Nos titres sur ce sujet
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
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Décadas de Orbe Novo, Pierre Martyr d'Anghiera, 1530 (1530)
Le clerc italien employé à la cour de Castille recueille pendant trente ans les premiers témoignages des navigateurs : Colomb, Cortés, les conquêtes de Cuba, du Mexique, du Darién. Son latin élégant fait passer le Nouveau Monde dans la culture humaniste européenne. Lizárraga écrit à la génération suivante : la stupéfaction des débuts a cédé la place à l'inventaire méthodique, mais l'écho des décennies pionnières traverse encore son récit, dans les pages sur l'origine des Indiens et sur les fondations primitives.
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Jacques Cartier, Bref récit et succincte narration de la navigation faite en 1535 et 1536 (1535-1536)
Pendant que les quatre survivants marchent de peuple en peuple vers le Sinaloa, à l'autre bout du continent Jacques Cartier remonte le Saint-Laurent jusqu'à Hochelaga, puis hiverne à Stadaconé. Le scorbut tue vingt-cinq de ses hommes ; les Iroquoiens leur enseignent le remède de l'annedda, une décoction d'écorce de conifère. Les mêmes années, 1535 et 1536, deux Européens découvrent l'Amérique du Nord par ses habitants : l'un soigné par eux, l'autre devenu leur guérisseur. Le Bref récit, publié en 1545, figure aussi dans la collection.
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Hidalgo d'Elvas, Relation véridique des travaux du gouverneur Hernando de Soto (1539-1543)
L'année même du retour de Cabeza de Vaca, Hernando de Soto obtient la Floride ; il y débarque en 1539, à son tour dans la région de la baie de Tampa. Ses hommes passent l'hiver à Apalache, recueillent Juan Ortiz, un Espagnol venu chercher Narváez et resté plus de dix ans chez les Indiens, puis errent quatre ans dans le Sud-Est. Soto mort, les survivants construisent des brigantins, descendent le Mississippi et longent la côte jusqu'à Pánuco, ce port que les barques de 1528 n'avaient jamais atteint. Un chevalier portugais anonyme en publie le récit à Évora en 1557.
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Pedro de Castañeda de Nájera, Relation de l'expédition de Cíbola (1540-1542)
Les récits des quatre survivants ont fait rêver Mexico de villes riches au Nord. En 1539, Estevanico guide le franciscain Marcos de Niza vers les sept cités de Cíbola et y est tué ; l'année suivante, Coronado part avec une armée. Simple soldat, Castañeda raconte vingt ans plus tard les villages de pierre des Zuñis, le Grand Canyon, les plaines couvertes de bisons, les vaches à bosse que Cabeza de Vaca avait décrites, et la Quivira introuvable. Le mirage d'Apalache se répète plus à l'ouest, avec la même déception.
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Crónica del Perú, Pedro de Cieza de León, 1553 (1553)
Le soldat-chroniqueur a parcouru les mêmes routes que Lizárraga, une génération plus tôt. Il a vu Cajamarca après Atahualpa, Cuzco après Pizarro, Potosí à ses débuts. Sa prose, simple et précise, est la grande source des descriptions du Pérou des conquêtes. Lizárraga le connaît, le cite parfois sans le dire. Lire Cieza après Lizárraga, c'est remonter d'une génération, retrouver les villes sous leurs premiers crépis, les Indiens encore proches du choc.
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Hans Staden, Véritable histoire et description d'un pays habité par des hommes sauvages, nus, féroces et anthropophages (1557)
Marbourg, 1557. Récit d'un arquebusier allemand capturé par les Tupinambas du Brésil entre 1552 et 1555. Écrit pratiquement contemporain du troisième voyage de Cartier, c'est l'autre grand témoignage européen de la rencontre américaine au XVIe siècle.
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Vrai récit d'une captivité chez les sauvages du Brésil, Hans Staden, 1557 (1557)
L'arquebusier allemand a survécu neuf mois chez les Tupinambas, prisonnier promis à être dévoré. Son récit, traduit en plusieurs langues, fait sensation dans toute l'Europe. La description des mœurs cannibales, des rituels et des chefs tupinambas est de première main, brute, sans filtre érudit. À lire en miroir des pages que Lizárraga consacre aux Chiriguanas : même reportage sur le cannibalisme, mais l'un parle d'expérience corporelle, l'autre rapporte ce que les survivants des expéditions du Charcas lui ont raconté au couvent.
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André Thevet, Les Singularités de la France antarctique et Cosmographie universelle (1557-1575)
Paris, 1557 et 1575. Le cosmographe royal, qui a connu Cartier à Saint-Malo à la fin de sa vie, recueille de lui plusieurs anecdotes et donne sur le Brésil et le Canada une vision encyclopédique typique de son siècle.
