À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
Récits et ouvrages autour de ce sujet, classés par date, pour situer nos titres. Un lien mène à une édition libre en ligne quand elle existe, ou à notre fiche lorsque l'ouvrage fait partie de notre catalogue.
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Ibn Joubayr, Relation des voyages (1183-1185)
Le pèlerin andalou de Valence accomplit le pèlerinage de La Mecque entre 1183 et 1185 et rédige le carnet qui fondera le genre arabe classique de la rihla. Il passe par les mêmes ports égyptiens, descend la mer Rouge, voit La Mecque cent quarante ans après Nasir, sous les Ayyoubides de Saladin. Plus littéraire, plus brillant, plus élogieux aussi envers le pouvoir sunnite restauré, il complète son devancier sur tous les points où Nasir restait silencieux. Les deux carnets se lisent presque comme une partition à deux voix sur le même Levant.
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Marco Polo, Le Devisement du monde (1298)
Au retour de Chine, le Vénitien longe la côte de Coromandel, s'arrête au tombeau de saint Thomas, décrit les pêcheries de perles, les rois nus couverts de joyaux, les bûchers de veuves et le royaume de Ceylan au Pic sacré. Toutes les merveilles qu'Hamilton retrouve, amoindries ou disputées, Marco Polo les voit éclatantes, quatre siècles plus tôt. Lire l'un après l'autre, c'est suivre la lente transformation d'un même rivage, des splendeurs médiévales aux comptoirs fortifiés du temps des compagnies.
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Ibn Battuta, Voyages (1325-1354)
Le grand voyageur de Tanger sillonne en trente ans, entre 1325 et 1354, tout le monde musulman, de l'Afrique noire à la Chine. Quand il passe à Jérusalem, au Caire ou à La Mecque, c'est trois siècles après Nasir, et le monde a basculé : croisades passées, Mongols installés, Mamelouks au Caire. Le contraste avec le carnet du Persan donne la mesure de ce qui a changé. Là où Nasir décrit en quelques pages, Ibn Battuta s'étend en aventures personnelles, en mariages, en disputes savantes et en banquets princiers.
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Ludovico di Varthema, Itinéraire (1510)
Aventurier bolonais du début du seizième siècle, Varthema est l'un des premiers Européens à visiter La Mecque déguisé en pèlerin, puis à descendre la mer Rouge jusqu'à Aden et à gagner l'Inde. Il parcourt la côte d'Arabie qu'Hamilton longera deux siècles plus tard, s'arrête aux mêmes ports du café, décrit les mêmes cheikhs avides de tribut. Son récit picaresque éclaire, par avance, le monde arabe que le capitaine observera d'un œil plus froid de marchand.
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Antonio Pigafetta, Relation du premier voyage autour du monde (1519-1522)
Deux siècles avant Hamilton, le gentilhomme vicentin embarque avec Magellan et survit à l'expédition qui, la première, traverse le Pacifique. Il touche les Philippines où le capitaine trouve la mort, gagne Bornéo et sa cour fastueuse, charge le girofle des Moluques et longe Timor, ces mêmes îles où le marchand écossais viendra deux cents ans plus tard. Son journal émerveillé montre l'archipel des épices à l'instant où l'Europe le découvre, quand Hamilton n'en verra plus que les comptoirs disputés des compagnies. Lire l'un après l'autre, c'est suivre le passage du rêve des épices à leur négoce ordinaire.
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Ogier Ghiselin de Busbecq, Lettres turques (1581)
L'ambassadeur impérial à Istanbul publie en 1581 ses quatre lettres latines depuis la cour de Soliman le Magnifique. Cent quatre-vingts ans après Schiltberger, le même empire ottoman, plus puissant que jamais, accueille un autre Occidental, cette fois en ambassadeur. Busbecq décrit la Sublime Porte au sommet, dans les années où l'imprimeur de Frankfurt republie pour ses contemporains le récit du Bavarois en libellé d'avertissement. Lire Busbecq juste après Schiltberger, c'est suivre l'Empire ottoman de son enfance à son apogée.
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Matteo Ricci et Nicolas Trigault, Histoire de l'expédition chrétienne au royaume de la Chine (1615)
Le jésuite Ricci, entré en Chine à la fin du seizième siècle, apprend la langue et les classiques, gagne l'amitié des lettrés et pénètre jusqu'à Pékin. Son récit, mis en forme par Trigault, révèle à l'Europe une civilisation raffinée que le capitaine, un siècle plus tard, ne côtoiera que par le guichet des douanes de Canton. Là où Hamilton peste contre le Hapoa et ses exactions, Ricci décrit de l'intérieur la cour, l'examen des mandarins et la sagesse de Confucius, et donne à la Chine des marchands la profondeur savante qui manque au regard du seul négociant.
