de la Compagnie russe d'Amérique, à Unalaska, à Kodiak, puis à Sitka où sévit la famine, avant de pousser jusqu'en Californie. Rentré à travers la Sibérie, il publie ses Remarques en 1812. Langsdorff est un héritier direct de Steller : même métier de médecin naturaliste, même curiosité pour les plantes, les animaux marins et les peuples des îles, et le même regard critique sur les chasseurs de loutres, soixante ans après le naufrage de l'île de Béring.
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John Martin, Récit de William Mariner aux îles Tonga (1806-1810)
En 1806, un mousse anglais nommé William Mariner survit au massacre de son navire et vit quatre ans parmi les Tongiens, adopté par un chef, apprenant la langue et les guerres de l'archipel. Dicté au docteur Martin, son témoignage est le plus intime que l'on ait de cette société de l'intérieur. Il éclaire, mieux qu'aucun autre, ce que Cook n'a pu qu'entrevoir de l'extérieur : le sens du tabou, la place du roi sacré, la logique des fêtes que ce tome décrit avec émerveillement.
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Washington Irving, Histoire de New York (1809)
Sous le masque du facétieux Diedrich Knickerbocker, Irving ressuscite en 1809 la New York hollandaise que Danckaerts avait connue de l'intérieur. La satire est tendre, le décor exact : on y retrouve les bacs, les tavernes, les noms de rues et l'esprit de la vieille Nieuw-Amsterdam que le journal nous montre, lui, sans nostalgie ni légende.
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Archibald Campbell, Voyage autour du monde (1809-1810)
Trente ans après le drame, un matelot écossais naufragé et amputé des deux pieds échoue à Hawaï et y passe treize mois, de 1809 à 1810, sous la protection du roi Kamehameha, le Maiha-Maiha de ce tome. Il vit à Honolulu, tisse de la voile pour le souverain, observe une cour où le fer, les navires et les mousquets ont tout changé, et où l'ancien ordre des chefs tient encore. Aucun autre livre ne montre aussi bien ce que devint, en une génération d'homme, le monde décrit dans les derniers chapitres de ce volume.
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Adelbert von Chamisso, Reise um die Welt mit der Romanzoffischen Entdeckungs-Expedition (1815-1818)
Poète déjà connu pour Peter Schlemihl, l'homme qui a vendu son ombre, Adelbert von Chamisso embarque comme naturaliste sur le Rurik d'Otto von Kotzebue, armé par le comte Roumiantsev pour chercher un passage au nord de l'Amérique. En 1816 et 1817, le brick fait escale à Petropavlovsk, croise dans le détroit de Béring et relâche à Unalaska, dont Chamisso observe les Aléoutes avec une sympathie rare chez les voyageurs de son temps. Son récit, publié en 1836, mêle journal de route et remarques savantes. Chamisso navigue dans le sillage de Béring, et son regard de naturaliste, attentif aux plantes comme aux hommes, prolonge celui de Steller sur les mêmes rivages.
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Otto von Kotzebue, Voyage dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1815, un officier russe repart chercher, dans le détroit même où Cook s'était arrêté, le passage que celui-ci n'avait pu forcer. Sur le brick Rurik, avec le poète et naturaliste Chamisso à bord, Kotzebue découvre au nord du détroit une vaste baie qui porte aujourd'hui son nom, et met au jour des falaises de glace fossile mêlée de terre. Il rôde le long de la banquise, interroge les Tchouktches, et se heurte au même refus que son devancier. Quarante ans après, l'Arctique n'a rien cédé.
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Otto von Kotzebue, Voyage de découverte dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1816, un capitaine russe repart chercher le passage par où Cook et Clerke avaient échoué. Il découvre le grand golfe qui porte son nom sur la côte américaine, y trouve des falaises de glace fossile pleines d'ossements de mammouths, mesure les courants du détroit et se heurte à la même banquise, au même endroit, à la même saison. Le savant embarqué, Chamisso, celui-là même qui avait écrit Peter Schlemihl, tient de son côté le journal le plus vivant de l'expédition. Deux générations, une seule barrière.