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Francis Fletcher, The World Encompassed by Sir Francis Drake (1577-1580)
Publié en 1628 à partir des notes de l'aumônier de bord Francis Fletcher, ce récit raconte le tour du monde de 1577-1580, celui qui a fait de Drake une légende avant le voyage des Indes occidentales. On y suit la Patagonie, le détroit de Magellan, l'exécution de Thomas Doughty, la remontée des côtes du Pérou et la prise du galion Cacafuego. Lire les deux textes à la suite, c'est voir un capitaine passer de la course lointaine à l'opération militaire de grande envergure, avec deux mille trois cents hommes et des actionnaires derrière lui.
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Jean de Léry, Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil (1578)
Un cordonnier genevois devenu pasteur débarque en 1557 dans la baie de Rio, au sein d'une colonie française qui se déchire avant de disparaître. Léry passe près d'un an chez les Tupinamba, apprend leur langue, mange avec eux, écoute leurs chants, et rentre écrire le plus beau livre du siècle sur une rencontre entre deux mondes. Là où Bigges compte les canons et les ducats, Léry regarde des visages. Les deux récits se lisent aux deux bouts de la même Amérique atlantique, à trente ans de distance : l'un veut comprendre, l'autre veut prendre.
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Thomas Harriot, A Briefe and True Report of the New Found Land of Virginia (1588)
Harriot était à Roanoke avec Ralph Lane pendant l'année même où Drake naviguait vers les Antilles. Mathématicien, il a mesuré, inventorié, appris quelques mots d'algonquin, et il publie en 1588 un rapport destiné à convaincre les investisseurs anglais que la Virginie vaut qu'on y retourne. On y trouve le maïs, le tabac, les maisons d'écorce, et le silence prudent sur ce qui a mal tourné. C'est l'envers exact de la dernière page de Bigges : ce que les cent trois colons rembarqués en juin 1586 avaient vu et cru.
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Richard Hakluyt, The Principal Navigations, Voyages and Discoveries of the English Nation (1589)
Paru en 1589, la même année que le récit de Bigges, ce monument rassemble tout ce que l'Angleterre pouvait revendiquer sur les mers : Cabot, Frobisher, Gilbert, Hawkins, Drake, les marchands de Moscovie et ceux du Levant. Hakluyt écrit pour prouver qu'une nation restée à l'écart des grands partages a désormais sa place. Le volume permet de replacer l'expédition des Indes occidentales dans la série dont elle fait partie, et de mesurer à quel point ce genre de raid tenait alors lieu de politique étrangère.
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Garcilaso de la Vega, dit l'Inca, Comentarios reales de los Incas (1609)
Lisbonne, 1609. Le métis de Cuzco, fils d'un conquistador et d'une princesse inca, écrit à Cordoue le grand récit intérieur de l'empire détruit. À lire en contrepoint des relations européennes.
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Comentarios reales de los Incas, Inca Garcilaso de la Vega, 1609 (1609)
Le métis cuzquégnois rédige à Cordoue, en Espagne, l'histoire de l'empire inca vu de l'intérieur. Sa mère était une princesse incaïque, son père un capitaine espagnol. Le livre, publié quatre ans après l'achèvement du manuscrit de Lizárraga, fait revivre Cuzco, ses rituels, ses langues, ses souverains, avec une nostalgie que le dominicain n'éprouve pas. Les deux textes, presque contemporains, sont les deux versants d'un même paysage : l'un par un métis qui se réclame des Incas, l'autre par un religieux qui les juge.
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Bernal Díaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne (v. 1568)
Rédigée vers 1568. Le vieux soldat de Cortés raconte, soixante ans après les faits, la marche sur Mexico-Tenochtitlan, l'entrevue avec Montezuma, le siège et la chute de la capitale aztèque. Mémoire d'un témoin direct, écrite dans une langue rude, qui résonne avec le carnet du Malouin par sa précision visuelle.
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Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France (1609)
Avocat parisien embarqué pour Port-Royal en 1606, Lescarbot passe un an en Acadie et publie en 1609 le premier grand livre français sur le pays. Il y décrit les Souriquois, c'est-à-dire les ancêtres directs de ceux que Maillard appelle Micmacs, cent trente ans plus tôt, avant les missions permanentes et avant l'eau-de-vie. C'est le point de départ obligé : la même côte, le même peuple, un monde encore intact.
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Pierre Biard, Relation de la Nouvelle France (1616)
Publiée en 1616, la relation du premier jésuite d'Acadie ouvre la longue série des Relations qui feront connaître les missions d'Amérique à l'Europe. Biard raconte les débuts difficiles, les malentendus de langue, les maladies. Chez lui, tout ce que Maillard vivra est encore à inventer : la manière de parler aux anciens, la place du missionnaire dans l'assemblée, l'art de se faire écouter sans être obéi.
