À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
Récits et ouvrages autour de ce sujet, classés par date, pour situer nos titres. Un lien mène à une édition libre en ligne quand elle existe, ou à notre fiche lorsque l'ouvrage fait partie de notre catalogue.
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Ogier Ghiselin de Busbecq, Lettres turques (1581)
L'ambassadeur impérial à Istanbul publie en 1581 ses quatre lettres latines depuis la cour de Soliman le Magnifique. Cent quatre-vingts ans après Schiltberger, le même empire ottoman, plus puissant que jamais, accueille un autre Occidental, cette fois en ambassadeur. Busbecq décrit la Sublime Porte au sommet, dans les années où l'imprimeur de Frankfurt republie pour ses contemporains le récit du Bavarois en libellé d'avertissement. Lire Busbecq juste après Schiltberger, c'est suivre l'Empire ottoman de son enfance à son apogée.
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Jens Munk, Navigatio Septentrionalis (1624)
En 1619, le roi Christian IV de Danemark envoie Jens Munk chercher à son tour le passage par le détroit d'Hudson. Ses deux navires, la Licorne et la Lamproie, entrent dans la baie près de l'île Digges, là où les mutins de Hudson étaient tombés dans l'embuscade, puis hivernent à l'embouchure de la rivière Churchill. Le scorbut emporte presque tout l'équipage : au printemps 1620, sur plus de soixante hommes, Munk et deux compagnons seulement survivent. À eux trois, ils ramènent la Lamproie jusqu'en Norvège et rentrent à Copenhague à Noël. Sa Navigatio Septentrionalis, publiée en 1624, compte parmi les récits d'hivernage les plus terribles de l'Arctique, et fait écho à l'hiver que Hudson avait imposé à ses hommes.
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Thomas James, The Strange and Dangerous Voyage of Captaine Thomas James (1633)
En mai 1631, Thomas James quitte Bristol sur l'Henrietta Maria pour reprendre la quête là où Hudson l'avait laissée. Dans la baie, il croise un autre chercheur de passage, Luke Foxe, parti de Londres la même saison, puis descend vers le sud, dans ce fond de baie où Hudson avait hiverné et qui porte aujourd'hui le nom de James. Il passe l'hiver sur l'île Charlton, coule volontairement son navire pour le soustraire aux glaces, le renfloue au printemps et rentre à Bristol en octobre 1632. Son Strange and Dangerous Voyage, paru en 1633, dit la faim, le froid, la prière, et aboutit au même constat que les journaux de Hudson : par là, aucun passage ne s'ouvre vers l'Asie.
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Abel Tasman, Journal de voyage (1643)
En 1643, le navigateur hollandais aborde le premier les îles qu'il nomme Amsterdam et Middelbourg, soit Tongatapu et Eua, cent trente-quatre ans avant Cook. Son journal, bref et méfiant, note le troc, les pirogues, la douceur trompeuse de l'accueil. Le relire avant ce tome, c'est prendre la mesure de ce que Cook trouve inchangé et de ce qu'il comprend en plus : là où Tasman ne voyait qu'une côte accueillante, Cook démêle une royauté, un tabou, un empire d'îles.
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Adam Olearius, Voyage en Moscovie, Tartarie et Perse (1647)
Le diplomate de Holstein publie en 1647 son récit du voyage de 1633-1639, à travers Moscou, la Volga, la mer Caspienne, Ispahan et le retour par Bakou. Deux cents ans après Schiltberger, la même géographie sibérienne, caucasienne et persane, mais avec d'autres souverains : les Romanov en Russie, les Safavides en Perse, les Ottomans dans la Caucasie. Schiltberger avait vu ces routes dans le désordre des successions tatares ; Olearius les voit consolidées en empires modernes.
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Friedrich Martens, Spitzbergische oder Groenlandische Reise-Beschreibung (1675)
Au printemps 1671, le chirurgien-barbier hambourgeois Friedrich Martens embarque sur un baleinier, le Jonas im Walfisch, pour le Spitzberg. Soixante ans plus tôt, les baleines signalées par Hudson en 1607 avaient attiré dans ces baies les flottes anglaises et hollandaises ; Martens y trouve une industrie installée, avec ses chaloupes, ses harpons et ses fondoirs. Pendant que l'équipage chasse, il observe : les glaces qui se détachent des glaciers, l'ours blanc, le morse, les oiseaux de mer, et l'herbe à cuillère contre le scorbut, celle que les survivants de la mutinerie cueillaient sur les îles de la baie. Sa Reise-Beschreibung, imprimée à Hambourg en 1675, fut traduite en italien, en néerlandais et en anglais.
