À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
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Ibn Joubayr, Relation des voyages (1183-1185)
Le pèlerin andalou de Valence accomplit le pèlerinage de La Mecque entre 1183 et 1185 et rédige le carnet qui fondera le genre arabe classique de la rihla. Il passe par les mêmes ports égyptiens, descend la mer Rouge, voit La Mecque cent quarante ans après Nasir, sous les Ayyoubides de Saladin. Plus littéraire, plus brillant, plus élogieux aussi envers le pouvoir sunnite restauré, il complète son devancier sur tous les points où Nasir restait silencieux. Les deux carnets se lisent presque comme une partition à deux voix sur le même Levant.
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Marco Polo, Le Devisement du monde (1298)
Au retour de Chine, le Vénitien longe la côte de Coromandel, s'arrête au tombeau de saint Thomas, décrit les pêcheries de perles, les rois nus couverts de joyaux, les bûchers de veuves et le royaume de Ceylan au Pic sacré. Toutes les merveilles qu'Hamilton retrouve, amoindries ou disputées, Marco Polo les voit éclatantes, quatre siècles plus tôt. Lire l'un après l'autre, c'est suivre la lente transformation d'un même rivage, des splendeurs médiévales aux comptoirs fortifiés du temps des compagnies.
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Ibn Battuta, Voyages (1325-1354)
Le grand voyageur de Tanger sillonne en trente ans, entre 1325 et 1354, tout le monde musulman, de l'Afrique noire à la Chine. Quand il passe à Jérusalem, au Caire ou à La Mecque, c'est trois siècles après Nasir, et le monde a basculé : croisades passées, Mongols installés, Mamelouks au Caire. Le contraste avec le carnet du Persan donne la mesure de ce qui a changé. Là où Nasir décrit en quelques pages, Ibn Battuta s'étend en aventures personnelles, en mariages, en disputes savantes et en banquets princiers.
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Tomé Pires, Suma Oriental (1512-1515)
Apothicaire envoyé aux Indes par le roi Manuel, Tomé Pires rédige à Malacca et en Inde, entre 1512 et 1515, une somme de tout ce qu'il apprend sur l'Orient marchand, de la mer Rouge à la Chine. Il y décrit les ports, les marchandises, les poids, les souverains, Malacca surtout, que les Portugais viennent de conquérir, quelques années après le passage de Varthema. Pires part ensuite en ambassade en Chine, où il meurt sans avoir pu revenir. Son manuscrit, longtemps cru perdu, ne fut retrouvé à Paris qu'en 1944. Il permet de mesurer, sur les mêmes rivages, ce que la conquête portugaise a changé au monde que Varthema avait vu.
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Antonio Pigafetta, Relation du premier voyage autour du monde (1519-1522)
Deux siècles avant Hamilton, le gentilhomme vicentin embarque avec Magellan et survit à l'expédition qui, la première, traverse le Pacifique. Il touche les Philippines où le capitaine trouve la mort, gagne Bornéo et sa cour fastueuse, charge le girofle des Moluques et longe Timor, ces mêmes îles où le marchand écossais viendra deux cents ans plus tard. Son journal émerveillé montre l'archipel des épices à l'instant où l'Europe le découvre, quand Hamilton n'en verra plus que les comptoirs disputés des compagnies. Lire l'un après l'autre, c'est suivre le passage du rêve des épices à leur négoce ordinaire.
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Matteo Ricci et Nicolas Trigault, Histoire de l'expédition chrétienne au royaume de la Chine (1615)
Le jésuite Ricci, entré en Chine à la fin du seizième siècle, apprend la langue et les classiques, gagne l'amitié des lettrés et pénètre jusqu'à Pékin. Son récit, mis en forme par Trigault, révèle à l'Europe une civilisation raffinée que le capitaine, un siècle plus tard, ne côtoiera que par le guichet des douanes de Canton. Là où Hamilton peste contre le Hapoa et ses exactions, Ricci décrit de l'intérieur la cour, l'examen des mandarins et la sagesse de Confucius, et donne à la Chine des marchands la profondeur savante qui manque au regard du seul négociant.
