Nos titres sur ce sujet
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
Récits et ouvrages autour de ce sujet, classés par date, pour situer nos titres. Un lien mène à une édition libre en ligne quand elle existe, ou à notre fiche lorsque l'ouvrage fait partie de notre catalogue.
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Marco Polo, Le Devisement du monde (1298)
Au retour de Chine, le Vénitien longe la côte de Coromandel, s'arrête au tombeau de saint Thomas, décrit les pêcheries de perles, les rois nus couverts de joyaux, les bûchers de veuves et le royaume de Ceylan au Pic sacré. Toutes les merveilles qu'Hamilton retrouve, amoindries ou disputées, Marco Polo les voit éclatantes, quatre siècles plus tôt. Lire l'un après l'autre, c'est suivre la lente transformation d'un même rivage, des splendeurs médiévales aux comptoirs fortifiés du temps des compagnies.
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Ibn Battuta, Voyages (1325-1354)
Trois siècles avant Hamilton, le grand voyageur marocain longe déjà la côte swahilie de Mombasa et de Quiloa, remonte le golfe Persique, atteint l'Inde et sert le sultan de Delhi. Il voit ces mêmes ports musulmans quand ils sont au sommet de leur prospérité, avant que les Portugais ne les rançonnent et que les Arabes de Mascate n'en reprennent quelques-uns. Son témoignage donne la profondeur de temps qui manque au récit du capitaine, pressé par le négoce.
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Ludovico di Varthema, Itinéraire (1510)
Aventurier bolonais du début du seizième siècle, Varthema est l'un des premiers Européens à visiter La Mecque déguisé en pèlerin, puis à descendre la mer Rouge jusqu'à Aden et à gagner l'Inde. Il parcourt la côte d'Arabie qu'Hamilton longera deux siècles plus tard, s'arrête aux mêmes ports du café, décrit les mêmes cheikhs avides de tribut. Son récit picaresque éclaire, par avance, le monde arabe que le capitaine observera d'un œil plus froid de marchand.
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Antonio Pigafetta, Relation du premier voyage autour du monde (1519-1522)
Deux siècles avant Hamilton, le gentilhomme vicentin embarque avec Magellan et survit à l'expédition qui, la première, traverse le Pacifique. Il touche les Philippines où le capitaine trouve la mort, gagne Bornéo et sa cour fastueuse, charge le girofle des Moluques et longe Timor, ces mêmes îles où le marchand écossais viendra deux cents ans plus tard. Son journal émerveillé montre l'archipel des épices à l'instant où l'Europe le découvre, quand Hamilton n'en verra plus que les comptoirs disputés des compagnies. Lire l'un après l'autre, c'est suivre le passage du rêve des épices à leur négoce ordinaire.
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Matteo Ricci et Nicolas Trigault, Histoire de l'expédition chrétienne au royaume de la Chine (1615)
Le jésuite Ricci, entré en Chine à la fin du seizième siècle, apprend la langue et les classiques, gagne l'amitié des lettrés et pénètre jusqu'à Pékin. Son récit, mis en forme par Trigault, révèle à l'Europe une civilisation raffinée que le capitaine, un siècle plus tard, ne côtoiera que par le guichet des douanes de Canton. Là où Hamilton peste contre le Hapoa et ses exactions, Ricci décrit de l'intérieur la cour, l'examen des mandarins et la sagesse de Confucius, et donne à la Chine des marchands la profondeur savante qui manque au regard du seul négociant.
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Tomé Pires, Suma oriental (v. 1515)
Apothicaire et agent portugais, Pires rédige vers 1515, depuis Malacca même, la plus complète description du grand commerce asiatique de son temps, avant de mourir prisonnier en Chine. Il énumère les cargaisons, les routes et les nations qui se croisent au détroit, ce même verrou où Hamilton achève son deuxième tome. Son inventaire minutieux montre Malacca au faîte de sa fortune marchande, quand le capitaine écossais n'en verra plus qu'une colonie hollandaise, riche encore mais déchue de sa gloire première.
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Duarte Barbosa, Le Livre de Duarte Barbosa (v. 1516)
Facteur portugais du début du seizième siècle, Barbosa décrit l'océan Indien à l'heure où sa nation en tient les clés, deux siècles avant qu'Hamilton n'en constate le déclin. Cambay, Diu, Ormuz, Mombasa, Mozambique : toutes les places que le capitaine écossais trouve fortifiées, assiégées ou perdues, Barbosa les voit neuves, aux mains de la Couronne du Portugal. Lire l'un après l'autre, c'est mesurer la lente marée qui retire la puissance lusitanienne de ces rivages.
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Abel Tasman, Journal de voyage (1643)
En 1643, le navigateur hollandais aborde le premier les îles qu'il nomme Amsterdam et Middelbourg, soit Tongatapu et Eua, cent trente-quatre ans avant Cook. Son journal, bref et méfiant, note le troc, les pirogues, la douceur trompeuse de l'accueil. Le relire avant ce tome, c'est prendre la mesure de ce que Cook trouve inchangé et de ce qu'il comprend en plus : là où Tasman ne voyait qu'une côte accueillante, Cook démêle une royauté, un tabou, un empire d'îles.