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Tomé Pires, Suma oriental (v. 1515)
Apothicaire et agent portugais, Pires rédige vers 1515, depuis Malacca même, la plus complète description du grand commerce asiatique de son temps, avant de mourir prisonnier en Chine. Il énumère les cargaisons, les routes et les nations qui se croisent au détroit, ce même verrou où Hamilton achève son deuxième tome. Son inventaire minutieux montre Malacca au faîte de sa fortune marchande, quand le capitaine écossais n'en verra plus qu'une colonie hollandaise, riche encore mais déchue de sa gloire première.
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Duarte Barbosa, Le Livre de Duarte Barbosa (v. 1516)
Facteur portugais du début du seizième siècle, Barbosa décrit l'océan Indien à l'heure où sa nation en tient les clés, deux siècles avant qu'Hamilton n'en constate le déclin. Cambay, Diu, Ormuz, Mombasa, Mozambique : toutes les places que le capitaine écossais trouve fortifiées, assiégées ou perdues, Barbosa les voit neuves, aux mains de la Couronne du Portugal. Lire l'un après l'autre, c'est mesurer la lente marée qui retire la puissance lusitanienne de ces rivages.
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Adam Olearius, Voyage en Moscovie, Tartarie et Perse (1647)
Le diplomate de Holstein publie en 1647 son récit du voyage de 1633-1639, à travers Moscou, la Volga, la mer Caspienne, Ispahan et le retour par Bakou. Deux cents ans après Schiltberger, la même géographie sibérienne, caucasienne et persane, mais avec d'autres souverains : les Romanov en Russie, les Safavides en Perse, les Ottomans dans la Caucasie. Schiltberger avait vu ces routes dans le désordre des successions tatares ; Olearius les voit consolidées en empires modernes.
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Nicolas Sanson et les cartographes du grand siècle (1650-1700)
Avant les relevés modernes, l'océan Indien se lit sur les cartes des géographes du roi, où les côtes qu'Hamilton dit si mal figurées prennent forme peu à peu. Suivre ces cartes, de la mer d'Éthiopie aux embouchures de l'Indus, permet de comprendre pourquoi le capitaine se plaint sans cesse de bancs et de rochers absents des portulans : il navigue dans un monde encore à moitié deviné, que d'autres, après lui, achèveront de dessiner.
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Johan Nieuhof, L'Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies vers l'empereur de la Chine (1665)
Membre de la première grande ambassade hollandaise à Pékin, au milieu du dix-septième siècle, Nieuhof remonte la Chine de Canton à la capitale et rapporte des centaines de dessins qui fixent pour longtemps l'image du pays en Europe. Il voit, cinquante ans avant Hamilton, les mêmes fleuves, les mêmes ponts et les mêmes villes, mais du côté de l'ambassade quémandeuse plutôt que du marchand berné. Son livre éclaire le cérémonial et la morgue de l'administration impériale que le capitaine subira à son tour, sans en percer les usages.
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Arnoldus Montanus, Ambassades mémorables vers les empereurs du Japon (1669)
Compilateur hollandais du dix-septième siècle, Montanus rassemble les récits des envoyés de la Compagnie au Japon des shoguns, ce pays refermé sur lui-même que seuls les Hollandais approchent encore, par la mince fenêtre de Nangasaki. Son livre, tout bruissant de cortèges et de merveilles, montre l'empire clos qu'Hamilton n'entrevoit que de loin, et raconte par le menu la répression du christianisme et la ruse des marchands que le capitaine résume en quelques pages fortes. C'est le grand tableau européen du Japon interdit, dont Hamilton ne donne que l'esquisse.
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Gemelli Careri, Voyage autour du monde (1699-1700)
À la fin du dix-septième siècle, le juriste napolitain fait à ses frais le tour de la Terre. Il traverse la Chine, monte à Pékin, contemple la Grande Muraille, puis s'embarque à Manille sur le galion qui relie les Philippines à l'Amérique. Presque contemporain d'Hamilton, il parcourt exactement les mers de ce troisième tome, mais en curieux libre et non en marchand. Son témoignage confirme, corrige ou colore mainte scène du capitaine, de la cour de Canton aux rues de Manille, et donne un compagnon de route lettré à la traversée de l'Insulinde et des mers de Chine.