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Jasper Danckaerts, Journal de Jasper Danckaerts (1679-1680)
En 1679, deux voyageurs néerlandais de la secte des labadistes, Jasper Danckaerts et Peter Sluyter, débarquent à New York pour chercher une terre où fonder leur communauté. Soixante-dix ans après le passage de Hudson, la Nouvelle-Amsterdam est devenue anglaise, mais on y parle encore néerlandais. Danckaerts parcourt Manhattan, Long Island, le New Jersey, remonte le fleuve jusqu'à Albany, et note tout : les fermes, les tavernes, les Indiens qui vivent encore aux abords des villages, les querelles des Églises. Retrouvé à Amsterdam au XIXe siècle et publié en 1867, son journal montre ce qu'est devenu, en deux générations, le pays dont Juet avait décrit les rives, les rencontres et les escarmouches.
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Engelbert Kaempfer, Amœnitates exoticæ (1712)
Le médecin et naturaliste de Westphalie traverse en 1683-1685 la Russie, la Perse safavide et la mer Caspienne. Son Latin scientifique de la fin du XVIIe siècle est le premier portrait européen complet de la Perse moderne. Là où Schiltberger témoignait à la première personne des destructions timourides, Kaempfer décrit l'Iran reconstitué sous Shah Abbas, avec ses jardins, ses mosquées, ses caravansérails.
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Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage du Levant (1717)
Le botaniste français du Roi-Soleil publie en 1717 son récit de la mission de 1700-1702 en Anatolie, en Géorgie, en Arménie et à Constantinople. Les mêmes lieux que Schiltberger, exactement trois cents ans après, vus par un savant des Lumières naissantes. Le Caucase et l'Anatolie ont changé d'ottomans, mais les noms des villes, les peuples, les religions sont à peu près ceux qu'avait vus le Bavarois.
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Lorenz Lange, Journal de la résidence du sieur Lange, agent de Sa Majesté impériale de la Grande Russie à la cour de la Chine, dans les années 1721 et 1722 (1726)
Quand l'ambassade repart en mars 1721, Unverzagt reste à Pékin avec le résident Lorenz Lange, et c'est la suite de ce séjour que raconte le journal de Lange, publié en français à Leyde en 1726, puis traduit en anglais à la suite du récit de John Bell. Seul représentant du tsar à la cour, Lange y consigne ses visites aux ministres, les réponses dilatoires, le commerce bientôt suspendu et l'affaire des Mongols transfuges qui bloque tout. On y retrouve la ville d'Unverzagt, mais vue depuis les dossiers : l'envers patient, souvent amer, des banquets et des feux d'artifice du Nouvel An.
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Pierre Louis Maupertuis, La figure de la Terre (1738)
En 1736, l'Académie des sciences envoie Maupertuis mesurer un degré de méridien sous le cercle polaire, dans la vallée du Tornio que Scheffer n'avait connue que par lettres. Le récit mêle triangulation, nuits blanches d'été, rennes et glace : la Laponie cesse d'être un objet d'érudition pour devenir un laboratoire. À lire pour voir le pays sâme entrer dans la science moderne, deux générations après la Lapponia.
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Pehr Kalm, En resa til Norra America (Voyage en Amérique du Nord) (1753-1761)
Élève de Linné, le Suédois Pehr Kalm part en 1748 pour l'Amérique du Nord, chargé d'en rapporter des plantes utiles. Le 10 juin 1749, il quitte New York sur l'un des voiliers marchands du fleuve et remonte l'Hudson jusqu'à Albany, où il arrive le 13 au matin. Il décrit les Highlands noyés de brume, les esturgeons qui sautent hors de l'eau, la marée qui monte bien au-delà d'Albany, les bateaux de cèdre rouge chargés de bois, de farine et de fourrures, et s'interroge sur ce fleuve qui tranche droit à travers les montagnes. Son récit, paru à Stockholm de 1753 à 1761, refait en naturaliste la remontée de 1609, avec un regard neuf sur le même paysage.
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John Bell, Travels from St. Petersburg in Russia, to Diverse Parts of Asia (1763)
Le meilleur compagnon de lecture d'Unverzagt marchait à ses côtés : le médecin écossais John Bell faisait partie de la même ambassade d'Izmaïlov. Il publia son récit à Glasgow en 1763, plus de quarante ans après le voyage, avec le recul d'un homme qui avait déjà suivi la mission russe en Perse. On y retrouve Tobolsk, le Baïkal, la steppe mongole, l'entrée dans Pékin et les audiences de Kangxi, racontés par un adulte attentif aux plantes, aux peuples et aux arguments des négociateurs. Lire les deux livres ensemble, c'est voir le même cortège par deux regards : celui du jeune homme ébloui et celui du praticien qui observe.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde (1768)
En avril 1768, la Boudeuse mouille devant Tahiti, que Bougainville baptise Nouvelle-Cythère et quitte au bout de neuf jours, laissant derrière lui des ancres et une légende. Son récit, écrit en gentilhomme philosophe, invente à lui seul le mythe polynésien qui va occuper l'Europe pendant un siècle. Le lire avant ce tome, c'est mesurer la distance entre le rêve et l'enquête : là où Bougainville voit une île de la douceur, Cook et Anderson dénombrent les rangs, les guerres, les crânes du morai. L'ancre rachetée à Bora Bora est le fil qui relie les deux livres.