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Gabriel Sagard, Le Grand Voyage du pays des Hurons (1632)
Paris, 1632. Le récollet pose la première ethnographie de longue durée de la nation huronne-wendat, parente des Iroquoiens de Cartier, dans leur pays de la baie Georgienne.
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Samuel de Champlain, Les Voyages de la Nouvelle France occidentale, dicte Canada (1632)
Paris, 1632. Soixante-dix ans après Cartier, Champlain remonte le même fleuve, fonde Québec en 1608 puis explore l'arrière-pays jusqu'aux Grands Lacs. C'est avec lui que la présence française s'enracine durablement.
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Nicolas Denys, Description géographique et historique des costes de l'Amérique septentrionale (1672)
Marchand, pêcheur et concessionnaire du Cap-Breton, Denys publie en 1672 le livre d'un homme qui a passé quarante ans sur ces côtes. On y trouve les havres, les pêches, les bois, les mœurs et déjà l'alcool de traite. C'est la géographie concrète du décor de Maillard, décrite par quelqu'un qui y gagnait sa vie plutôt que d'y sauver des âmes.
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Alexandre-Olivier Exquemelin, Histoire des aventuriers flibustiers (1678)
Engagé comme chirurgien chez les flibustiers de la Tortue et de la Jamaïque, Exquemelin publie en 1678 le livre qui a fixé pour trois siècles l'image de la piraterie caraïbe. On y trouve les mêmes rades, les mêmes villes espagnoles rançonnées, le même calcul des parts, mais un siècle plus tard et sans le vernis du service de la reine. Ce que Drake faisait avec un mandat implicite, Morgan le fait sous une commission jamaïcaine qui masque à peine le pillage privé. Le passage du raid d'État à la flibuste privée se lit d'un livre à l'autre.
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Louis Hennepin, Description de la Louisiane (1683)
À l'heure même où nos labadistes remontent l'Hudson, un récollet flamand descend le Mississippi et découvre les chutes de Saint-Antoine. Hennepin partage avec Danckaerts l'origine des Pays-Bas, la ferveur religieuse et le goût de la cataracte : tous deux s'arrêtent, émerveillés, devant une chute d'eau sauvage. Mais là où le Hollandais reste sobre, le récollet enfle son récit. Lus côte à côte, ils dessinent les deux Amériques rivales de la fin du XVIIe siècle, la française et l'anglaise, qui se partagent déjà le continent.
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Henri Joutel, Journal historique du dernier voyage que feu M. de La Sale fit dans le golfe de Mexique (1684-1687)
En 1685, Cavelier de La Salle cherche l'embouchure du Mississippi, la manque comme l'avaient manquée les barques de Narváez, et débarque sur la côte du Texas, près de la baie de Matagorda. Le fort Saint-Louis s'y épuise en maladies, naufrages et désertions, jusqu'à l'assassinat de La Salle par ses propres hommes en 1687. Joutel, l'un des rares rescapés, remonte à pied vers l'Arkansas et l'Illinois, puis rentre en France. Son journal, publié en 1713, décrit ces côtes basses, leurs lagunes et leurs peuples, un siècle et demi après le passage de Cabeza de Vaca.
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Chrestien Le Clercq, Nouvelle Relation de la Gaspésie (1691)
Le livre indispensable pour comprendre le chapitre des hiéroglyphes. Le récollet y raconte comment, vers 1677, il vit des enfants marquer au charbon des signes sur l'écorce de bouleau pour compter les mots de leurs prières, et comment il en tira une écriture qui leur fit apprendre en un jour ce que des semaines de récitation ne leur donnaient pas. Les éditeurs de 1863 citent longuement ce passage en note du texte de Maillard, et posent la question qui reste ouverte : lequel des deux a inventé, lequel a perfectionné ?
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Jean-Baptiste Labat, Nouveau voyage aux isles de l'Amérique (1694-1706)
Le père Labat, dominicain, vit aux Antilles françaises de 1694 à 1706 et raconte tout : le sucre, le rhum qu'il perfectionne, les esclaves, les gouverneurs, les combats contre les Anglais, les recettes et les procès. Sa prose est gaie, curieuse et parfaitement dénuée de scrupules. On y voit ce que sont devenues, cent ans après Drake, les îles qu'il n'a fait que longer : un système de plantation qui a remplacé les mines abandonnées d'Hispaniola et bouleversé la population de toute la région.