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Jacques Arago, Promenade autour du monde (1819)
Dessinateur de l'expédition Freycinet, Arago débarque à Hawaï en août 1819, quelques semaines après la mort de Kamehameha et quelques mois avant que son fils ne renverse publiquement la loi du tabou. Il assiste donc au dernier été de l'ordre dont King avait, quarante ans plus tôt, patiemment démonté les règles. Sa plume est vive, bavarde, souvent injuste, et prodigieusement vivante ; on y voit des chefs en habits d'Europe, des morais abandonnés et des interdits que plus personne ne fait respecter. La fin d'un monde vue par un homme qui ne sait pas qu'il la regarde.
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Ferdinand von Wrangel, Le Nord de la Sibérie (1820-1824)
Le chapitre 7 de ce tome soutient que la côte entre le cap Chelatskoï et le cap Nord doit s'infléchir vers l'ouest, et qu'il ne reste presque rien d'inconnu. Wrangel est allé vérifier. De 1820 à 1824, il part de la Kolyma, la rivière même de Deshneff, et pousse quatre fois sur la glace de mer en traîneau à chiens, à la recherche de la terre que les Tchouktches disaient voir au nord. Il ne la trouve pas, manque plusieurs fois de se perdre sur une banquise en dérive, mais relève enfin la côte que King avait devinée. L'île qu'il n'a pas atteinte porte aujourd'hui son nom.
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William Ellis, Polynesian Researches (1822-1825)
Missionnaire à Huahine puis à Hawaï dans les années 1820, Ellis a vu les deux archipels de ce tome à la charnière de leur bouleversement. Il parle les langues, recueille les généalogies et les mythes, décrit les temples avant leur démolition et les rites au moment où on les abandonne. Son témoignage confirme, corrige et complète presque tout ce que Cook avait noté à la hâte, et permet de comprendre après coup ce que signifiait le sacrifice d'Attahooroo.
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John Williams, Récit d'entreprises missionnaires dans les mers du Sud (1823)
Le missionnaire qui aborde Rarotonga en 1823 et parcourt les îles Cook et les Amis inaugure le siècle qui va transformer ces sociétés de fond en comble. Son livre, best-seller de l'Angleterre victorienne, raconte avec ferveur ce que Cook avait laissé intact et que la mission entreprend de refaire. Entre les deux récits tient tout ce qui bascule : les dieux abandonnés, l'étoffe remplacée, le tabou aboli. Williams paie de sa vie, à Erromango, l'œuvre qu'il croit apporter.
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Frederick William Beechey, Voyage vers le Pacifique et le détroit de Béring (1825-1828)
En 1826, le Blossom pousse plus loin que Cook n'avait pu aller. Beechey double le cap de Glace, atteint la pointe Barrow, l'extrémité nord-ouest de l'Amérique, et attend là un Franklin venu par l'intérieur qui n'arrivera jamais. Il complète, mille sur mille, la carte que ce tome laissait inachevée au mur de banquise, décrit les Esquimaux de la côte et leurs échanges avec les Tchouktches d'en face. Son récit ferme, un demi-siècle plus tard, la ligne que Cook avait tracée jusqu'à l'endroit exact où les glaces l'avaient rejeté.
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Jules Dumont d'Urville, Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie (1827-1840)
Le navigateur français traverse deux fois la Nouvelle-Zélande, en 1827 puis en 1840, et mouille dans le détroit de la Reine-Charlotte à la veille du traité de Waitangi. Il connaît son Cook par cœur et le cite à chaque anse. Entre les deux récits tiennent soixante ans : les mousquets, les missions, les guerres qui vident les baies, et des chefs qui savent désormais très bien ce qu'un navire annonce.
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Gottfried Duden, Bericht über eine Reise nach den westlichen Staaten Nord-Amerika's (1829)
Quelques années après Ernst, un autre Allemand s'installe de l'autre côté du Mississippi et écrit à son tour pour les candidats au départ. Gottfried Duden vit de 1824 à 1827 sur une ferme proche de la rivière Missouri, à l'ouest de Saint-Louis, et publie en 1829 un récit enthousiaste qui pousse des milliers de familles allemandes à partir. Les deux livres répondent à la question que pose l'un des chapitres d'Ernst : que doit faire l'Européen ? Ernst calcule, Duden fait rêver. Beaucoup de ses lecteurs, arrivés sur place, lui reprocheront d'avoir peint le Missouri sous des couleurs trop belles.