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Georg Forster, Voyage autour du monde (1772-1775)
Fils du naturaliste embarqué sur le deuxième voyage, Forster a dix-sept ans quand il découvre Tahiti et les îles de la Société. Son récit, publié en 1777 dans l'année même où se situe ce tome, est le premier grand texte littéraire sorti des voyages de Cook : une prose sensible, indignée parfois, attentive à ce que l'arrivée des Européens détruit. Il décrit les mêmes plages, les mêmes chefs, la même flotte de guerre, mais avec les yeux d'un adolescent qui refuse d'être seulement témoin.
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John Ledyard, Journal du dernier voyage du capitaine Cook (1776-1780)
Un caporal américain des soldats de marine se trouvait à Kealakekua ce matin-là. Rentré chez lui, Ledyard publia à Hartford, en 1783, un récit du voyage qui devança de plus d'un an l'édition officielle et raconta la mort de Cook sans passer par l'Amirauté. Le ton est libre, parfois emprunté à d'autres, et le jugement sévère sur la conduite des officiers. C'est le premier contrepoint au texte que l'on vient de lire : deux hommes, la même plage, le même quart d'heure, et deux versions dont la comparaison a occupé les historiens depuis.
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Jean-François de La Pérouse, Voyage autour du monde (1785-1788)
Dix ans après Cook, La Pérouse traverse les mêmes eaux, relâche aux îles des Navigateurs voisines, et y perd son second dans un guet-apens qui répond, comme un écho sinistre, à toutes les amitiés fastueuses de ce tome. Son récit, sauvé du naufrage final par des copies expédiées à temps, montre le revers de la médaille polynésienne : la même mer, les mêmes chefs magnifiques, et la violence que Cook a côtoyée sans toujours la voir venir.
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Martin Sauer, An Account of a Geographical and Astronomical Expedition to the Northern Parts of Russia (1785-1794)
Secrétaire de l'expédition de Joseph Billings, chargée par Catherine II de relever les côtes entre l'Asie et l'Amérique, l'Anglais Martin Sauer passe près de dix ans en Sibérie orientale. Il hiverne au Kamtchatka, embarque à Petropavlovsk en 1790 et visite les îles Aléoutiennes, Unalaska et Kodiak. Son récit, paru à Londres en 1802, s'attarde sur les Aléoutes, leurs kayaks, leurs parkas, leurs villages, et dénonce sans détour la brutalité des chasseurs de fourrures russes envers eux. Un demi-siècle après la rencontre des îles Choumaguine racontée par Steller, Sauer décrit le prix payé par ces insulaires pour la loutre de mer que l'expédition de Béring avait fait connaître.
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John Meares, Voyages à la côte nord-ouest de l'Amérique (1788-1789)
Cook n'avait pas quitté Nootka que le prix des peaux de loutre à Canton faisait déjà courir les marchands. En 1788, Meares s'installe dans la baie même, y construit un petit navire, traite avec le chef Maquinna, et son établissement contesté déclenche la crise de Nootka qui manque de jeter l'Angleterre et l'Espagne à la guerre. Son récit, moins scrupuleux que celui de Cook, montre le revers de la découverte : en dix ans, l'anse aux loutres est devenue un comptoir, et le troc de fer du capitaine, le premier acte d'un grand commerce.
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John Meares, Voyages faits en 1788 et 1789 de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique (1788-1789)
Voici le projet du chapitre 19, mis à exécution huit ans plus tard, par un ancien officier de marine devenu marchand. Meares arme à Macao, remonte à Nootka, y bâtit une maison et un navire, achète les peaux de loutre aux mêmes conditions que King avait calculées, redescend les vendre à Canton, et provoque au passage la crise diplomatique qui faillit mettre l'Angleterre et l'Espagne en guerre. Son livre est vantard et souvent malhonnête, ce qui ne l'empêche pas d'être le premier document du commerce maritime des fourrures, celui que ce tome a inventé sans le savoir.
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William Bligh, A Voyage to the South Sea (1788-1789)
Le master de la Resolution, celui qui sonde les baies des Kerguelen dans ce tome, revient à Adventure Bay douze ans plus tard avec la Bounty, y plante des pommiers au même endroit, puis met le cap sur Tahiti où l'attend la mutinerie. Lire son passage sur la terre de Van Diemen à côté de celui de Cook, c'est mesurer ce qu'un élève retient d'un maître : la même méthode, les mêmes gestes, et un tempérament qui fera toute la différence.