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William Dampier, A New Voyage Round the World (1697)
Dampier écume les Antilles et le Pacifique dans les années 1680 avant de publier en 1697 un récit qui fera de lui l'auteur préféré des naturalistes et des romanciers. Il décrit les vents, les courants, les plantes et les hommes avec une curiosité de savant, tout en participant à des expéditions qui ne valent guère mieux que celles de ses prédécesseurs. C'est le même terrain que celui de Bigges, Panama, Carthagène, l'isthme, vu par quelqu'un qui prend le temps de regarder ce qu'il traverse.
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Pierre-Esprit Radisson, Voyages (v. 1669)
Rédigées vers 1669, publiées seulement au XIXe siècle. Le coureur de bois trace les chemins du commerce des fourrures jusqu'à la baie d'Hudson. Texte hybride, écrit en anglais par un Français.
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Sarah Kemble Knight, Journal d'un voyage de Boston à New York (1704-1705)
Vingt-cinq ans après Danckaerts, une institutrice de Boston refait à cheval, seule, une partie de son itinéraire. Son journal piquant et drôle décrit les mêmes routes, les mêmes auberges, les mêmes bacs sur les rivières, mais avec une verve toute différente. Lire les deux, c'est mesurer ce qui a changé en une génération sur la côte coloniale, et ce qui demeure : la boue, le froid, l'hospitalité inégale des fermes isolées.
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Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale (1744)
Publié en 1744, le grand récit du jésuite qui traversa la Nouvelle-France du Saint-Laurent au golfe du Mexique. Il fixa pour un siècle l'image française de l'Amérique du Nord. Curieusement, c'est aussi une pièce du dossier de ce livre : l'éditeur londonien de 1758 joignit à sa traduction abrégée de Maillard un extrait d'une lettre de Charlevoix, pour compléter ce que son volume ne donnait pas.
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Charles-Marie de La Condamine, Relation abrégée d'un voyage fait dans l'intérieur de l'Amérique méridionale (1745)
En 1743, l'académicien descend l'Amazone du Pérou à l'Atlantique et rend compte de son voyage à l'Académie des sciences. Même continent, même décennie, tout autre regard : La Condamine mesure, calcule, échantillonne, quand Maillard écoute et rapporte des paroles. Les deux textes disent, chacun à sa manière, ce que l'Europe des Lumières venait chercher en Amérique, et ce qu'elle n'y voyait pas.
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Pehr Kalm, Voyage en Amérique du Nord (1748-1751)
Envoyé par l'Académie royale des sciences de Suède pour rapporter des plantes utiles, le naturaliste Pehr Kalm, élève de Linné, débarque à Philadelphie en 1748. Il se lie avec Benjamin Franklin et le botaniste John Bartram, sert de pasteur aux Suédois de Raccoon, dans le New Jersey, puis pousse jusqu'au Niagara et à Québec. En septembre 1748, il traverse Germantown : une seule rue, longue de près de deux milles anglais, des maisons de pierre, des artisans allemands qui fabriquent presque tout. Soixante-cinq ans après les premières huttes, le village de Pastorius est devenu une petite ville prospère, et les Suédois dont parlait Pastorius sur la Delaware sont toujours là.
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Gottlieb Mittelberger, Voyage en Pennsylvanie en l'an 1750 (1750-1754)
Organiste et maître d'école né à Enzweihingen, dans le Wurtemberg, Gottlieb Mittelberger s'embarque à Rotterdam en 1750 avec quelque quatre cents émigrants pauvres. La traversée est un cauchemar : maladies, saleté, eau croupie, biscuits grouillant de vers, morts en nombre. À Philadelphie, ceux qui ne peuvent payer leur passage sont vendus pour des années de service. Mittelberger enseigne la musique à New Providence, puis rentre en 1754 et publie son récit à Stuttgart en 1756 pour dissuader ses compatriotes de partir. Pastorius conseillait de ne tenter la traversée qu'en s'en remettant à Dieu et en acceptant la rude chère du bord ; deux générations plus tard, le passage est devenu un commerce.
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William Bartram, Voyages à travers les Carolines, la Géorgie et les Florides (1773-1777)
Deux siècles et demi après la marche de Narváez, le naturaliste de Philadelphie parcourt à cheval et en canot les Florides, du fleuve Saint-Jean à la savane d'Alachua, puis gagne la côte du golfe vers Mobile et le Mississippi. Il dessine les plantes, les alligators, les grues, et décrit avec respect les villes des Creeks et des Séminoles. Là où les hommes de 1528 ne voyaient que lagunes, arbres abattus et archers embusqués, Bartram voit un jardin. Publiés en 1791, ses Voyages ont nourri l'imagination de Coleridge et de Wordsworth.