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Alexis de Tocqueville, Quinze jours dans le désert (1831)
En 1831, le jeune Tocqueville s'enfonce vers les Grands Lacs et croise les derniers Indiens de la côte est. Son texte bref et mélancolique prolonge, un siècle et demi plus tard, l'étonnement de Danckaerts devant les Lenapes. Le voyageur français pleure déjà un monde en train de disparaître, là où le Hollandais l'avait surpris encore vivant.
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Frances Trollope, Domestic Manners of the Americans (1832)
Débarquée à La Nouvelle-Orléans à la fin de 1827, Frances Trollope remonte le Mississippi en bateau à vapeur, puis s'installe à Cincinnati, où elle ouvre un grand bazar qui la ruine. Rentrée en Angleterre en 1831, elle publie un portrait féroce des Américains : le tabac chiqué, les repas avalés en silence, la ferveur des réunions religieuses en plein air, l'esclavage. Elle parcourt le chemin d'Ernst en sens inverse, du delta à l'Ohio, et retrouve, huit ans plus tard, les villes qu'il voyait naître. Son livre fit scandale aux États-Unis ; il reste un témoignage très vivant sur l'Ouest des années 1820.
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Maximilien de Wied-Neuwied, Reise in das innere Nord-America (1839-1841)
Naturaliste rhénan déjà connu pour son voyage au Brésil, le prince Maximilien de Wied-Neuwied arrive en Amérique en 1832 avec le peintre suisse Karl Bodmer. Ils passent l'hiver 1832-1833 à New Harmony, l'ancienne cité des Harmonistes que Rapp a vendue entre-temps à Robert Owen, puis remontent le Missouri depuis Saint-Louis jusqu'au pays des Mandans et des Pieds-Noirs. Le livre, illustré des aquarelles de Bodmer, prolonge la route d'Ernst au-delà du Mississippi. Là où Ernst admirait en 1819 une Harmony de croyants laborieux, Maximilien trouve une ville de savants et de réformateurs, signe de la vitesse à laquelle l'Ouest change de visage.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition (1840)
Ce que l'expédition de Cook avait manqué, l'Amérique le fit en 1840. Wilkes conduisit deux cents hommes et des tonnes d'instruments jusqu'au sommet du Mauna Loa, y campa des semaines sous la neige et y mesura la pesanteur au pendule. Le récit de cette montée, avec ses porteurs hawaïens, ses tentes gelées et son cratère fumant, répond directement à la marche avortée du chapitre 8, quand trois officiers renoncèrent devant un champ de pierres brûlées. Soixante ans séparent les deux tentatives, et le même volcan les mesure.
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Charles Dickens, Notes américaines (1842)
En 1842, Charles Dickens, déjà célèbre, parcourt les États-Unis pendant six mois et s'arrête à Philadelphie. Il trouve la ville belle mais d'une régularité à rendre fou : après une heure ou deux de promenade, avoue-t-il, il aurait donné le monde entier pour une rue tortueuse. C'est le plan en croix que William Penn décrivait en 1683, avec ses rues droites et sa grande place centrale. Dickens visite aussi le pénitencier d'État de l'Est, où l'on enferme les détenus en cellule solitaire dans l'espoir de les amender, et il en sort bouleversé. L'utopie quaker des origines, vue cent soixante ans plus tard par un romancier sans indulgence.
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James Clark Ross, A Voyage of Discovery and Research in the Southern and Antarctic Regions (1847)
Le 12 mai 1840, l'Erebus et la Terror de James Clark Ross jettent l'ancre à Christmas Harbour pour une campagne d'observations magnétiques. L'expédition y reste environ deux mois et demi, sous des coups de vent presque continus. Le jeune botaniste Joseph Dalton Hooker y récolte le chou de Kerguelen, Pringlea antiscorbutica, dont le nom dit les vertus contre le scorbut, ce mal qui avait brisé les équipages de 1774. Ross ne s'attarde pas en regrets : ses volumes racontent ensuite la percée vers la grande barrière de glace qui portera son nom. L'escale australe y occupe pourtant des pages précieuses sur la terre de Kerguelen, ses roches, ses plantes et ses tempêtes.