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James Morrison, Journal de bord de la Bounty et Mémoire sur Tahiti (1789-1792)
Le maître d'équipage de la Bounty, resté à Tahiti après la mutinerie de 1789, y vit près de deux ans avant d'être capturé, condamné, puis gracié. Son mémoire, écrit en prison, est la description la plus détaillée que l'on ait de la société tahitienne avant sa conversion : les arioi, les morai, le maro royal, les guerres de district, tout ce que Cook n'apercevait qu'en visiteur. Il éclaire de l'intérieur les chapitres d'Anderson, douze ans plus tard, sur les mêmes îles.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean (1791-1795)
Vancouver était aspirant sur la Discovery pendant ce voyage. Quinze ans plus tard, il commande sa propre expédition, relâche à Dusky Bay puis au détroit de la Reine-Charlotte, et retrouve les souches des arbres coupés par les charpentiers de Cook. Le lecteur y voit ce que deviennent, en une génération, un mouillage familier et les gens qui y campaient.
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Giuseppe Acerbi, Voyage au cap Nord (1802)
Au tournant du dix-neuvième siècle, un Italien remonte la Scandinavie jusqu'à la pointe extrême du continent, là où Scheffer plaçait les bornes du monde connu. Acerbi note les chants, les danses, les instruments, la vie quotidienne des Sâmes avec une curiosité d'amateur éclairé. On y retrouve, vivants et changés, les usages que la Lapponia avait figés un siècle et demi plus tôt.
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François Péron, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
L'expédition Baudin passe l'été 1802 en terre de Van Diemen et rencontre longuement les habitants de la côte sud-est, ceux-là mêmes qui sortent des bois à Adventure Bay dans ce tome. Péron, jeune savant curieux et bavard, note leurs noms, leurs chants, leurs manières, et se livre à des mesures de force physique qui en disent plus long sur lui que sur eux. C'est le dernier grand témoignage avant que tout bascule.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde (1803-1806)
Vingt-cinq ans plus tard, la Russie fait enfin ce que King avait imaginé pour elle. Krusenstern relie le Kamtchatka au Japon et à Canton, porte une ambassade à Nagasaki qui attend six mois pour se voir éconduire, lève les Kouriles et Sakhaline, et vend à Canton les fourrures de la compagnie russo-américaine. On y lit, page après page, le programme du chapitre 19 exécuté par d'autres, et la première réponse sérieuse à la question que King laissait ouverte : que se passerait-il si le Kamtchatka commerçait directement avec le Japon ?
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Georg Heinrich von Langsdorff, Bemerkungen auf einer Reise um die Welt in den Jahren 1803 bis 1807 (1803-1807)
Médecin et naturaliste allemand, Georg Heinrich von Langsdorff embarque sur la Nadejda de Krusenstern pour le premier tour du monde russe. En 1804, il séjourne au Kamtchatka ; en 1805, il suit le chambellan Rezanov vers les comptoirs de la Compagnie russe d'Amérique, à Unalaska, à Kodiak, puis à Sitka où sévit la famine, avant de pousser jusqu'en Californie. Rentré à travers la Sibérie, il publie ses Remarques en 1812. Langsdorff est un héritier direct de Steller : même métier de médecin naturaliste, même curiosité pour les plantes, les animaux marins et les peuples des îles, et le même regard critique sur les chasseurs de loutres, soixante ans après le naufrage de l'île de Béring.
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Georg Heinrich von Langsdorff, Bemerkungen auf einer Reise um die Welt (1803-1807)
Médecin et naturaliste allemand, Langsdorff embarque sur la Nadejda de Krusenstern pour le premier tour du monde russe. Il débarque à Petropavlovsk en 1805, dans le port où Lesseps avait dit adieu à l'Astrolabe dix-huit ans plus tôt, puis part vers l'Amérique russe et la Californie. Revenu au Kamtchatka, il rentre en Europe par la terre, en suivant presque l'itinéraire de Lesseps : Okhotsk, Yakoutsk, Irkoutsk, Tobolsk, jusqu'à Moscou au printemps 1808. Ses Remarques, publiées à Francfort en 1812, croisent l'œil du savant et celui du voyageur, et montrent un Kamtchatka encore très proche de celui des Kamtchadales et de leurs chiens.