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Nicolas Sanson et les cartographes du grand siècle (1650-1700)
Avant les relevés modernes, l'océan Indien se lit sur les cartes des géographes du roi, où les côtes qu'Hamilton dit si mal figurées prennent forme peu à peu. Suivre ces cartes, de la mer d'Éthiopie aux embouchures de l'Indus, permet de comprendre pourquoi le capitaine se plaint sans cesse de bancs et de rochers absents des portulans : il navigue dans un monde encore à moitié deviné, que d'autres, après lui, achèveront de dessiner.
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Robert Knox, An Historical Relation of the Island Ceylon in the East Indies (1659-1679)
Burckhardt ne connaît le roi de Kandy que par l'ambassade de Puqvoy. Le marin anglais Robert Knox, lui, a vécu dix-neuf ans dans son royaume. Capturé en 1659 avec une partie de son équipage par les troupes de Raja Sinha II, il survit en tricotant des bonnets et en prêtant du grain, jusqu'à son évasion vers le fort hollandais d'Arippu, qui l'envoie à Batavia. Rentré à Londres en septembre 1680, il publie son récit en 1681, avec l'appui de la Royal Society. Traduit en allemand dès 1689, il offre le revers exact de celui de Burckhardt : le Ceylan cinghalais de l'intérieur, vu par un captif, face au Ceylan des forts hollandais de la côte.
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Johan Nieuhof, L'Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies vers l'empereur de la Chine (1665)
Membre de la première grande ambassade hollandaise à Pékin, au milieu du dix-septième siècle, Nieuhof remonte la Chine de Canton à la capitale et rapporte des centaines de dessins qui fixent pour longtemps l'image du pays en Europe. Il voit, cinquante ans avant Hamilton, les mêmes fleuves, les mêmes ponts et les mêmes villes, mais du côté de l'ambassade quémandeuse plutôt que du marchand berné. Son livre éclaire le cérémonial et la morgue de l'administration impériale que le capitaine subira à son tour, sans en percer les usages.
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Arnoldus Montanus, Ambassades mémorables vers les empereurs du Japon (1669)
Compilateur hollandais du dix-septième siècle, Montanus rassemble les récits des envoyés de la Compagnie au Japon des shoguns, ce pays refermé sur lui-même que seuls les Hollandais approchent encore, par la mince fenêtre de Nangasaki. Son livre, tout bruissant de cortèges et de merveilles, montre l'empire clos qu'Hamilton n'entrevoit que de loin, et raconte par le menu la répression du christianisme et la ruse des marchands que le capitaine résume en quelques pages fortes. C'est le grand tableau européen du Japon interdit, dont Hamilton ne donne que l'esquisse.
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Gemelli Careri, Voyage autour du monde (1699-1700)
À la fin du dix-septième siècle, le juriste napolitain fait à ses frais le tour de la Terre. Il traverse la Chine, monte à Pékin, contemple la Grande Muraille, puis s'embarque à Manille sur le galion qui relie les Philippines à l'Amérique. Presque contemporain d'Hamilton, il parcourt exactement les mers de ce troisième tome, mais en curieux libre et non en marchand. Son témoignage confirme, corrige ou colore mainte scène du capitaine, de la cour de Canton aux rues de Manille, et donne un compagnon de route lettré à la traversée de l'Insulinde et des mers de Chine.
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William Dampier, Voyage à la Nouvelle-Hollande (1703)
Soixante-dix ans avant Cook, un ancien flibustier devenu explorateur avait été le premier Anglais à décrire la Nouvelle-Hollande, touchant sa côte ouest en 1699. Dampier n'y vit qu'une terre aride et des habitants qu'il jugea misérables, et repartit sans soupçonner l'immensité du continent. Lire sa relation en regard de celle de Cook, c'est mesurer le chemin parcouru en trois générations : l'un aborde par hasard un rivage rebutant, l'autre lève méthodiquement toute une côte et lui donne un nom. Le même pays, vu par deux âges de la navigation.
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Peter Kolb, Caput Bonae Spei hodiernum (1705-1713)
Trente ans après l'escale de Burckhardt, le Franconien Peter Kolb débarque au Cap en 1705, envoyé par un conseiller prussien, le baron von Krosigk, pour y faire des observations astronomiques. Il y reste plusieurs années, jusqu'à ce que sa vue décline, et s'intéresse surtout à la colonie hollandaise et aux Khoïkhoï, ceux que Burckhardt appelle les Hottentots. Son grand livre paraît à Nuremberg en 1719, et une traduction française suit en 1741. Kolb rompt avec les clichés de ses prédécesseurs, compare les croyances des Khoïkhoï à celles des Européens et rapporte les razzias armées des colons. À relire en regard du chapitre du Cap, écrit par un soldat de passage pressé de repartir.