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William Bartram, Travels through North and South Carolina, Georgia, East and West Florida (1773-1777)
Entre 1773 et 1777, le naturaliste américain William Bartram parcourt seul, à cheval et en canot, la Floride et les Carolines, c'est-à-dire exactement la côte que la flotte de Drake longe entre Saint-Augustin et Roanoke. Il décrit les alligators, les sources, les forêts de pins, les villages creek et séminoles. Son livre, paru en 1791, a nourri les poètes romantiques anglais. Il rend habité et vivant un rivage dont le récit de 1586 ne montre qu'un fort de troncs et un bourg de bois.
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Johann David Schöpf, Voyage à travers les États du centre et du sud de l'Amérique du Nord (1783-1784)
Chirurgien des troupes d'Ansbach venues combattre pour George III, Johann David Schöpf reste en Amérique après la paix pour l'étudier en naturaliste. Le 6 août 1783, il quitte Philadelphie vers Bethlehem et traverse Germantown, encore marquée par les ruines de la guerre : des maisons de pierre espacées sur deux ou trois milles, une population presque entièrement allemande, une église luthérienne, une église réformée, une maison de réunion quaker, des tisserands et des bas de laine. Il attribue la fondation du bourg à Franz Daniel Pastorius, « de Weinsheim », en 1685 : la date même qu'imprime, par erreur, le livre de 1700. Son récit paraît à Erlangen en 1788.
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Moreau de Saint-Méry, Voyage aux États-Unis de l'Amérique, 1793-1798 (1793-1798)
Juriste né à la Martinique, député sous la Révolution, Médéric Moreau de Saint-Méry fuit la Terreur en 1794 et s'installe à Philadelphie, alors capitale fédérale. Il y ouvre, à l'angle de Front Street et de Walnut Street, une librairie qui vend livres, cartes, estampes et musique en plusieurs langues, et devient le rendez-vous des exilés français. Son journal note tout : les rues tirées au cordeau, les marchés, les maisons de brique, les mœurs des quakers. En 1798, menacé par les lois sur les étrangers, il rentre en France ; ses notes ne seront publiées qu'en 1913. Un siècle après Pastorius, la ville de William Penn accueille à son tour des réfugiés venus d'Europe.
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Peter Kalm, Voyage en Amérique du Nord (v. 1750)
Le naturaliste suédois, disciple de Linné, parcourt vers 1750 l'Hudson, le Delaware et les environs d'Albany que Danckaerts avait vus soixante-dix ans plus tôt. Là où le labadiste notait les âmes, Kalm relève les plantes, les sols, les usages. Mis bout à bout, leurs récits font apparaître la lente transformation d'une frontière coloniale en pays cultivé.
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Louis-Antoine de Bougainville, Écrits sur le Canada (v. 1758)
Rédaction vers 1758. Le futur navigateur passe trois années aux côtés de Montcalm en Nouvelle-France avant de partir faire le tour du monde. Regard d'un philosophe des Lumières sur la colonie à la veille de sa chute.
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Alexander von Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (1799-1804)
Humboldt débarque à Cumaná en 1799 et passe cinq ans à mesurer, herboriser et comprendre l'Amérique espagnole. Il séjourne à Carthagène en 1801 avant de remonter le fleuve Magdalena vers Bogota. Il décrit une ville portuaire assoupie, ses fortifications démesurées, sa chaleur, ses fièvres, et l'empire finissant qui l'entoure. Deux siècles après la nuit de marche des soldats anglais sur la grève, les murailles bâties en réponse à ce genre d'attaque sont toujours là, et ne servent plus à rien.
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Washington Irving, Histoire de New York (1809)
Sous le masque du facétieux Diedrich Knickerbocker, Irving ressuscite en 1809 la New York hollandaise que Danckaerts avait connue de l'intérieur. La satire est tendre, le décor exact : on y retrouve les bacs, les tavernes, les noms de rues et l'esprit de la vieille Nieuw-Amsterdam que le journal nous montre, lui, sans nostalgie ni légende.
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Maximilien de Wied-Neuwied, Voyage au Brésil dans les années 1815, 1816 et 1817 (1820-1821)
De 1815 à 1817, le prince Maximilien de Wied-Neuwied remonte la côte du Brésil de Rio jusqu'à Bahia, à travers les forêts du Rio Doce et du Mucuri, chez les Botocudos qu'il observe avec une attention nouvelle. Près de la baie, à Nazaré, il est arrêté au moment de l'insurrection de Pernambouc et reste trois jours enfermé, jusqu'à ce que le gouverneur de Bahia ordonne sa libération. Il longe ensuite Itaparica, ses baleineries et ses clôtures en os de baleine, puis quitte Salvador en mai 1817 sur un navire que le gouvernement avait réquisitionné. Dix ans après Ver Huell, les mêmes soupçons envers l'étranger, et la même baie.