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John Russell Bartlett, Récit personnel des explorations au Texas, au Nouveau-Mexique, en Californie, au Sonora et au Chihuahua (1850-1853)
Nommé commissaire américain pour tracer la nouvelle frontière après la guerre contre le Mexique, Bartlett passe trois ans entre le Texas, le Nouveau-Mexique, le Chihuahua et le Sonora. Il suit le Rio Grande, traverse les sierras sèches, visite les villes et les missions du Sonora, dessine les paysages et les peuples. Publié en 1854, son récit couvre presque exactement la dernière partie de la route des quatre survivants, des villages du Rio Grande à la côte de la mer du Sud, au moment où cette terre se trouve partagée entre deux États.
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Frederick Law Olmsted, Voyage à travers le Texas (1853-1854)
Avant de dessiner Central Park, Olmsted traverse le Texas à cheval avec son frère, pendant l'hiver 1853-1854. Il décrit la plaine côtière, les colons allemands de New Braunfels, San Antonio, les ranchs, et pousse jusqu'au Rio Grande et au-delà, au Mexique. Son livre, publié en 1857, est aussi un réquisitoire contre l'esclavage qui s'étend dans le nouvel État. Là où Cabeza de Vaca avait marché nu de nation en nation, Olmsted trouve une terre en train de se peupler de fermes, et observe ce que la colonisation fait des hommes.
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Anthony Trollope, The West Indies and the Spanish Main (1858)
En 1858, le romancier anglais, alors fonctionnaire des postes, est envoyé réorganiser les liaisons postales des Caraïbes. Il en tire un récit de voyage rapide, drôle et souvent injuste, où il visite la Jamaïque, Cuba, la Colombie, Panama et la Guyane. Il voit les ports d'où partaient les galions, l'isthme que Drake n'a jamais franchi, et le chemin de fer de Panama, le long du couloir où passera plus tard le canal. Le livre montre ce que trois siècles ont fait de la route du trésor qui était l'enjeu véritable du voyage de 1585.
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George Kennan, La vie sous la tente en Sibérie (1865-1867)
En 1865, une compagnie américaine entreprend de relier New York à Moscou par un télégraphe passant par l'Alaska, le détroit de Béring et la Sibérie. Kennan, vingt ans, est chargé de reconnaître le tracé du Kamtchatka à l'Anadyr. Il vit deux ans chez les Koriaks nomades et les Tchouktches, décrit leurs troupeaux de rennes, leurs jourtes et leurs chamanes, et se retrouve un jour à mille verstes de tout en apprenant que le câble transatlantique vient d'être posé et que son télégraphe n'a plus d'objet. Le pays des chapitres 11 à 14, un siècle plus tard, presque inchangé.
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Mark Twain, Lettres des îles Sandwich (1866)
En 1866, un jeune journaliste débarque à Honolulu pour un journal de Sacramento et reste quatre mois. Twain visite les plantations, descend dans le cratère du Kilauea, essaie la planche de nage et boit la tasse, puis se fait conduire à Kealakekua, devant le monument de Cook, où il écrit quelques pages froides sur ce que le capitaine méritait ou non. Le comique y couvre mal une mélancolie réelle : le royaume qu'il traverse est celui de ce tome, mais dépeuplé, converti, endetté, et déjà tourné vers la Californie.
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Isabella Bird, Six Months in the Sandwich Islands (1873)
En 1873, une Anglaise de quarante ans, malade et intrépide, parcourt Hawaï à cheval, en amazone puis à califourchon, dort dans les cases, descend au bord du cratère du Kilauea et remonte les vallées de Kauai. Un siècle après Cook, elle trouve un royaume chrétien, une monarchie constitutionnelle, des plantations de canne, et sous tout cela la même terre volcanique et les mêmes noms. Le contraste avec la plage de Waimea de janvier 1778 tient en un seul livre.
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Henry Nottidge Moseley, Notes by a Naturalist on the Challenger (1879)
Un siècle après le second voyage de Kerguelen, en janvier 1874, la corvette britannique Challenger fait relâche dans l'archipel au cours du tour du monde qui fonde l'océanographie moderne. Le naturaliste Henry Nottidge Moseley en arpente les baies, observe les manchots, les éléphants de mer, les mousses et le fameux chou, ces vivres frais qui avaient tant manqué aux équipages de Kerguelen. Ses notes, écrites pour un large public, ont la fraîcheur d'un carnet de terrain. Elles montrent, de près et à pied, une terre que Kerguelen n'avait fait qu'entrevoir dans la brume, devenue en cent ans un terrain d'étude pour les savants et un territoire de chasse pour les marins.