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Engelbert Kaempfer, Amœnitates exoticæ (1712)
Le médecin et naturaliste de Westphalie traverse en 1683-1685 la Russie, la Perse safavide et la mer Caspienne. Son Latin scientifique de la fin du XVIIe siècle est le premier portrait européen complet de la Perse moderne. Là où Schiltberger témoignait à la première personne des destructions timourides, Kaempfer décrit l'Iran reconstitué sous Shah Abbas, avec ses jardins, ses mosquées, ses caravansérails.
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Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage du Levant (1717)
Le botaniste français du Roi-Soleil publie en 1717 son récit de la mission de 1700-1702 en Anatolie, en Géorgie, en Arménie et à Constantinople. Les mêmes lieux que Schiltberger, exactement trois cents ans après, vus par un savant des Lumières naissantes. Le Caucase et l'Anatolie ont changé d'ottomans, mais les noms des villes, les peuples, les religions sont à peu près ceux qu'avait vus le Bavarois.
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Constantin-François Volney, Voyage en Syrie et en Égypte (1783-1785)
Moins de vingt ans après Niebuhr, le jeune Volney parcourt l'Égypte et la Syrie et publie, en 1787, l'année même des Remarques sur Alep, un tableau qui fera autorité. Son pachalik d'Alep recoupe trait pour trait celui de Niebuhr : villages abandonnés aux portes du désert, route d'Alexandrette infestée de voleurs, Antioche déchue, air fiévreux d'Alexandrette et refuge de Beilan dans la montagne. Il y ajoute les pigeons voyageurs et le célèbre bouton d'Alep. Mais Volney généralise et juge le despotisme ottoman en philosophe des Lumières, là où Niebuhr, plus modeste, raconte ce qu'il a vu et laisse le lecteur conclure.
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Volney, Voyage en Égypte et en Syrie (1787)
Le philosophe français arpente l'Orient ottoman entre 1783 et 1785 et publie son récit à Paris en 1787. Il décrit Jérusalem, Damas, Le Caire et la côte levantine d'un œil rationaliste et critique. La même géographie que Nasir, sept siècles plus tard, sous un autre empire et d'autres dynasties. Texte fondateur de l'orientalisme moderne, éclairant à relire après le Persan parce qu'il montre, à dix générations de distance, ce que la même terre est devenue : un Levant ottoman, appauvri, engourdi, mais encore largement reconnaissable à celui que Nasir avait traversé.
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Volney, Voyage en Syrie et en Égypte (1787)
Dix ans après Plechtcheïev, de 1783 à 1785, le jeune Volney séjourne en Égypte puis en Syrie, où il passe plusieurs mois à apprendre l'arabe dans un couvent du Liban. Son livre consacre de longues pages à l'histoire toute récente : la carrière d'Ali-Bey et sa chute, l'ascension puis la mort du cheikh Daher, et la tyrannie de Djezzar, son successeur à Acre. Ce que le lieutenant russe a vu de ses yeux, Volney le reconstitue en historien et en penseur des Lumières. Le lecteur de Plechtcheïev y trouve la suite et le dénouement d'une histoire dont il a vécu un chapitre.
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James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1790)
Un demi-siècle après Hamilton, l'Écossais James Bruce pénètre enfin l'Éthiopie que son compatriote n'avait connue que par le récit de missionnaires en fuite. Il vit à la cour du souverain que les Européens nommaient le Prêtre Jean, voit de ses yeux les mœurs, la viande crue, la monnaie de sel dont Hamilton n'avait connaissance que par ouï-dire. Son témoignage confirme, corrige et prolonge les pages étonnées que le capitaine consacre au royaume chrétien des montagnes.
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Ali Bey el-Abbassi, Voyages d'Ali Bey el Abbassi en Afrique et en Asie (1803-1807)
Sous un nom d'emprunt et un costume de prince musulman, le Catalan Domingo Badía traverse le Maroc, l'Égypte, La Mecque, la Syrie et l'Anatolie. Au printemps 1806, une tempête manque d'engloutir son navire avant qu'il ne débarque à Larnaca. De là, il gagne Nicosie à travers des collines qu'il trouve dignes de la déesse de l'île, note la richesse des sols et observe une Chypre toujours pressurée par ses gouverneurs. Ses Voyages, parus à Paris en 1814, offrent un contrepoint saisissant aux pages de Niebuhr : quarante ans plus tard, la même île vue par un faux musulman qui servait la politique de Napoléon.