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Amédée-François Frézier, Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili et du Pérou (1716)
Trois ans après Rogers, l'ingénieur militaire Frézier part pour la mer du Sud sous l'habit d'un capitaine marchand. De 1712 à 1714, de Concepción à Valparaíso, de Callao à Arica, il lève en secret le plan des ports, compte les canons et les garnisons espagnoles, observe les mines et les cultures. Il rapporte en France le fraisier du Chili, qui donnera nos fraises de jardin. Sa relation paraît à Paris en 1716 et une traduction anglaise suit dès 1717. On y retrouve la côte que Rogers remonte, vue cette fois par un œil d'officier attentif aux défenses plus qu'au butin.
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Johann Wolfgang Heydt, Allerneuester Geographisch- und Topographischer Schau-Platz von Africa und Ost-Indien (1733-1740)
Johann Wolfgang Heydt suit, un demi-siècle plus tard, le chemin de Burckhardt : un Allemand entré au service de la Compagnie en 1733, qui passe d'abord deux ans à Ceylan avant de gagner Batavia, où il devient en 1737 architecte et dessinateur de la Compagnie. Revenu en Europe en 1740 pour raisons de santé, il publie à Nuremberg en 1744 un grand album de plus de cent planches gravées d'après ses dessins, accompagnées d'un long texte : le Cap, Colombo et ses fortifications, Batavia, Malacca, les Moluques, Dejima. On y voit, dessinés, les lieux que Burckhardt décrit avec des mots : les citadelles, les rues, les jardins et la vie des employés européens des Indes.
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Richard Walter, A Voyage Round the World by George Anson (1748)
Trente ans plus tard, l'escadre du commodore Anson refait presque la route du Duke. Partie en 1740, décimée par le scorbut au passage du cap Horn, elle se refait à Juan Fernández, où les marins trouvent des chèvres aux oreilles fendues qu'ils rattachent à Selkirk. Elle pille Paita, guette en vain le galion au large du Mexique, puis s'empare en 1743 de la Covadonga près des Philippines. Le récit, publié en 1748 sous le nom du chapelain Richard Walter, devient un grand succès de librairie. Il montre ce que la guerre navale a fait du modèle corsaire de Rogers.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde (1768)
En avril 1768, la Boudeuse mouille devant Tahiti, que Bougainville baptise Nouvelle-Cythère et quitte au bout de neuf jours, laissant derrière lui des ancres et une légende. Son récit, écrit en gentilhomme philosophe, invente à lui seul le mythe polynésien qui va occuper l'Europe pendant un siècle. Le lire avant ce tome, c'est mesurer la distance entre le rêve et l'enquête : là où Bougainville voit une île de la douceur, Cook et Anderson dénombrent les rangs, les guerres, les crânes du morai. L'ancre rachetée à Bora Bora est le fil qui relie les deux livres.
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Jean de Surville, Journal du voyage du Saint-Jean-Baptiste (1769-1770)
En décembre 1769, un navire marchand français cherchait lui aussi une terre dans le Pacifique et longeait la côte nord de la Nouvelle-Zélande. Cook et de Surville passèrent à quelques dizaines de lieues l'un de l'autre, dans la même tempête, sans jamais se voir. Le journal du Français, longtemps oublié, raconte l'autre visage de cet instant : un équipage rongé par le scorbut, une relâche tendue avec les Maoris, un otage emmené de force. Lire ces pages en regard du journal de Cook, c'est saisir combien la découverte tenait au hasard des routes et des vents.
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Carl Peter Thunberg, Resa uti Europa, Africa, Asia, förrättad åren 1770-1779 (1770-1779)
Élève de Linné, le Suédois Carl Peter Thunberg s'engage en 1771 comme chirurgien de la Compagnie néerlandaise pour herboriser aux Indes. Il passe trois ans au Cap, gagne Batavia en mai 1775, séjourne au comptoir de Dejima et accompagne en 1776 l'ambassade hollandaise à Edo, puis vit à Ceylan de juillet 1777 à février 1778, avant de rentrer par le Cap. Son récit paraît à Uppsala à partir de 1788. Il refait presque, cent ans plus tard, le parcours du mémorial de Burckhardt, du Cap au Japon fermé en passant par Ceylan, mais avec l'œil d'un naturaliste : là où le commis rapporte des merveilles, Thunberg nomme, classe et décrit les plantes.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L'Étoile (1771)
Parti en 1766 pour remettre aux Espagnols l'établissement français des Malouines, Bougainville franchit le détroit de Magellan, traverse le Pacifique par Tahiti, les Samoa, les Nouvelles-Hébrides et les Salomon, puis gagne les Moluques et Batavia avant de rentrer par l'océan Indien. C'est le premier tour du monde officiel de la marine française. Son récit, paru en 1771, nourrit le débat des philosophes sur le bon sauvage. La comparaison avec Rogers est parlante : les mêmes mers, les mêmes escales hollandaises, mais un voyage d'État, de savants et d'observation, là où Rogers commandait une entreprise de prises.
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Marc-Joseph Marion du Fresne, Relation du voyage (1772)
Deux ans après Cook, un autre navigateur français jeta l'ancre dans la baie des Îles, ces rivages mêmes que l'Endeavour venait de longer. L'escale, d'abord cordiale, s'acheva dans le sang : Marion du Fresne et une partie de ses hommes furent tués par les Maoris qu'ils croyaient amis. La relation de ce voyage éclaire d'une lumière crue ce que le journal de Cook laisse deviner : la fragilité des premiers contacts, où un malentendu suffisait à faire basculer l'hospitalité en guerre.