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Johann Baptist von Spix et Carl Friedrich Philipp von Martius, Reise in Brasilien (1823-1831)
Envoyés par le roi de Bavière dans le sillage de l'archiduchesse Léopoldine, future impératrice du Brésil, le zoologiste Spix et le botaniste Martius parcourent le pays de 1817 à 1820. Après le Minas Gerais et ses mines de diamants, ils gagnent la côte à Salvador, puis repartent à travers la caatinga, où la soif et la fièvre manquent de les tuer, étudient la météorite de Bendegó et finissent par remonter l'Amazone. Leur relation, publiée de 1823 à 1831, est le grand inventaire savant d'un pays que l'ouverture des ports, décrétée à Bahia en 1808, vient de rendre accessible aux étrangers. Ce que Ver Huell regardait en curieux, ils le classent en naturalistes.
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Maria Graham, Journal of a Voyage to Brazil (1824)
Fin 1821, Maria Graham arrive à Bahia sur la frégate Doris, commandée par son mari, alors que le Brésil s'apprête à rompre avec Lisbonne. Son journal, publié en 1824, décrit la ville basse, ses marchés, ses églises, les chaises à porteurs et le marché aux esclaves, qu'elle dit ne pas savoir regarder sans honte ni indignation ; elle visite aussi l'île d'Itaparica et ses champs de canne. Anglaise, lettrée, bientôt veuve, elle voit la ville avec d'autres yeux que le jeune officier hollandais, mais les mêmes rues en pente, les mêmes cadeiras et la même violence de l'esclavage traversent les deux livres, à quatorze ans d'écart.
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Gottfried Duden, Bericht über eine Reise nach den westlichen Staaten Nord-Amerika's (1829)
Quelques années après Ernst, un autre Allemand s'installe de l'autre côté du Mississippi et écrit à son tour pour les candidats au départ. Gottfried Duden vit de 1824 à 1827 sur une ferme proche de la rivière Missouri, à l'ouest de Saint-Louis, et publie en 1829 un récit enthousiaste qui pousse des milliers de familles allemandes à partir. Les deux livres répondent à la question que pose l'un des chapitres d'Ernst : que doit faire l'Européen ? Ernst calcule, Duden fait rêver. Beaucoup de ses lecteurs, arrivés sur place, lui reprocheront d'avoir peint le Missouri sous des couleurs trop belles.
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Alexis de Tocqueville, Quinze jours dans le désert (1831)
En 1831, le jeune Tocqueville s'enfonce vers les Grands Lacs et croise les derniers Indiens de la côte est. Son texte bref et mélancolique prolonge, un siècle et demi plus tard, l'étonnement de Danckaerts devant les Lenapes. Le voyageur français pleure déjà un monde en train de disparaître, là où le Hollandais l'avait surpris encore vivant.
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Frances Trollope, Domestic Manners of the Americans (1832)
Débarquée à La Nouvelle-Orléans à la fin de 1827, Frances Trollope remonte le Mississippi en bateau à vapeur, puis s'installe à Cincinnati, où elle ouvre un grand bazar qui la ruine. Rentrée en Angleterre en 1831, elle publie un portrait féroce des Américains : le tabac chiqué, les repas avalés en silence, la ferveur des réunions religieuses en plein air, l'esclavage. Elle parcourt le chemin d'Ernst en sens inverse, du delta à l'Ohio, et retrouve, huit ans plus tard, les villes qu'il voyait naître. Son livre fit scandale aux États-Unis ; il reste un témoignage très vivant sur l'Ouest des années 1820.
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Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde (1839)
Le 29 février 1832, le Beagle mouille devant Salvador. Charles Darwin, vingt-trois ans, entre pour la première fois dans une forêt tropicale et note que le mot de délice est trop faible pour dire ce qu'éprouve un naturaliste. À Bahia, il observe des insectes lumineux, des araignées, un poisson-globe qui se gonfle d'eau ; plus loin dans son livre, il dira sa colère contre l'esclavage brésilien. Ce récit, publié en 1839, est lui aussi un livre de jeunesse : presque le même âge que Ver Huell, le même premier grand départ, le même émerveillement de dessinateur et de collectionneur devant la nature de la baie de Tous-les-Saints, à un quart de siècle d'écart.