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Mark Twain, La Vie sur le Mississippi (1883)
Avant la guerre de Sécession, Mark Twain a été pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi. En 1882, il redescend le fleuve de Saint-Louis à La Nouvelle-Orléans et mêle à ce voyage les souvenirs de son apprentissage, les légendes des pilotes, les bancs de sable qui se déplacent et les troncs immergés qui éventrent les coques. C'est le fleuve qu'Ernst descendit en barque en 1819, de Saint-Louis à Natchez, en évitant de justesse le naufrage. Soixante ans plus tard, les villes ont grandi et le chemin de fer concurrence les vapeurs, mais le fleuve reste le même maître capricieux.
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Robert Louis Stevenson, Dans les mers du Sud (1888-1890)
Malade et cherchant un climat, l'écrivain écossais navigue de 1888 à 1890 des Marquises aux Gilbert, écoute, questionne, et refuse la carte postale. Il décrit des sociétés qui se souviennent encore du tabou et des morai, et une dépopulation qu'il attribue sans détour au contact européen. Sur les îles de la Société et sur ce que Cook y a laissé sans le vouloir, ses pages valent bien des traités.
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Basil Thomson, Les Distractions d'un premier ministre (1890-1891)
À la fin du dix-neuvième siècle, un jeune fonctionnaire britannique devient, presque par hasard, premier ministre du royaume de Tonga, seul État polynésien à n'avoir jamais été colonisé. Son livre, drôle et fin, décrit une monarchie héritière de l'ancien ordre des Tu'i Tonga de Poulaho, avec ses rites, ses rangs et ses tabous encore vivaces. On y reconnaît, sous le vernis chrétien, l'archipel que Cook avait cru comprendre, et la royauté sacrée qu'il avait devinée derrière les fastes de Feenou.
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Raymond Rallier du Baty, Aventures aux Kerguelen (1907-1909)
En 1907, un jeune Breton achète un vieux dundee, l'appelle le J.-B. Charcot et part avec cinq hommes vivre plus d'un an sur la terre que Cook appelait la Désolation. Il chasse l'éléphant de mer, dresse des cartes, hiverne dans les fjords, et décrit la même roche bleue, le même varech, les mêmes manchots par milliers. Aucun livre ne donne mieux à sentir ce que Cook a seulement longé pendant huit jours.
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Raymond Rallier du Baty, 15,000 Miles in a Ketch (1917)
En septembre 1907, deux frères bretons, Raymond et Henri Rallier du Baty, quittent Boulogne à bord du J.-B. Charcot, un ketch de pêche de 48 tonneaux, avec quatre compagnons. Leur but : cartographier les Kerguelen, que la France n'a encore guère explorées. Pour payer l'aventure, ils chassent l'éléphant de mer et vendent son huile. Leur récit, publié en anglais avant de paraître en français sous le titre Aventures aux Kerguelen, a l'humour et l'audace des expéditions sans budget. Raymond reviendra en 1913 ; ses relevés serviront à la première carte complète de l'archipel, publiée en 1922, cent cinquante ans après la découverte de son compatriote.
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Georges Duhamel, Scènes de la vie future (1928)
En 1928, Georges Duhamel traverse l'Atlantique et passe quelques semaines aux États-Unis. Il en rapporte Scènes de la vie future, publié en 1930, réquisitoire contre une civilisation de la machine, de la publicité et de la standardisation. Les abattoirs de Chicago, le cinéma, l'automobile, la foule pressée : Duhamel s'arrête souvent devant les mêmes spectacles que le prince et y voit la menace d'un avenir mécanique pour l'Europe. La comparaison éclaire les deux livres : le prince égyptien s'agace du bruit et des réclames mais admire l'organisation, quand l'écrivain français, seize ans plus tard, n'y voit plus guère qu'un asservissement.