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John Martin, Récit de William Mariner aux îles Tonga (1806-1810)
En 1806, un mousse anglais nommé William Mariner survit au massacre de son navire et vit quatre ans parmi les Tongiens, adopté par un chef, apprenant la langue et les guerres de l'archipel. Dicté au docteur Martin, son témoignage est le plus intime que l'on ait de cette société de l'intérieur. Il éclaire, mieux qu'aucun autre, ce que Cook n'a pu qu'entrevoir de l'extérieur : le sens du tabou, la place du roi sacré, la logique des fêtes que ce tome décrit avec émerveillement.
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Archibald Campbell, Voyage autour du monde (1809-1810)
Trente ans après le drame, un matelot écossais naufragé et amputé des deux pieds échoue à Hawaï et y passe treize mois, de 1809 à 1810, sous la protection du roi Kamehameha, le Maiha-Maiha de ce tome. Il vit à Honolulu, tisse de la voile pour le souverain, observe une cour où le fer, les navires et les mousquets ont tout changé, et où l'ancien ordre des chefs tient encore. Aucun autre livre ne montre aussi bien ce que devint, en une génération d'homme, le monde décrit dans les derniers chapitres de ce volume.
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Peter Dobell, Travels in Kamtchatka and Siberia (1812)
Né en Irlande, passé au service de la Russie, Peter Dobell a longtemps vécu en Chine et séjourné au Kamtchatka. En 1812, il entreprend la traversée de la Sibérie jusqu'à Tomsk, par les mêmes postes, les mêmes rivières et les mêmes relais de chevaux que Lesseps. Publié en deux volumes en 1830, son récit mêle observations pratiques sur le commerce, les fourrures et les transports à un long tableau de la Chine, qu'il connaît de l'intérieur. On y retrouve, une génération plus tard, l'administration russe, les Yakoutes et la longue route d'Irkoutsk, avec le regard d'un marchand plutôt que d'un diplomate.
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Adelbert von Chamisso, Reise um die Welt mit der Romanzoffischen Entdeckungs-Expedition (1815-1818)
Poète déjà connu pour Peter Schlemihl, l'homme qui a vendu son ombre, Adelbert von Chamisso embarque comme naturaliste sur le Rurik d'Otto von Kotzebue, armé par le comte Roumiantsev pour chercher un passage au nord de l'Amérique. En 1816 et 1817, le brick fait escale à Petropavlovsk, croise dans le détroit de Béring et relâche à Unalaska, dont Chamisso observe les Aléoutes avec une sympathie rare chez les voyageurs de son temps. Son récit, publié en 1836, mêle journal de route et remarques savantes. Chamisso navigue dans le sillage de Béring, et son regard de naturaliste, attentif aux plantes comme aux hommes, prolonge celui de Steller sur les mêmes rivages.
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Otto von Kotzebue, Voyage dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1815, un officier russe repart chercher, dans le détroit même où Cook s'était arrêté, le passage que celui-ci n'avait pu forcer. Sur le brick Rurik, avec le poète et naturaliste Chamisso à bord, Kotzebue découvre au nord du détroit une vaste baie qui porte aujourd'hui son nom, et met au jour des falaises de glace fossile mêlée de terre. Il rôde le long de la banquise, interroge les Tchouktches, et se heurte au même refus que son devancier. Quarante ans après, l'Arctique n'a rien cédé.
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Otto von Kotzebue, Voyage de découverte dans la mer du Sud et le détroit de Béring (1815-1818)
En 1816, un capitaine russe repart chercher le passage par où Cook et Clerke avaient échoué. Il découvre le grand golfe qui porte son nom sur la côte américaine, y trouve des falaises de glace fossile pleines d'ossements de mammouths, mesure les courants du détroit et se heurte à la même banquise, au même endroit, à la même saison. Le savant embarqué, Chamisso, celui-là même qui avait écrit Peter Schlemihl, tient de son côté le journal le plus vivant de l'expédition. Deux générations, une seule barrière.
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Jacques Arago, Promenade autour du monde (1819)
Dessinateur de l'expédition Freycinet, Arago débarque à Hawaï en août 1819, quelques semaines après la mort de Kamehameha et quelques mois avant que son fils ne renverse publiquement la loi du tabou. Il assiste donc au dernier été de l'ordre dont King avait, quarante ans plus tôt, patiemment démonté les règles. Sa plume est vive, bavarde, souvent injuste, et prodigieusement vivante ; on y voit des chefs en habits d'Europe, des morais abandonnés et des interdits que plus personne ne fait respecter. La fin d'un monde vue par un homme qui ne sait pas qu'il la regarde.
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John Dundas Cochrane, Narrative of a Pedestrian Journey through Russia and Siberian Tartary (1820-1823)
Capitaine de la Royal Navy en demi-solde, Cochrane décide en 1820 de faire le tour du monde à pied. Il traverse la Russie et la Sibérie, pousse jusqu'à la Kolyma et à la mer glaciale, puis gagne Okhotsk et le Kamtchatka, où il renonce à passer en Amérique. Il y épouse une jeune femme née à Bolcheretsk et la ramène en Angleterre. Son récit, publié en 1824 et souvent réédité, parcourt à rebours une grande partie de la route de Lesseps, avec un humour et une endurance qui en font l'un des récits les plus singuliers sur la Sibérie orientale. Les ostrogs, les traîneaux et les tempêtes n'ont guère changé.