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Georg Forster, Voyage autour du monde (1772-1775)
Fils du naturaliste embarqué sur le deuxième voyage, Forster a dix-sept ans quand il découvre Tahiti et les îles de la Société. Son récit, publié en 1777 dans l'année même où se situe ce tome, est le premier grand texte littéraire sorti des voyages de Cook : une prose sensible, indignée parfois, attentive à ce que l'arrivée des Européens détruit. Il décrit les mêmes plages, les mêmes chefs, la même flotte de guerre, mais avec les yeux d'un adolescent qui refuse d'être seulement témoin.
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John Ledyard, Journal du dernier voyage du capitaine Cook (1776-1780)
Un caporal américain des soldats de marine se trouvait à Kealakekua ce matin-là. Rentré chez lui, Ledyard publia à Hartford, en 1783, un récit du voyage qui devança de plus d'un an l'édition officielle et raconta la mort de Cook sans passer par l'Amirauté. Le ton est libre, parfois emprunté à d'autres, et le jugement sévère sur la conduite des officiers. C'est le premier contrepoint au texte que l'on vient de lire : deux hommes, la même plage, le même quart d'heure, et deux versions dont la comparaison a occupé les historiens depuis.
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François Le Vaillant, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance (1781-1784)
Dix ans après le passage de Bernardin, un jeune ornithologue né en Guyane hollandaise débarque au Cap, envoyé par un trésorier de la Compagnie néerlandaise des Indes. Le Vaillant ne s'en tient pas à la montagne de la Table : il part en chariot vers l'est du Cap, puis franchit l'Orange vers le pays des Namaquas, et rentre en 1784 avec plus de deux mille peaux d'oiseaux et une peau de girafe. Son récit de 1790 connaît un succès immense et se traduit aussitôt partout, malgré les erreurs et les inventions que lui reprocheront les naturalistes. On y retrouve les Khoïkhoï et les colons hollandais que Bernardin avait observés depuis la ville.
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Jean-François de La Pérouse, Voyage autour du monde (1785-1788)
Dix ans après Cook, La Pérouse traverse les mêmes eaux, relâche aux îles des Navigateurs voisines, et y perd son second dans un guet-apens qui répond, comme un écho sinistre, à toutes les amitiés fastueuses de ce tome. Son récit, sauvé du naufrage final par des copies expédiées à temps, montre le revers de la médaille polynésienne : la même mer, les mêmes chefs magnifiques, et la violence que Cook a côtoyée sans toujours la voir venir.
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Jean-Baptiste Barthélemy de Lesseps, Journal historique du voyage (1787-1788)
Le seul survivant de l'expédition La Pérouse fut celui qu'on renvoya. En septembre 1787, à vingt-deux ans, Lesseps débarque à Saint-Pierre-et-Saint-Paul avec les journaux de son commandant et l'ordre de les porter à Versailles par voie de terre. Il met un an à traverser le Kamtchatka, la Sibérie et la Russie, en traîneau à chiens puis à rennes, exactement par les chemins que King venait de décrire. Il passe par Bolcheretsk, s'arrête sur la tombe de Clerke, et retrouve les mêmes jourtes, les mêmes toïons, les mêmes ours. Aucun autre livre ne prolonge celui-ci d'aussi près.
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John Meares, Voyages à la côte nord-ouest de l'Amérique (1788-1789)
Cook n'avait pas quitté Nootka que le prix des peaux de loutre à Canton faisait déjà courir les marchands. En 1788, Meares s'installe dans la baie même, y construit un petit navire, traite avec le chef Maquinna, et son établissement contesté déclenche la crise de Nootka qui manque de jeter l'Angleterre et l'Espagne à la guerre. Son récit, moins scrupuleux que celui de Cook, montre le revers de la découverte : en dix ans, l'anse aux loutres est devenue un comptoir, et le troc de fer du capitaine, le premier acte d'un grand commerce.
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John Meares, Voyages faits en 1788 et 1789 de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique (1788-1789)
Voici le projet du chapitre 19, mis à exécution huit ans plus tard, par un ancien officier de marine devenu marchand. Meares arme à Macao, remonte à Nootka, y bâtit une maison et un navire, achète les peaux de loutre aux mêmes conditions que King avait calculées, redescend les vendre à Canton, et provoque au passage la crise diplomatique qui faillit mettre l'Angleterre et l'Espagne en guerre. Son livre est vantard et souvent malhonnête, ce qui ne l'empêche pas d'être le premier document du commerce maritime des fourrures, celui que ce tome a inventé sans le savoir.
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William Bligh, A Voyage to the South Sea (1788-1789)
Le master de la Resolution, celui qui sonde les baies des Kerguelen dans ce tome, revient à Adventure Bay douze ans plus tard avec la Bounty, y plante des pommiers au même endroit, puis met le cap sur Tahiti où l'attend la mutinerie. Lire son passage sur la terre de Van Diemen à côté de celui de Cook, c'est mesurer ce qu'un élève retient d'un maître : la même méthode, les mêmes gestes, et un tempérament qui fera toute la différence.