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Simone de Beauvoir, L'Amérique au jour le jour (1947)
De janvier à mai 1947, Simone de Beauvoir parcourt les États-Unis en conférencière : New York, Chicago, où elle rencontre Nelson Algren, la traversée vers l'Ouest, la Californie, les déserts et les villages indiens du Sud-Ouest, puis le Sud. L'Amérique au jour le jour, paru en 1948, tient le journal de ces mois avec une curiosité gourmande et un regard critique sur l'argent et la ségrégation. Trente-cinq ans après le prince, elle retrouve les trains, les hôtels démesurés et les foules de Broadway, et pose à son tour la question de la place faite aux Noirs et aux Indiens dans la puissance américaine, avec une liberté de femme que le prince observait chez les Américaines.
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Sayyid Qutb, L'Amérique que j'ai vue (Amrika allati ra'aytu) (1948-1950)
De la fin de 1948 à 1950, l'Égyptien Sayyid Qutb, alors fonctionnaire du ministère de l'Instruction publique, étudie aux États-Unis, notamment à Greeley, dans le Colorado, puis en Californie. Il en tire une série d'articles, L'Amérique que j'ai vue, publiés au Caire en 1951. Le texte est sévère : matérialisme, mœurs, sport brutal, racisme. Lu à côté du prince, il dessine une tradition égyptienne du regard sur l'Amérique. Le Colorado est le même, les questions aussi, la liberté des femmes, la publicité, la place des non-Blancs, mais l'admiration de 1912 a cédé la place au rejet, et Qutb deviendra l'un des penseurs majeurs des Frères musulmans.
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John Steinbeck, Voyage avec Charley (1960)
À l'automne 1960, John Steinbeck aménage une camionnette, embarque son caniche Charley et fait le tour des États-Unis pour retrouver le pays dont il écrit. Voyage avec Charley, paru en 1962, suit une route qui croise souvent celle du prince : les chutes du Niagara, où une affaire de certificat de vaccination du chien le fait renoncer au Canada, Chicago, les Rocheuses, Seattle, l'Oregon et la Californie de sa jeunesse. Il trouve un pays transformé par l'automobile, les déchets et le béton, inquiet de sa propre uniformité. Un demi-siècle après 1912, le progrès qu'admirait le voyageur égyptien montre son revers.
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John McPhee, Coming into the Country (1977)
Coming into the Country, paru en 1977, est le grand livre de John McPhee sur l'Alaska. Il y suit des naturalistes sur les rivières de l'Arctique, enquête sur le projet de déplacer la capitale loin de Juneau, puis s'installe parmi les chercheurs d'or et les trappeurs du haut Yukon, autour d'Eagle. Soixante ans après le passage du prince, l'Alaska n'est plus une croisière de glaciers et de totems, mais un État où s'affrontent protection de la nature, droits des autochtones et rêve d'or toujours vivace. Quant à la mine de Treadwell, visitée en détail en 1912, elle s'est effondrée sous la mer en 1917.
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Jonathan Raban, Old Glory (1981)
En 1979, l'écrivain anglais Jonathan Raban descend le Mississippi depuis le Minnesota sur un petit bateau à moteur, pour réaliser un rêve d'enfance né de la lecture de Huckleberry Finn. Il s'arrête dans les villes riveraines, s'attarde à Saint-Louis et à Memphis, écoute les habitants et décrit une Amérique de petites villes, de bars et d'églises. Le fleuve sauvage d'Ernst, avec ses ours, ses pélicans et ses troncs à la dérive, est devenu une voie domestiquée par les digues et parcourue de convois de barges. Le livre mesure ce que cent soixante ans ont fait du paysage, et ce qu'ils n'ont pas réussi à changer.
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Jean-Paul Kauffmann, L'Arche des Kerguelen (1993)
Quelques années après sa libération, le journaliste et écrivain Jean-Paul Kauffmann, otage au Liban de 1985 à 1988, part pour les Kerguelen sur les traces d'Yves de Kerguelen, de Rallier du Baty et des autres découvreurs. Il partage la vie des scientifiques et des militaires de la base, s'enlise dans la tourbe, se perd, subit le vent qui ne cesse jamais. Il rêve d'apercevoir l'arche de roche qui donne son titre au livre, et le mauvais temps l'en empêche. Récit d'un but manqué, comme celui de 1774, son livre fait de l'isolement austral une matière littéraire, sans jamais perdre de vue le navigateur breton qui l'a révélée.