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Maximilien de Wied-Neuwied, Reise in das innere Nord-America (1839-1841)
Naturaliste rhénan déjà connu pour son voyage au Brésil, le prince Maximilien de Wied-Neuwied arrive en Amérique en 1832 avec le peintre suisse Karl Bodmer. Ils passent l'hiver 1832-1833 à New Harmony, l'ancienne cité des Harmonistes que Rapp a vendue entre-temps à Robert Owen, puis remontent le Missouri depuis Saint-Louis jusqu'au pays des Mandans et des Pieds-Noirs. Le livre, illustré des aquarelles de Bodmer, prolonge la route d'Ernst au-delà du Mississippi. Là où Ernst admirait en 1819 une Harmony de croyants laborieux, Maximilien trouve une ville de savants et de réformateurs, signe de la vitesse à laquelle l'Ouest change de visage.
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Charles Dickens, Notes américaines (1842)
En 1842, Charles Dickens, déjà célèbre, parcourt les États-Unis pendant six mois et s'arrête à Philadelphie. Il trouve la ville belle mais d'une régularité à rendre fou : après une heure ou deux de promenade, avoue-t-il, il aurait donné le monde entier pour une rue tortueuse. C'est le plan en croix que William Penn décrivait en 1683, avec ses rues droites et sa grande place centrale. Dickens visite aussi le pénitencier d'État de l'Est, où l'on enferme les détenus en cellule solitaire dans l'espoir de les amender, et il en sort bouleversé. L'utopie quaker des origines, vue cent soixante ans plus tard par un romancier sans indulgence.
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Souvenirs d'un voyage au Chili, Gabriel Lafond de Lurcy, 1843 (1843)
Le marin français a fréquenté les ports de la côte pacifique sud dans les années qui suivent l'indépendance. Ses pages sur Valparaíso, sur le Callao, sur les ruines d'Arica donnent la mesure du temps : les mêmes baies, les mêmes vents, mais les bannières espagnoles ont disparu, et les républiques créoles cherchent leur ordre nouveau dans le décor que Lizárraga avait inventorié.
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John Russell Bartlett, Récit personnel des explorations au Texas, au Nouveau-Mexique, en Californie, au Sonora et au Chihuahua (1850-1853)
Nommé commissaire américain pour tracer la nouvelle frontière après la guerre contre le Mexique, Bartlett passe trois ans entre le Texas, le Nouveau-Mexique, le Chihuahua et le Sonora. Il suit le Rio Grande, traverse les sierras sèches, visite les villes et les missions du Sonora, dessine les paysages et les peuples. Publié en 1854, son récit couvre presque exactement la dernière partie de la route des quatre survivants, des villages du Rio Grande à la côte de la mer du Sud, au moment où cette terre se trouve partagée entre deux États.
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Frederick Law Olmsted, Voyage à travers le Texas (1853-1854)
Avant de dessiner Central Park, Olmsted traverse le Texas à cheval avec son frère, pendant l'hiver 1853-1854. Il décrit la plaine côtière, les colons allemands de New Braunfels, San Antonio, les ranchs, et pousse jusqu'au Rio Grande et au-delà, au Mexique. Son livre, publié en 1857, est aussi un réquisitoire contre l'esclavage qui s'étend dans le nouvel État. Là où Cabeza de Vaca avait marché nu de nation en nation, Olmsted trouve une terre en train de se peupler de fermes, et observe ce que la colonisation fait des hommes.
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Anthony Trollope, The West Indies and the Spanish Main (1858)
En 1858, le romancier anglais, alors fonctionnaire des postes, est envoyé réorganiser les liaisons postales des Caraïbes. Il en tire un récit de voyage rapide, drôle et souvent injuste, où il visite la Jamaïque, Cuba, la Colombie, Panama et la Guyane. Il voit les ports d'où partaient les galions, l'isthme que Drake n'a jamais franchi, et le chemin de fer de Panama, le long du couloir où passera plus tard le canal. Le livre montre ce que trois siècles ont fait de la route du trésor qui était l'enjeu véritable du voyage de 1585.
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James Wetherell, Brazil. Stray Notes from Bahia (1860)
Vice-consul britannique à Bahia pendant une quinzaine d'années, James Wetherell meurt en 1858 sans avoir publié ses notes ; William Hadfield les édite en 1860. Ce sont des fragments vifs et précis : les cadeiras portées sur l'épaule par des esclaves, les ganhadores qui chantent sous leurs charges, la chair de baleine vendue au marché, les fêtes, l'enfant mort promené dans une chaise ornée de rubans avant d'être enterré. Presque tout ce que Ver Huell avait découvert en 1808 est encore là, à peine changé, sous le regard d'un autre étranger installé dans la ville. Le livre montre combien la société de Bahia a peu bougé en un demi-siècle.