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James Morrison, Journal de bord de la Bounty et Mémoire sur Tahiti (1789-1792)
Le maître d'équipage de la Bounty, resté à Tahiti après la mutinerie de 1789, y vit près de deux ans avant d'être capturé, condamné, puis gracié. Son mémoire, écrit en prison, est la description la plus détaillée que l'on ait de la société tahitienne avant sa conversion : les arioi, les morai, le maro royal, les guerres de district, tout ce que Cook n'apercevait qu'en visiteur. Il éclaire de l'intérieur les chapitres d'Anderson, douze ans plus tard, sur les mêmes îles.
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James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1790)
Un demi-siècle après Hamilton, l'Écossais James Bruce pénètre enfin l'Éthiopie que son compatriote n'avait connue que par le récit de missionnaires en fuite. Il vit à la cour du souverain que les Européens nommaient le Prêtre Jean, voit de ses yeux les mœurs, la viande crue, la monnaie de sel dont Hamilton n'avait connaissance que par ouï-dire. Son témoignage confirme, corrige et prolonge les pages étonnées que le capitaine consacre au royaume chrétien des montagnes.
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William Bligh, Relation de l'enlèvement du navire le Bounty (1790)
Dix-huit ans après l'Endeavour, chassé de son bord par la révolte, le lieutenant Bligh accomplit dans une simple chaloupe l'une des plus extraordinaires traversées de l'histoire de la mer. Sa route recoupe presque exactement celle de Cook : le détroit qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Nouvelle-Guinée, puis Timor, où lui aussi arrive épuisé et affamé. Ancien élève de Cook, dont il avait été le maître au dernier voyage, Bligh applique les leçons de son maître à survivre. Deux récits de la même mer semée de récifs, à quelques années d'écart.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean (1791-1795)
Vancouver était aspirant sur la Discovery pendant ce voyage. Quinze ans plus tard, il commande sa propre expédition, relâche à Dusky Bay puis au détroit de la Reine-Charlotte, et retrouve les souches des arbres coupés par les charpentiers de Cook. Le lecteur y voit ce que deviennent, en une génération, un mouillage familier et les gens qui y campaient.
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Jean-François de Lapérouse, Voyage autour du monde (1797)
Quinze ans après Cook, la France envoie à son tour deux navires reconnaître le Pacifique. Lapérouse suit une part des routes de l'Endeavour, salue partout la mémoire du grand marin anglais, puis disparaît corps et biens à Vanikoro. Son journal, sauvé et publié en 1797, referme l'âge héroïque des découvertes océaniennes comme le journal de Cook l'avait ouvert. Le lecteur y retrouve les mêmes îles, déjà changées par le passage des Européens, et cette obsession des Lumières de tout cartographier avant de mourir.
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George Vancouver, Voyage de découvertes dans l'océan Pacifique Nord (1798)
Vancouver avait servi comme aspirant sous Cook. Devenu commandant, il revint au Pacifique dans les années 1790 pour en lever les côtes avec une minutie héritée de son maître. Son récit prolonge le geste de l'Endeavour d'une génération : mêmes escales polynésiennes, même patience du relevé, mais un monde insulaire déjà transformé par le commerce et les épidémies. On y voit ce que l'oeuvre de Cook a rendu possible, et le prix que les peuples du Pacifique commencent à en payer.
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François Péron, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
L'expédition Baudin passe l'été 1802 en terre de Van Diemen et rencontre longuement les habitants de la côte sud-est, ceux-là mêmes qui sortent des bois à Adventure Bay dans ce tome. Péron, jeune savant curieux et bavard, note leurs noms, leurs chants, leurs manières, et se livre à des mesures de force physique qui en disent plus long sur lui que sur eux. C'est le dernier grand témoignage avant que tout bascule.
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Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique (1801-1802)
Botaniste de l'expédition Baudin, Bory se brouille avec son capitaine et quitte le navire à l'Île-de-France. Il passe ensuite à Bourbon, où il gravit en octobre 1801 le Piton de la Fournaise et donne la première description scientifique générale du volcan, dont un cratère porte aujourd'hui son nom. Ses trois volumes de 1804, accompagnés d'un atlas, couvrent Ténériffe, l'Île-de-France, Bourbon et Sainte-Hélène. Trente ans après Bernardin, c'est le même chapelet d'îles vu par un naturaliste de métier, qui en mesure les reliefs et en classe les plantes là où son prédécesseur doutait de sa compétence et se fiait à son regard.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde (1803-1806)
Vingt-cinq ans plus tard, la Russie fait enfin ce que King avait imaginé pour elle. Krusenstern relie le Kamtchatka au Japon et à Canton, porte une ambassade à Nagasaki qui attend six mois pour se voir éconduire, lève les Kouriles et Sakhaline, et vend à Canton les fourrures de la compagnie russo-américaine. On y lit, page après page, le programme du chapitre 19 exécuté par d'autres, et la première réponse sérieuse à la question que King laissait ouverte : que se passerait-il si le Kamtchatka commerçait directement avec le Japon ?