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Ferdinand von Wrangel, Le Nord de la Sibérie (1820-1824)
Le chapitre 7 de ce tome soutient que la côte entre le cap Chelatskoï et le cap Nord doit s'infléchir vers l'ouest, et qu'il ne reste presque rien d'inconnu. Wrangel est allé vérifier. De 1820 à 1824, il part de la Kolyma, la rivière même de Deshneff, et pousse quatre fois sur la glace de mer en traîneau à chiens, à la recherche de la terre que les Tchouktches disaient voir au nord. Il ne la trouve pas, manque plusieurs fois de se perdre sur une banquise en dérive, mais relève enfin la côte que King avait devinée. L'île qu'il n'a pas atteinte porte aujourd'hui son nom.
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William Ellis, Polynesian Researches (1822-1825)
Missionnaire à Huahine puis à Hawaï dans les années 1820, Ellis a vu les deux archipels de ce tome à la charnière de leur bouleversement. Il parle les langues, recueille les généalogies et les mythes, décrit les temples avant leur démolition et les rites au moment où on les abandonne. Son témoignage confirme, corrige et complète presque tout ce que Cook avait noté à la hâte, et permet de comprendre après coup ce que signifiait le sacrifice d'Attahooroo.
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John Williams, Récit d'entreprises missionnaires dans les mers du Sud (1823)
Le missionnaire qui aborde Rarotonga en 1823 et parcourt les îles Cook et les Amis inaugure le siècle qui va transformer ces sociétés de fond en comble. Son livre, best-seller de l'Angleterre victorienne, raconte avec ferveur ce que Cook avait laissé intact et que la mission entreprend de refaire. Entre les deux récits tient tout ce qui bascule : les dieux abandonnés, l'étoffe remplacée, le tabou aboli. Williams paie de sa vie, à Erromango, l'œuvre qu'il croit apporter.
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Frederick William Beechey, Voyage vers le Pacifique et le détroit de Béring (1825-1828)
En 1826, le Blossom pousse plus loin que Cook n'avait pu aller. Beechey double le cap de Glace, atteint la pointe Barrow, l'extrémité nord-ouest de l'Amérique, et attend là un Franklin venu par l'intérieur qui n'arrivera jamais. Il complète, mille sur mille, la carte que ce tome laissait inachevée au mur de banquise, décrit les Esquimaux de la côte et leurs échanges avec les Tchouktches d'en face. Son récit ferme, un demi-siècle plus tard, la ligne que Cook avait tracée jusqu'à l'endroit exact où les glaces l'avaient rejeté.
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Egor Timkovski, Voyage à Péking, à travers la Mongolie, en 1820 et 1821 (1827)
Un siècle exactement après Unverzagt, Egor Timkovski, fonctionnaire du département asiatique russe, escorte vers Pékin la nouvelle mission ecclésiastique orthodoxe, comme l'ambassade d'Izmaïlov y conduisait déjà un archimandrite. Parti de Kiakhta en 1820, il suit la route des caravanes par Ourga, le Gobi et Kalgan, puis passe l'hiver dans la capitale des Qing. Son récit, traduit en français en 1827, multiplie les observations sur les Mongols, les lamas, les relais de la steppe et la ville de Pékin. On y mesure ce qui a changé en cent ans, une frontière fixée et un commerce réglé à Kiakhta, et ce qui demeure : le même cérémonial et la même méfiance.
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Jules Dumont d'Urville, Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie (1827-1840)
Le navigateur français traverse deux fois la Nouvelle-Zélande, en 1827 puis en 1840, et mouille dans le détroit de la Reine-Charlotte à la veille du traité de Waitangi. Il connaît son Cook par cœur et le cite à chaque anse. Entre les deux récits tiennent soixante ans : les mousquets, les missions, les guerres qui vident les baies, et des chefs qui savent désormais très bien ce qu'un navire annonce.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition (1840)
Ce que l'expédition de Cook avait manqué, l'Amérique le fit en 1840. Wilkes conduisit deux cents hommes et des tonnes d'instruments jusqu'au sommet du Mauna Loa, y campa des semaines sous la neige et y mesura la pesanteur au pendule. Le récit de cette montée, avec ses porteurs hawaïens, ses tentes gelées et son cratère fumant, répond directement à la marche avortée du chapitre 8, quand trois officiers renoncèrent devant un champ de pierres brûlées. Soixante ans séparent les deux tentatives, et le même volcan les mesure.