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Mark Twain, La Vie sur le Mississippi (1883)
Avant la guerre de Sécession, Mark Twain a été pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi. En 1882, il redescend le fleuve de Saint-Louis à La Nouvelle-Orléans et mêle à ce voyage les souvenirs de son apprentissage, les légendes des pilotes, les bancs de sable qui se déplacent et les troncs immergés qui éventrent les coques. C'est le fleuve qu'Ernst descendit en barque en 1819, de Saint-Louis à Natchez, en évitant de justesse le naufrage. Soixante ans plus tard, les villes ont grandi et le chemin de fer concurrence les vapeurs, mais le fleuve reste le même maître capricieux.
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Aux pays de l'argent, Jules Huret, 1911 (1911)
Le reporter du Figaro parcourt l'Amérique du Sud à la veille de la Première Guerre mondiale. Buenos Aires, Córdoba, Potosí, La Paz, Lima : il visite les mêmes lieux que Lizárraga, mais avec un train, un appareil photo, un carnet de journaliste. Les villes incaïques sont devenues touristiques, la mine de Potosí est presque épuisée, et les héritages coloniaux affleurent partout comme des ossements sous le sable.
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Georges Duhamel, Scènes de la vie future (1928)
En 1928, Georges Duhamel traverse l'Atlantique et passe quelques semaines aux États-Unis. Il en rapporte Scènes de la vie future, publié en 1930, réquisitoire contre une civilisation de la machine, de la publicité et de la standardisation. Les abattoirs de Chicago, le cinéma, l'automobile, la foule pressée : Duhamel s'arrête souvent devant les mêmes spectacles que le prince et y voit la menace d'un avenir mécanique pour l'Europe. La comparaison éclaire les deux livres : le prince égyptien s'agace du bruit et des réclames mais admire l'organisation, quand l'écrivain français, seize ans plus tard, n'y voit plus guère qu'un asservissement.
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Simone de Beauvoir, L'Amérique au jour le jour (1947)
De janvier à mai 1947, Simone de Beauvoir parcourt les États-Unis en conférencière : New York, Chicago, où elle rencontre Nelson Algren, la traversée vers l'Ouest, la Californie, les déserts et les villages indiens du Sud-Ouest, puis le Sud. L'Amérique au jour le jour, paru en 1948, tient le journal de ces mois avec une curiosité gourmande et un regard critique sur l'argent et la ségrégation. Trente-cinq ans après le prince, elle retrouve les trains, les hôtels démesurés et les foules de Broadway, et pose à son tour la question de la place faite aux Noirs et aux Indiens dans la puissance américaine, avec une liberté de femme que le prince observait chez les Américaines.
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Sayyid Qutb, L'Amérique que j'ai vue (Amrika allati ra'aytu) (1948-1950)
De la fin de 1948 à 1950, l'Égyptien Sayyid Qutb, alors fonctionnaire du ministère de l'Instruction publique, étudie aux États-Unis, notamment à Greeley, dans le Colorado, puis en Californie. Il en tire une série d'articles, L'Amérique que j'ai vue, publiés au Caire en 1951. Le texte est sévère : matérialisme, mœurs, sport brutal, racisme. Lu à côté du prince, il dessine une tradition égyptienne du regard sur l'Amérique. Le Colorado est le même, les questions aussi, la liberté des femmes, la publicité, la place des non-Blancs, mais l'admiration de 1912 a cédé la place au rejet, et Qutb deviendra l'un des penseurs majeurs des Frères musulmans.
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John Steinbeck, Voyage avec Charley (1960)
À l'automne 1960, John Steinbeck aménage une camionnette, embarque son caniche Charley et fait le tour des États-Unis pour retrouver le pays dont il écrit. Voyage avec Charley, paru en 1962, suit une route qui croise souvent celle du prince : les chutes du Niagara, où une affaire de certificat de vaccination du chien le fait renoncer au Canada, Chicago, les Rocheuses, Seattle, l'Oregon et la Californie de sa jeunesse. Il trouve un pays transformé par l'automobile, les déchets et le béton, inquiet de sa propre uniformité. Un demi-siècle après 1912, le progrès qu'admirait le voyageur égyptien montre son revers.
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Jonathan Raban, Old Glory (1981)
En 1979, l'écrivain anglais Jonathan Raban descend le Mississippi depuis le Minnesota sur un petit bateau à moteur, pour réaliser un rêve d'enfance né de la lecture de Huckleberry Finn. Il s'arrête dans les villes riveraines, s'attarde à Saint-Louis et à Memphis, écoute les habitants et décrit une Amérique de petites villes, de bars et d'églises. Le fleuve sauvage d'Ernst, avec ses ours, ses pélicans et ses troncs à la dérive, est devenu une voie domestiquée par les digues et parcourue de convois de barges. Le livre mesure ce que cent soixante ans ont fait du paysage, et ce qu'ils n'ont pas réussi à changer.