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Matthew Flinders, A Voyage to Terra Australis (1803-1810)
En décembre 1803, le navigateur qui vient de faire le tour de l'Australie relâche à l'Île-de-France sur un navire qui prend l'eau. La France et l'Angleterre sont de nouveau en guerre : le gouverneur Decaen le retient prisonnier. Flinders restera plus de six ans dans l'île, d'abord enfermé à Port-Louis, puis logé dans l'habitation de Madame d'Arifat, dont il instruit les fils, avant d'être libéré en 1810. Il y étudie la boussole, le baromètre et la littérature française. Près d'une centaine de pages de son grand récit de 1814 sont consacrées à l'île, et il y loue une hospitalité qu'il dit n'avoir jamais rencontrée ailleurs.
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John Martin, Récit de William Mariner aux îles Tonga (1806-1810)
En 1806, un mousse anglais nommé William Mariner survit au massacre de son navire et vit quatre ans parmi les Tongiens, adopté par un chef, apprenant la langue et les guerres de l'archipel. Dicté au docteur Martin, son témoignage est le plus intime que l'on ait de cette société de l'intérieur. Il éclaire, mieux qu'aucun autre, ce que Cook n'a pu qu'entrevoir de l'extérieur : le sens du tabou, la place du roi sacré, la logique des fêtes que ce tome décrit avec émerveillement.
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Archibald Campbell, Voyage autour du monde (1809-1810)
Trente ans après le drame, un matelot écossais naufragé et amputé des deux pieds échoue à Hawaï et y passe treize mois, de 1809 à 1810, sous la protection du roi Kamehameha, le Maiha-Maiha de ce tome. Il vit à Honolulu, tisse de la voile pour le souverain, observe une cour où le fer, les navires et les mousquets ont tout changé, et où l'ancien ordre des chefs tient encore. Aucun autre livre ne montre aussi bien ce que devint, en une génération d'homme, le monde décrit dans les derniers chapitres de ce volume.
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Otto von Kotzebue, Voyage dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1815, un officier russe repart chercher, dans le détroit même où Cook s'était arrêté, le passage que celui-ci n'avait pu forcer. Sur le brick Rurik, avec le poète et naturaliste Chamisso à bord, Kotzebue découvre au nord du détroit une vaste baie qui porte aujourd'hui son nom, et met au jour des falaises de glace fossile mêlée de terre. Il rôde le long de la banquise, interroge les Tchouktches, et se heurte au même refus que son devancier. Quarante ans après, l'Arctique n'a rien cédé.
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Otto von Kotzebue, Voyage de découverte dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1816, un capitaine russe repart chercher le passage par où Cook et Clerke avaient échoué. Il découvre le grand golfe qui porte son nom sur la côte américaine, y trouve des falaises de glace fossile pleines d'ossements de mammouths, mesure les courants du détroit et se heurte à la même banquise, au même endroit, à la même saison. Le savant embarqué, Chamisso, celui-là même qui avait écrit Peter Schlemihl, tient de son côté le journal le plus vivant de l'expédition. Deux générations, une seule barrière.
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Jacques Arago, Promenade autour du monde (1819)
Dessinateur de l'expédition Freycinet, Arago débarque à Hawaï en août 1819, quelques semaines après la mort de Kamehameha et quelques mois avant que son fils ne renverse publiquement la loi du tabou. Il assiste donc au dernier été de l'ordre dont King avait, quarante ans plus tôt, patiemment démonté les règles. Sa plume est vive, bavarde, souvent injuste, et prodigieusement vivante ; on y voit des chefs en habits d'Europe, des morais abandonnés et des interdits que plus personne ne fait respecter. La fin d'un monde vue par un homme qui ne sait pas qu'il la regarde.
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Ferdinand von Wrangel, Le Nord de la Sibérie (1820-1824)
Le chapitre 7 de ce tome soutient que la côte entre le cap Chelatskoï et le cap Nord doit s'infléchir vers l'ouest, et qu'il ne reste presque rien d'inconnu. Wrangel est allé vérifier. De 1820 à 1824, il part de la Kolyma, la rivière même de Deshneff, et pousse quatre fois sur la glace de mer en traîneau à chiens, à la recherche de la terre que les Tchouktches disaient voir au nord. Il ne la trouve pas, manque plusieurs fois de se perdre sur une banquise en dérive, mais relève enfin la côte que King avait devinée. L'île qu'il n'a pas atteinte porte aujourd'hui son nom.
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William Ellis, Polynesian Researches (1822-1825)
Missionnaire à Huahine puis à Hawaï dans les années 1820, Ellis a vu les deux archipels de ce tome à la charnière de leur bouleversement. Il parle les langues, recueille les généalogies et les mythes, décrit les temples avant leur démolition et les rites au moment où on les abandonne. Son témoignage confirme, corrige et complète presque tout ce que Cook avait noté à la hâte, et permet de comprendre après coup ce que signifiait le sacrifice d'Attahooroo.