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Xavier Marmier, Lettres sur le Nord (1840)
Voyageur romantique et savant, Marmier parcourt vers 1840 la Scandinavie et rapporte de la Laponie des pages où l'émotion le dispute à l'observation. Il visite les paroisses, écoute les pasteurs, recueille les traditions et s'interroge sur l'avenir d'un peuple que la modernité commence à serrer de près. Le livre prolonge, en langue française, le geste de Scheffer : faire connaître le Nord à ceux du Sud.
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Évariste Huc, Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine (1850)
En 1844, les lazaristes Évariste Huc et Joseph Gabet quittent leur mission de Xiwanzi, au nord de la Grande Muraille, non loin de Kalgan où Unverzagt entrait en Chine. Vêtus en lamas, ils traversent avec leurs chameaux les steppes mongoles, partagent les yourtes, le thé et les fêtes des nomades, puis poussent jusqu'à Lhassa, d'où ils sont expulsés. Leur récit, plein d'humour et de détails vécus, fut l'un des grands succès de librairie du siècle. Il rend vivant ce qu'Unverzagt note au passage : les campements, les lamas, les caravanes et l'immensité de la steppe entre la Chine et le monde russe.
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George Kennan, Tent Life in Siberia (1865-1867)
À vingt ans, l'Américain George Kennan rejoint l'équipe chargée de repérer le tracé d'un télégraphe qui devait relier l'Amérique à l'Europe par le détroit de Béring et la Sibérie. Il débarque au Kamtchatka, remonte la péninsule, puis passe deux hivers dans le pays des Koriaks, autour de Gijiga, l'Ingiga de Lesseps. Tentes en peaux de renne, traîneaux à chiens, tempêtes, nomades méfiants ou hospitaliers : près de quatre-vingts ans après, il traverse les mêmes déserts blancs. Publié en 1870, son livre, alerte et souvent drôle, est le meilleur compagnon des chapitres koriaks de Lesseps, jusqu'à l'abandon du projet quand le câble transatlantique rend l'entreprise inutile.
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George Kennan, La vie sous la tente en Sibérie (1865-1867)
En 1865, une compagnie américaine entreprend de relier New York à Moscou par un télégraphe passant par l'Alaska, le détroit de Béring et la Sibérie. Kennan, vingt ans, est chargé de reconnaître le tracé du Kamtchatka à l'Anadyr. Il vit deux ans chez les Koriaks nomades et les Tchouktches, décrit leurs troupeaux de rennes, leurs jourtes et leurs chamanes, et se retrouve un jour à mille verstes de tout en apprenant que le câble transatlantique vient d'être posé et que son télégraphe n'a plus d'objet. Le pays des chapitres 11 à 14, un siècle plus tard, presque inchangé.
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Mark Twain, Lettres des îles Sandwich (1866)
En 1866, un jeune journaliste débarque à Honolulu pour un journal de Sacramento et reste quatre mois. Twain visite les plantations, descend dans le cratère du Kilauea, essaie la planche de nage et boit la tasse, puis se fait conduire à Kealakekua, devant le monument de Cook, où il écrit quelques pages froides sur ce que le capitaine méritait ou non. Le comique y couvre mal une mélancolie réelle : le royaume qu'il traverse est celui de ce tome, mais dépeuplé, converti, endetté, et déjà tourné vers la Californie.
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Vasilij Vereščagin, Tableaux et croquis de l'Asie centrale (1870)
Le grand peintre russe, qui suit l'expédition militaire de Konstantin von Kaufman au Turkestan dans les années 1860-1870, peint Samarcande, Khiva et Boukhara avant qu'elles ne soient incorporées à la Russie. Ses descriptions accompagnant les tableaux décrivent une Asie centrale encore reconnaissable de celle de Schiltberger : émirs locaux, fanatismes religieux, esclaves circassiens, processions de cavaliers. Les dernières années où la steppe avait l'air de la steppe.
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Isabella Bird, Six Months in the Sandwich Islands (1873)
En 1873, une Anglaise de quarante ans, malade et intrépide, parcourt Hawaï à cheval, en amazone puis à califourchon, dort dans les cases, descend au bord du cratère du Kilauea et remonte les vallées de Kauai. Un siècle après Cook, elle trouve un royaume chrétien, une monarchie constitutionnelle, des plantations de canne, et sous tout cela la même terre volcanique et les mêmes noms. Le contraste avec la plage de Waimea de janvier 1778 tient en un seul livre.