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Jean Louis Burckhardt, Travels in Syria and the Holy Land (1810-1812)
Envoyé par l'Association africaine de Londres pour se préparer à traverser le Sahara, le Suisse Burckhardt choisit Alep comme école : il y apprend l'arabe, vit sous le nom de cheikh Ibrahim et rayonne de là dans toute la Syrie. Liban, vallée de l'Oronte, Hauran, puis en 1812 la route du Caire, au cours de laquelle il devient le premier Européen moderne à décrire Pétra. Ses journaux, publiés en 1822 après sa mort, prolongent exactement le regard de Niebuhr : même patience, même goût des itinéraires mesurés, même attention aux sectes et aux tribus que les voyageurs pressés ignorent.
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Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)
À l'automne 1806, Chateaubriand débarque à Jaffa, la ville devant laquelle Plechtcheïev a vu échouer l'assaut d'Ali-Bey, et monte à Jérusalem sous escorte. Il y passe quelques jours, visite le Saint-Sépulcre, Bethléem et la mer Morte, puis repart vers l'Égypte. Son Itinéraire est le grand livre du pèlerinage romantique : la Terre sainte y est d'abord un paysage de la mémoire et de la foi. Plechtcheïev, lui, la traversait en officier, entre deux combats, et ne voyait dans Jaffa qu'une place forte à prendre. Entre les deux, une génération a changé le regard que l'Europe porte sur l'Orient.
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Alexander Kinglake, Eothen (1834-1835)
En 1834, le jeune Anglais Alexander Kinglake quitte Belgrade et traverse à cheval les Balkans ottomans jusqu'à Constantinople, puis gagne Smyrne, Chypre, Beyrouth, Nazareth, Jérusalem et, à travers le désert, Le Caire où sévit la peste de 1835. C'est presque l'itinéraire de Mayr, à vingt ans de distance, avec les mêmes quarantaines et la même peur de la contagion. Eothen, paru en 1844, est écrit avec un humour désinvolte qui en a fait un classique. Le marchand suisse et le gentleman anglais partagent le refus de l'emphase et le goût de l'anecdote vécue.
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Alphonse de Lamartine, Voyage en Orient (1835)
En 1832, Lamartine s'installe avec sa famille à Beyrouth et part de là pour la Terre sainte avec une petite caravane. Il évoque le siège d'Acre que vient de mener Ibrahim Pacha, traverse la plaine de Caïffa au pied du Carmel, monte à Nazareth et pousse jusqu'au lac de Tibériade et au mont Thabor. Ce sont les paysages mêmes de Plechtcheïev, de la baie du Carmel aux collines de Galilée. Mais le poète y cherche l'émotion religieuse et la beauté des sites, là où l'officier notait les fortifications et les revenus. Au retour, la mort de sa fille Julia à Beyrouth assombrit tout le voyage.
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Edward Lane, Mœurs et coutumes des Égyptiens modernes (1836)
L'arabisant anglais s'installe au Caire en 1825, puis de nouveau en 1833, au temps de Mohammed Ali, et publie en 1836 la plus minutieuse description du Caire de son siècle. Lui aussi distingue, comme Nasir huit cents ans plus tôt, le Caire et le Vieux-Caire, les fastes du pouvoir et l'abondance des bazars. C'est le même labyrinthe de ruelles, le même appel à la prière, les mêmes marchands d'épices, mais la dynastie a changé bien des fois et le califat n'existe plus. Lane achève par l'intérieur ce que Nasir avait commencé : une anthropologie de la ville vécue.
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John Lloyd Stephens, Incidents of Travel in Egypt, Arabia Petraea, and the Holy Land (1837)
En 1836, l'Américain John Lloyd Stephens suit presque pas à pas la route de Laborde : Le Caire, le Sinaï, la forteresse d'Akaba, l'Ouadi Araba, Pétra. Il voyage sous l'habit d'un marchand du Caire et, à Akaba, la garnison réclame aussitôt le bakchich : on y garde le souvenir de la pluie d'or répandue dix ans plus tôt par Laborde, et Linant y est encore connu de tous. Au Caire, Stephens a d'ailleurs rendu visite à Linant avant de partir. Son récit, publié en 1837, vif et ironique, connaît un grand succès et le lance vers les cités mayas. Lire Stephens après Laborde, c'est voir la même route rendue plus chère par le passage du premier.