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John Williams, Récit d'entreprises missionnaires dans les mers du Sud (1823)
Le missionnaire qui aborde Rarotonga en 1823 et parcourt les îles Cook et les Amis inaugure le siècle qui va transformer ces sociétés de fond en comble. Son livre, best-seller de l'Angleterre victorienne, raconte avec ferveur ce que Cook avait laissé intact et que la mission entreprend de refaire. Entre les deux récits tient tout ce qui bascule : les dieux abandonnés, l'étoffe remplacée, le tabou aboli. Williams paie de sa vie, à Erromango, l'œuvre qu'il croit apporter.
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Frederick William Beechey, Voyage vers le Pacifique et le détroit de Béring (1825-1828)
En 1826, le Blossom pousse plus loin que Cook n'avait pu aller. Beechey double le cap de Glace, atteint la pointe Barrow, l'extrémité nord-ouest de l'Amérique, et attend là un Franklin venu par l'intérieur qui n'arrivera jamais. Il complète, mille sur mille, la carte que ce tome laissait inachevée au mur de banquise, décrit les Esquimaux de la côte et leurs échanges avec les Tchouktches d'en face. Son récit ferme, un demi-siècle plus tard, la ligne que Cook avait tracée jusqu'à l'endroit exact où les glaces l'avaient rejeté.
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Charles Darwin, The Voyage of the Beagle (1831-1836)
Fin avril 1836, sur le chemin du retour, le Beagle mouille devant l'île Maurice, devenue anglaise. Darwin y trouve Port-Louis restée tout à fait française malgré plus de vingt-cinq ans de domination britannique, avec ses boutiques et son petit théâtre. Il observe les forçats déportés de l'Inde qui travaillent aux routes, monte l'unique éléphant de l'île et va voir à la Rivière-Noire des récifs de corail soulevés au-dessus de la mer. Le Beagle passe ensuite au Cap, à Sainte-Hélène et à l'Ascension : exactement la route de retour de Bernardin, soixante-cinq ans plus tard, parcourue par un naturaliste qui interroge à son tour l'âge des terres.
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Charles Darwin, Journal of Researches (1839)
Embarqué sur le Beagle de 1831 à 1836, Darwin longe à son tour le Brésil, touche les Malouines, double le cap Horn, séjourne au Chili et au Pérou, puis passe cinq semaines aux Galápagos en septembre 1835, avant de rentrer par le Cap. Là où Rogers cherchait de l'eau douce et des tortues pour nourrir ses équipages, le jeune naturaliste note les différences d'une île à l'autre chez les pinsons et les tortues géantes. Son journal, publié en 1839, change le regard porté sur ces archipels que les corsaires de Bristol tenaient pour des cailloux secs et inutiles.
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Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde (1839)
À bord du Beagle, dans les années 1830, un jeune naturaliste double le Cap Horn, séjourne en Terre de Feu parmi les Fuégiens et traverse le Pacifique. Ses pages sur les mers australes dialoguent de près avec le journal de Cook : mêmes tempêtes, mêmes rivages glacés, mêmes habitants que l'Anglais avait rencontrés soixante ans plus tôt. Mais Darwin y cherche déjà autre chose, l'histoire du vivant et des terres. On passe ainsi du regard du marin à celui du savant, sur des côtes que Cook avait été le premier à décrire.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition (1840)
Ce que l'expédition de Cook avait manqué, l'Amérique le fit en 1840. Wilkes conduisit deux cents hommes et des tonnes d'instruments jusqu'au sommet du Mauna Loa, y campa des semaines sous la neige et y mesura la pesanteur au pendule. Le récit de cette montée, avec ses porteurs hawaïens, ses tentes gelées et son cratère fumant, répond directement à la marche avortée du chapitre 8, quand trois officiers renoncèrent devant un champ de pierres brûlées. Soixante ans séparent les deux tentatives, et le même volcan les mesure.
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Jules Dumont d'Urville, Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie (1841-1854)
Au XIXe siècle, la corvette de Dumont d'Urville sillonne à son tour la Nouvelle-Zélande, les îles de la Société et les mers australes. Le savant français dresse le premier vrai tableau ethnographique de la Polynésie et de la Mélanésie, là où Cook n'avait pu que jeter des jalons. Lire son récit, c'est mesurer le chemin parcouru en deux générations, et voir les rivages maoris de la baie de la Pauvreté entrer, cette fois, dans une observation méthodique. La rencontre y perd de sa stupeur et gagne en épaisseur.
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Herman Melville, Les Encantadas ou îles enchantées (1854)
En 1841, le baleinier Acushnet longe l'île Albemarle, aux Galápagos, avec à bord un jeune matelot nommé Herman Melville. Treize ans plus tard, sous le pseudonyme de Salvator R. Tarnmoor, il publie dans le Putnam's Monthly dix esquisses sur ces îles de cendre et de lave, peuplées de tortues, d'ermites et d'anciens repaires de boucaniers. Il y cite les vieux récits de boucaniers, comme celui de Cowley, ces marins qui, avant et après Rogers, venaient y chercher des tortues. Le texte, repris en 1856 dans The Piazza Tales, transforme en paysage moral l'archipel que le journal de Rogers décrit en marin pressé.