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Nikolaï Prjevalski, Mongolia i strana tangutov (1875-1876)
En 1870, l'officier russe Nikolaï Prjevalski part de Kiakhta, non loin de la Selenginsk où Unverzagt attendait l'autorisation chinoise, et traverse le Gobi par Ourga et Kalgan jusqu'à Pékin. C'est le début d'une expédition de trois ans qui le mène ensuite dans l'Ordos, l'Alachan, au Koukou-Nor et aux confins du Tibet. Naturaliste autant que militaire, il décrit la steppe, les puits, les tempêtes de sable, les oiseaux et les plantes avec une précision nouvelle. Son livre, traduit en anglais dès 1876, fait passer la route des ambassades du récit de cour à l'exploration : la même steppe, regardée cette fois pour ses reliefs et sa faune plutôt que pour son cérémonial.
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Robert Louis Stevenson, Dans les mers du Sud (1888-1890)
Malade et cherchant un climat, l'écrivain écossais navigue de 1888 à 1890 des Marquises aux Gilbert, écoute, questionne, et refuse la carte postale. Il décrit des sociétés qui se souviennent encore du tabou et des morai, et une dépopulation qu'il attribue sans détour au contact européen. Sur les îles de la Société et sur ce que Cook y a laissé sans le vouloir, ses pages valent bien des traités.
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Lord Curzon, Russia in Central Asia (1889)
Le futur vice-roi des Indes publie en 1889 son récit du voyage à travers le Turkestan russe nouvellement conquis. Schiltberger avait vu Saraï sur la Volga florissante ; Curzon traverse ses ruines de sable. Mille routes que le Bavarois avait parcourues comme captif, l'Anglais les refait en train transcaspien. La modernité industrielle a remplacé la steppe nomade.
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Anton Tchekhov, L'Île de Sakhaline (1890)
Au printemps 1890, Tchekhov, déjà célèbre, part seul pour l'île-bagne de Sakhaline. Avant d'y arriver, il traverse la Sibérie en tarantass sur la grande route que Lesseps avait prise en sens inverse : Tomsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, avec la boue, les bacs, les relais et les convois de déportés. Sur l'île, il recense lui-même des milliers de forçats et de colons, fiche après fiche. Le livre, paru en 1893 et 1895, est une enquête implacable sur l'exil sibérien que Lesseps n'avait fait qu'entrevoir : ces exilés qui halent son bateau sur la Lena et s'enfuient, ces galériens croisés en chemin vers Nertchinsk, deviennent ici le sujet même du voyage.
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Basil Thomson, Les Distractions d'un premier ministre (1890-1891)
À la fin du dix-neuvième siècle, un jeune fonctionnaire britannique devient, presque par hasard, premier ministre du royaume de Tonga, seul État polynésien à n'avoir jamais été colonisé. Son livre, drôle et fin, décrit une monarchie héritière de l'ancien ordre des Tu'i Tonga de Poulaho, avec ses rites, ses rangs et ses tabous encore vivaces. On y reconnaît, sous le vernis chrétien, l'archipel que Cook avait cru comprendre, et la royauté sacrée qu'il avait devinée derrière les fastes de Feenou.
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Paul-Émile Victor, Boréal
Bien plus tard, un Français part vivre chez les peuples de l'Arctique et en revient avec un récit d'immersion. Si la région diffère, le regard dialogue avec celui de Scheffer : même monde de neige, de rennes et de tentes, mais raconté désormais de l'intérieur, par quelqu'un qui a partagé le froid au lieu de le compiler. À lire pour mesurer la distance parcourue entre la description savante et l'expérience vécue.
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Raymond Rallier du Baty, Aventures aux Kerguelen (1907-1909)
En 1907, un jeune Breton achète un vieux dundee, l'appelle le J.-B. Charcot et part avec cinq hommes vivre plus d'un an sur la terre que Cook appelait la Désolation. Il chasse l'éléphant de mer, dresse des cartes, hiverne dans les fjords, et décrit la même roche bleue, le même varech, les mêmes manchots par milliers. Aucun livre ne donne mieux à sentir ce que Cook a seulement longé pendant huit jours.
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Luigi Barzini, La metà del mondo vista da un'automobile. Da Pechino a Parigi in 60 giorni (1908)
Le 10 juin 1907, le prince Scipione Borghese lance son Itala dans le raid Pékin-Paris, et le journaliste Luigi Barzini tient la chronique de l'équipage. La voiture sort de Chine par Kalgan, franchit le Gobi, passe à Ourga et à Kiakhta, longe le Baïkal, traverse Irkoutsk, Tomsk et l'Oural, puis gagne Moscou et Saint-Pétersbourg : l'itinéraire d'Unverzagt, ou presque, en sens inverse et en deux mois. Barzini raconte les pistes défoncées, les ponts qui cèdent, les villages sibériens et les foules accourues. Deux siècles plus tard, la même route reste une épreuve, mais on la parcourt désormais pour la vitesse plutôt que pour un traité.
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