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Hans Christian Andersen, Le Bazar d'un poète (1840-1841)
Au printemps 1841, Hans Christian Andersen rentre de Constantinople par la mer Noire et le Danube, sur les bateaux à vapeur qui remontent désormais le fleuve vers Vienne. Il fait quarantaine à Orsova, la ville frontière où Mayr avait passé vingt et un jours au lazaret en novembre 1813, et décrit les rives bulgares, serbes et valaques. Le livre, publié en 1842, fait de ce trajet un tableau poétique. Ce qui était pour Mayr une traversée dangereuse en caravane et en barque est devenu, une génération plus tard, une croisière à vapeur ; mais le lazaret, lui, n'a guère changé.
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Edward Robinson et Eli Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea (1841)
Au printemps 1838, le bibliste américain Edward Robinson et le missionnaire Eli Smith quittent Le Caire, traversent le Sinaï, gagnent Akaba puis remontent vers Hébron et Jérusalem, avant de redescendre depuis Hébron jusqu'à Pétra. Smith parle arabe ; Robinson mesure, compare et interroge les Bédouins sur les noms de lieux, où il retrouve souvent ceux de la Bible. Leurs Biblical Researches, parues en 1841, fondent la géographie historique de la Terre sainte et valent à Robinson la médaille d'or de la Royal Geographical Society. Robinson y cite la carte et les planches de Laborde, qu'il juge exactes tout en leur reprochant de ne pas donner une idée d'ensemble de la ville.
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Gérard de Nerval, Voyage en Orient (1843)
Neuf ans après Macbrair, Gérard de Nerval débarque à Alexandrie au début de 1843 et s'installe au Caire, où il loue une maison, achète une esclave javanaise et se fait conter la légende du calife Hakem. Il gagne ensuite Beyrouth et la montagne du Liban, au cœur des rivalités entre Druses et Maronites que Macbrair voyait déjà fermenter sous Ibrahim Pacha. Son Voyage en Orient, paru en 1851, mêle reportage, rêverie et récits enchâssés. Le contraste est complet : le poète cherche dans l'Orient un mystère à aimer, le missionnaire un peuple à sauver, mais tous deux décrivent la même ville grouillante, ses cafés, ses marchés et ses ruelles.
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Harriet Martineau, Eastern Life, Present and Past (1848)
Quatre ans après Ida Pfeiffer, l'Anglaise Harriet Martineau, déjà célèbre pour ses écrits d'économie politique, part à son tour vers l'Orient à la fin de 1846. Elle remonte le Nil jusqu'en Nubie, traverse le Sinaï, visite Pétra, puis Jérusalem, la Galilée et Damas. Comme la Viennoise, elle voyage en femme mûre, sans se laisser arrêter par les fatigues de la selle et des tentes. Mais là où Pfeiffer prie, Martineau raisonne : son livre fait des temples égyptiens et des lieux saints les étapes d'une histoire des religions, au point de scandaliser une partie de ses lecteurs. Deux femmes devant les mêmes pierres, deux manières de croire.
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Gustave Flaubert, Voyage en Orient (1849-1851)
Cinq ans après Thackeray, Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp, chargé de photographier les monuments, débarquent à Alexandrie en novembre 1849. Ils remontent le Nil jusqu'à la deuxième cataracte, grimpent sur les Pyramides, puis passent par Beyrouth, Jérusalem, Rhodes, Smyrne, Constantinople et Athènes avant de rentrer en 1851. La plupart des escales orientales de Thackeray s'y retrouvent, mais vues par un homme qui fuit le pittoresque convenu autant que lui et cherche la sensation brute : la chaleur, la crasse, les almées, la mort. Ses notes et ses lettres, publiées après sa mort, ont la liberté d'un carnet intime. Le Saint-Sépulcre déçoit Flaubert comme il avait agacé Thackeray.
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Thomas Eyre Poole, La vie, les paysages et les mœurs en Sierra Leone et en Gambie (1850)
Aumônier colonial et de garnison à Freetown, le révérend Thomas Eyre Poole publie à Londres, en 1850, deux volumes sur les colonies britanniques d'Afrique de l'Ouest. De la Sierra Leone, il passe en Gambie, visite les établissements du fleuve et le remonte longuement. Il peint la vie des colons, des Africains libérés et des peuples riverains, s'attarde sur les églises mal entretenues, les cimetières envahis par les herbes et les fièvres qui fauchent les Européens, dont il réchappe lui-même plusieurs fois. Le lecteur y retrouve la colonie fragile, ses comptoirs et ses missions que Macbrair avait connus, vus cette fois par un homme d'Église anglican plutôt que méthodiste.