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George Kennan, La vie sous la tente en Sibérie (1865-1867)
En 1865, une compagnie américaine entreprend de relier New York à Moscou par un télégraphe passant par l'Alaska, le détroit de Béring et la Sibérie. Kennan, vingt ans, est chargé de reconnaître le tracé du Kamtchatka à l'Anadyr. Il vit deux ans chez les Koriaks nomades et les Tchouktches, décrit leurs troupeaux de rennes, leurs jourtes et leurs chamanes, et se retrouve un jour à mille verstes de tout en apprenant que le câble transatlantique vient d'être posé et que son télégraphe n'a plus d'objet. Le pays des chapitres 11 à 14, un siècle plus tard, presque inchangé.
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Mark Twain, Lettres des îles Sandwich (1866)
En 1866, un jeune journaliste débarque à Honolulu pour un journal de Sacramento et reste quatre mois. Twain visite les plantations, descend dans le cratère du Kilauea, essaie la planche de nage et boit la tasse, puis se fait conduire à Kealakekua, devant le monument de Cook, où il écrit quelques pages froides sur ce que le capitaine méritait ou non. Le comique y couvre mal une mélancolie réelle : le royaume qu'il traverse est celui de ce tome, mais dépeuplé, converti, endetté, et déjà tourné vers la Californie.
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Isabella Bird, Six Months in the Sandwich Islands (1873)
En 1873, une Anglaise de quarante ans, malade et intrépide, parcourt Hawaï à cheval, en amazone puis à califourchon, dort dans les cases, descend au bord du cratère du Kilauea et remonte les vallées de Kauai. Un siècle après Cook, elle trouve un royaume chrétien, une monarchie constitutionnelle, des plantations de canne, et sous tout cela la même terre volcanique et les mêmes noms. Le contraste avec la plage de Waimea de janvier 1778 tient en un seul livre.
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Ernst Haeckel, Indische Reisebriefe (1881-1882)
Deux siècles après Burckhardt, un autre Allemand découvre Ceylan avec émerveillement. Le zoologiste Ernst Haeckel, professeur à Iéna et grand défenseur de Darwin, débarque à Colombo le 21 novembre 1881, après un voyage par Bombay, et reste dans l'île jusqu'en mars 1882. Il installe un laboratoire à Belligemma, l'actuelle Weligama, sur la côte sud non loin de Matara, où Burckhardt avait chaviré, visite Kandy et le jardin de Peradeniya et gravit le plus haut sommet de l'île. Ses lettres, réunies sous le titre Indische Reisebriefe, célèbrent la jungle, la mer et la faune, avec les préjugés raciaux de leur temps.
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Robert Louis Stevenson, Dans les mers du Sud (1888-1890)
Malade et cherchant un climat, l'écrivain écossais navigue de 1888 à 1890 des Marquises aux Gilbert, écoute, questionne, et refuse la carte postale. Il décrit des sociétés qui se souviennent encore du tabou et des morai, et une dépopulation qu'il attribue sans détour au contact européen. Sur les îles de la Société et sur ce que Cook y a laissé sans le vouloir, ses pages valent bien des traités.
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Basil Thomson, Les Distractions d'un premier ministre (1890-1891)
À la fin du dix-neuvième siècle, un jeune fonctionnaire britannique devient, presque par hasard, premier ministre du royaume de Tonga, seul État polynésien à n'avoir jamais été colonisé. Son livre, drôle et fin, décrit une monarchie héritière de l'ancien ordre des Tu'i Tonga de Poulaho, avec ses rites, ses rangs et ses tabous encore vivaces. On y reconnaît, sous le vernis chrétien, l'archipel que Cook avait cru comprendre, et la royauté sacrée qu'il avait devinée derrière les fastes de Feenou.
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Mark Twain, Following the Equator (1895-1896)
Au cours de la tournée de conférences qui doit éponger ses dettes, Twain débarque à Port-Louis en avril 1896 et se repose une douzaine de jours à Curepipe. Il s'amuse du dicton local selon lequel Maurice fut créée d'abord et le paradis copié sur elle, note que les Indiens venus après l'abolition forment désormais la majorité de la population, et constate que Paul et Virginie y reste le seul événement historique d'envergure, alors que l'histoire n'est jamais arrivée. Le roman que Bernardin tira de son séjour avait fini par éclipser l'île réelle : Twain le raille, mais il mesure ainsi la trace laissée par le jeune officier de 1768.
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Raymond Rallier du Baty, Aventures aux Kerguelen (1907-1909)
En 1907, un jeune Breton achète un vieux dundee, l'appelle le J.-B. Charcot et part avec cinq hommes vivre plus d'un an sur la terre que Cook appelait la Désolation. Il chasse l'éléphant de mer, dresse des cartes, hiverne dans les fjords, et décrit la même roche bleue, le même varech, les mêmes manchots par milliers. Aucun livre ne donne mieux à sentir ce que Cook a seulement longé pendant huit jours.