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Ludwig August Frankl, Nach Jerusalem! (1856)
Trois ans après Énault, le poète viennois Ludwig August Frankl, secrétaire de la communauté juive de Vienne, gagne Jérusalem en 1856 pour y fonder une école moderne, la fondation Lämel. Son livre, paru en 1858, décrit de l'intérieur ce qu'Énault voyait du dehors : la vie des communautés juives de la ville, leur pauvreté, leurs querelles, leurs rapports avec les consuls et les autorités ottomanes. Le pèlerin catholique s'arrêtait au mur des Lamentations ; Frankl entre dans les maisons, les synagogues et les hospices, et donne à la Jérusalem de ces années un visage que les récits chrétiens laissaient dans l'ombre.
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Herman Melville, Journal of a Visit to Europe and the Levant (1856-1857)
À l'automne 1856, Herman Melville, épuisé par les échecs de Moby Dick et de Pierre, part seul pour la Méditerranée. Il découvre Constantinople, descend en Égypte où les Pyramides l'écrasent, puis débarque à Jaffa et passe plusieurs semaines en Palestine, de Jérusalem à la mer Morte, avant Beyrouth, la Grèce et l'Italie. Son journal, griffonné au jour le jour et publié seulement au XXe siècle, suit presque la route de Thackeray, mais dans une autre tonalité : là où l'Anglais plaisante devant le Saint-Sépulcre, l'Américain y trouve un désert spirituel. De ce voyage naîtra Clarel, long poème sur le doute religieux paru en 1876.
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Lucie Duff Gordon, Lettres d'Égypte (1862-1869)
Atteinte de tuberculose, Lucie Duff Gordon part en 1862 chercher en Égypte un air plus sec et y passe les dernières années de sa vie. Elle s'installe à Louxor dans la « maison française » bâtie sur les toits du temple, apprend l'arabe, soigne les paysans, reçoit notables et coptes, et écrit à sa famille des lettres d'une liberté rare, publiées dès 1865. Elle y décrit la corvée, les impôts et les levées d'hommes qui écrasent les fellahs, comme Macbrair trente ans plus tôt sous Méhémet Ali. Mais là où le missionnaire voyait des âmes à gagner, elle voit des voisins et des amis, et l'on mesure à la lire tout ce que l'arrogance européenne laissait échapper.
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Mark Twain, The Innocents Abroad (1867)
En 1867, Mark Twain embarque à New York sur le Quaker City pour l'une des premières croisières organisées : Gibraltar, Tanger, l'Italie, Athènes, Constantinople, Smyrne, Beyrouth, la Terre sainte et l'Égypte. C'est, vingt-trois ans plus tard, la croisière de Thackeray en version américaine, avec ses pèlerins pieux, ses voyageurs qui cassent des souvenirs sur les monuments et un narrateur qui refuse de s'extasier sur commande. Twain se glisse de nuit sur l'Acropole, marchande au bazar, s'agace des reliques de Jérusalem et contemple le Sphinx. Publié en 1869, le livre devient l'un des récits de voyage les plus vendus de son temps et prolonge, sur un ton plus bruyant, la satire du touriste.
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Mark Twain, Le Voyage des innocents (1869)
En 1867, Mark Twain embarque à New York sur le Quaker City, une croisière organisée, nouveauté de l'époque, avec des pèlerins américains en route pour l'Europe et la Terre sainte. En Palestine, la petite troupe chevauche de Damas vers la Galilée, visite le lac de Tibériade et Nazareth, puis Jérusalem, avant de rembarquer à Jaffa. Twain se moque des pieux voyageurs, des guides et de ses propres illusions, et décrit sans complaisance une région pauvre et poussiéreuse. Un siècle après Plechtcheïev, Nazareth et Jaffa sont devenues des étapes de voyage organisé, et l'ironie de l'écrivain remplace le regard de l'officier en guerre.
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Vasilij Vereščagin, Tableaux et croquis de l'Asie centrale (1870)
Le grand peintre russe, qui suit l'expédition militaire de Konstantin von Kaufman au Turkestan dans les années 1860-1870, peint Samarcande, Khiva et Boukhara avant qu'elles ne soient incorporées à la Russie. Ses descriptions accompagnant les tableaux décrivent une Asie centrale encore reconnaissable de celle de Schiltberger : émirs locaux, fanatismes religieux, esclaves circassiens, processions de cavaliers. Les dernières années où la steppe avait l'air de la steppe.
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Edward Henry Palmer, The Desert of the Exodus (1871)
En 1869, l'orientaliste de Cambridge Edward Henry Palmer participe au relevé du Sinaï mené pour le Palestine Exploration Fund ; il repart ensuite avec le naturaliste Charles Tyrwhitt-Drake pour parcourir à pied, sans escorte, le désert de Tih, ce plateau calcaire que Laborde voyait border l'Ouadi Araba à l'ouest. Dix mois sous une petite tente, des inscriptions copiées dans les vallées, des nuits chez les Bédouins qui l'appellent Abdallah Effendi : The Desert of the Exodus, paru en 1871, cherche comme l'introduction de Laborde les traces de l'Exode dans le paysage, mais avec les instruments d'une science nouvelle. Le désert que Laborde longeait devient enfin un pays cartographié.
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Amelia B. Edwards, Mille milles en remontant le Nil (A Thousand Miles up the Nile) (1873-1874)
Romancière et journaliste, Amelia Edwards arrive en Égypte presque par hasard, en novembre 1873, pour fuir la pluie d'Europe. Elle loue une dahabieh et remonte le Nil au-delà d'Abou Simbel jusqu'à la deuxième cataracte, en dessinant tout ce qu'elle voit. Son livre, paru en 1877, mêle humour, érudition et indignation devant les monuments mutilés par les chercheurs de trésors et les visiteurs. Elle fondera en 1882 l'Egypt Exploration Fund, pour fouiller et protéger ce patrimoine. Macbrair avait vu les mêmes temples à Thèbes, Edfou et Philae ; quarante ans plus tard, Edwards montre ce que le tourisme naissant a fait de ce Nil des missionnaires et des pachas.
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Amelia B. Edwards, A Thousand Miles up the Nile (1873-1874)
Thackeray s'arrête au Caire et aux Pyramides ; la romancière anglaise Amelia Edwards, arrivée en Égypte presque par hasard à l'hiver 1873, va beaucoup plus loin. Sur une dahabieh, avec une amie et un équipage nubien, elle remonte le Nil jusqu'à Abou Simbel et la deuxième cataracte, dessine les temples, fait dégager des peintures ensablées et s'indigne des pillages. Son livre, publié en 1877, mêle la vie du bord, les paysages et une érudition qui grandit au fil des pages. Le voyage décide de sa vie : en 1882, elle fonde à Londres l'Egypt Exploration Fund.
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Samuel White Baker, Cyprus as I Saw It in 1879 (1879)
Un an après que l'Empire ottoman a cédé l'administration de Chypre à la Grande-Bretagne, l'explorateur du Nil Samuel Baker débarque à Larnaca et parcourt l'île pendant plusieurs mois avec sa femme Florence, en chariot et sous la tente. Il décrit les routes, les forêts dévastées, les paysans, les impôts, les villes de Nicosie, de Kyrenia et de Famagouste, et juge sans indulgence la nouvelle administration comme l'ancienne. Plus d'un siècle après Niebuhr, la question reste la même : pourquoi une île si fertile est-elle si pauvre ? La réponse de Baker, celle d'un colon pragmatique, fait écho à la colère des Chypriotes de 1766.
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Laurence Oliphant, Haifa, or Life in Modern Palestine (1882-1885)
En 1882, l'écrivain et ancien diplomate britannique Laurence Oliphant s'installe à Haïfa, au pied du Carmel où s'achève le voyage d'Énault, et passe ses étés dans un village druze de la montagne. Ses lettres au New York Sun, réunies en 1887, décrivent la colonie allemande des Templiers, les premiers villages juifs, les couvents, les fouilles, les Druzes et les Bédouins. Là où Énault voyait une terre sacrée figée dans ses souvenirs bibliques, Oliphant observe un pays qui change, défriché, colonisé, convoité. Le Carmel des pèlerins devient chez lui un poste d'observation sur la Palestine moderne.
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Lord Curzon, Russia in Central Asia (1889)
Le futur vice-roi des Indes publie en 1889 son récit du voyage à travers le Turkestan russe nouvellement conquis. Schiltberger avait vu Saraï sur la Volga florissante ; Curzon traverse ses ruines de sable. Mille routes que le Bavarois avait parcourues comme captif, l'Anglais les refait en train transcaspien. La modernité industrielle a remplacé la steppe nomade.
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Guy Le Strange, Palestine sous les musulmans (1890)
L'orientaliste anglais rassemble en 1890 les descriptions que les géographes arabes et persans ont laissées de la Syrie et de la Palestine, du VIIe au XVe siècle, et il accorde une large place au témoignage de Nasir sur Jérusalem et le Haram. Lire ce recueil après le Safarnama, c'est replacer le carnet du Persan dans le chœur de tous ceux qui ont décrit la ville sainte avant les croisés : Le Strange traduit, compare, situe, et fait entendre Nasir parmi ses pairs.
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Matilde Serao, Nel paese di Gesù (1893)
Quarante ans après Énault, la journaliste napolitaine Matilde Serao, cofondatrice du quotidien Il Mattino, fait à son tour le voyage de Terre sainte en 1893 et en tire une série d'articles, réunis en volume en 1898. Même métier, même foi catholique, même route vers Jérusalem, Bethléem et la Galilée. Serao écrit avec ferveur et avec un sens aigu de la scène, des foules et des couleurs, qui rappelle celui de son devancier. Les deux journalistes, le Parisien du Second Empire et la Napolitaine de la fin du siècle, composent un diptyque du pèlerinage vu par la presse.
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Pierre Loti, Jérusalem (1894)
Au printemps 1894, après avoir traversé le Sinaï à dos de chameau, Pierre Loti arrive à Jérusalem en pèlerin sans foi, venu chercher une émotion religieuse qu'il ne trouve pas. Il décrit, cinquante ans après Thackeray, le même Saint-Sépulcre encombré de sectes rivales, les mêmes foules de pèlerins, une ville grise sous la pluie, mais sur un ton de mélancolie fervente qui est l'opposé exact de l'ironie de l'Anglais. Publié en 1895, le livre forme avec Le Désert et La Galilée un triptyque oriental. Lire Loti après Thackeray, c'est mesurer comment le même lieu peut susciter la satire chez l'un et la ferveur nostalgique chez l'autre.
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Pierre Loti, La Galilée (1895)
Au printemps 1894, après Jérusalem, Pierre Loti remonte vers le nord et traverse la Galilée à cheval, sous les averses d'avril et parmi les fleurs. Il passe par Nazareth, s'attarde au bord du lac de Tibériade, puis gagne Damas. Son livre clôt une trilogie commencée avec Le Désert et Jérusalem. Loti y cherche, sans être sûr de la trouver, la trace du Christ dans ces paysages, et il note la pauvreté des villages et la mélancolie des lieux saints. Plus d'un siècle après la chevauchée de Plechtcheïev vers Nazareth et Cana, la même terre devient le décor d'une quête intérieure.
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Pierre Loti, Le Désert (1895)
Le 22 février 1894, Pierre Loti quitte les sources de Moïse avec une caravane de chameaux, monte au couvent du Sinaï et descend vers le golfe d'Akaba, décidé à suivre la route la plus longue, celle du désert de Pétra, justement parce que les guides lui conseillent de s'en détourner. À Akaba, l'administrateur ottoman lui ferme le chemin : les tribus de l'Idumée sont en rébellion, et Loti doit obliquer vers Gaza à travers le désert. Le Désert, publié en 1895, est un journal de lumières et de silences, tout en couleurs de sable et de granit. On y mesure ce que valait l'entrée à Pétra obtenue par Laborde à force de patience et de cadeaux.
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Gertrude Bell, Syria: The Desert & the Sown (1905)
Au début de 1905, Gertrude Bell quitte Jérusalem à cheval, traverse le Hauran et le pays druze, gagne Damas, Homs et Hama, puis s'attarde à Alep avant de descendre par Antioche jusqu'à Alexandrette, où s'arrête son livre, publié en 1907. C'est presque l'itinéraire de Niebuhr, en sens inverse et cent quarante ans plus tard : les mêmes Bédouins maîtres du désert, les mêmes Nosaïris, les mêmes ruines d'Antioche. Bell, archéologue et future actrice de la politique britannique en Irak, écrit avec un sens du dialogue et du portrait qui fait de ce récit l'un des classiques du voyage au Levant.
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T. E. Lawrence, Seven Pillars of Wisdom (1926)
Le 6 juillet 1917, Thomas Edward Lawrence entre à Akaba avec les Howeitat d'Aouda Abou Tayi et le chérif Nasir, après une longue marche par le désert qui a pris la ville à revers : venus du plateau, ils descendent la vallée de l'Itm, l'Ouadi Djetoum de Laborde, tandis que les défenses turques regardent vers la mer. La forteresse où Laborde attendait les chefs alaouins devient la base de la révolte arabe, et les abords de Pétra une ligne de front. Les Sept Piliers de la sagesse, tirés à petit nombre en 1926 puis publiés en 1935, racontent ce pays d'Édom parcouru à dromadaire, presque un siècle après le passage de Laborde et de Linant.