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Duarte Barbosa, Le Livre de Duarte Barbosa (v. 1516)
Facteur portugais du début du seizième siècle, Barbosa décrit l'océan Indien à l'heure où sa nation en tient les clés, deux siècles avant qu'Hamilton n'en constate le déclin. Cambay, Diu, Ormuz, Mombasa, Mozambique : toutes les places que le capitaine écossais trouve fortifiées, assiégées ou perdues, Barbosa les voit neuves, aux mains de la Couronne du Portugal. Lire l'un après l'autre, c'est mesurer la lente marée qui retire la puissance lusitanienne de ces rivages.
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François Pyrard de Laval, Voyage de François Pyrard de Laval aux Indes orientales (1601-1611)
Parti de Saint-Malo en 1601, le Lavallois Pyrard fait naufrage aux Maldives le 2 juillet 1602 et y reste captif cinq ans, apprenant la langue et les usages des insulaires. Évadé en 1607, il passe par l'Inde et connaît Goa, l'Inde portugaise à son apogée, avant de rentrer en France en 1611 et de publier son récit. Un siècle après Varthema, il retrouve les ports de la côte occidentale de l'Inde et les marchands de l'océan Indien, mais vus de l'intérieur de l'empire que le Bolognais a vu naître à Cananor. Ses pages sur les Maldives restent parmi les plus précises jamais écrites par un Européen de son temps.
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Nicolas Sanson et les cartographes du grand siècle (1650-1700)
Avant les relevés modernes, l'océan Indien se lit sur les cartes des géographes du roi, où les côtes qu'Hamilton dit si mal figurées prennent forme peu à peu. Suivre ces cartes, de la mer d'Éthiopie aux embouchures de l'Indus, permet de comprendre pourquoi le capitaine se plaint sans cesse de bancs et de rochers absents des portulans : il navigue dans un monde encore à moitié deviné, que d'autres, après lui, achèveront de dessiner.
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Johan Nieuhof, L'Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies vers l'empereur de la Chine (1665)
Membre de la première grande ambassade hollandaise à Pékin, au milieu du dix-septième siècle, Nieuhof remonte la Chine de Canton à la capitale et rapporte des centaines de dessins qui fixent pour longtemps l'image du pays en Europe. Il voit, cinquante ans avant Hamilton, les mêmes fleuves, les mêmes ponts et les mêmes villes, mais du côté de l'ambassade quémandeuse plutôt que du marchand berné. Son livre éclaire le cérémonial et la morgue de l'administration impériale que le capitaine subira à son tour, sans en percer les usages.
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Arnoldus Montanus, Ambassades mémorables vers les empereurs du Japon (1669)
Compilateur hollandais du dix-septième siècle, Montanus rassemble les récits des envoyés de la Compagnie au Japon des shoguns, ce pays refermé sur lui-même que seuls les Hollandais approchent encore, par la mince fenêtre de Nangasaki. Son livre, tout bruissant de cortèges et de merveilles, montre l'empire clos qu'Hamilton n'entrevoit que de loin, et raconte par le menu la répression du christianisme et la ruse des marchands que le capitaine résume en quelques pages fortes. C'est le grand tableau européen du Japon interdit, dont Hamilton ne donne que l'esquisse.
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Jean-Baptiste Tavernier, Les Six Voyages (1676)
Deux siècles plus tard, le marchand de pierres précieuses Tavernier sillonne encore Ormuz, la Perse, l'Inde et le golfe du Bengale. Ses Six Voyages décrivent les mines de diamants, les cours et les routes commerciales des mêmes régions que Fei Xin. On y voit ce que sont devenus, sous d'autres empires, les comptoirs et les marchés que la flotte du Trésor avait visités.
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Gemelli Careri, Voyage autour du monde (1699-1700)
À la fin du dix-septième siècle, le juriste napolitain fait à ses frais le tour de la Terre. Il traverse la Chine, monte à Pékin, contemple la Grande Muraille, puis s'embarque à Manille sur le galion qui relie les Philippines à l'Amérique. Presque contemporain d'Hamilton, il parcourt exactement les mers de ce troisième tome, mais en curieux libre et non en marchand. Son témoignage confirme, corrige ou colore mainte scène du capitaine, de la cour de Canton aux rues de Manille, et donne un compagnon de route lettré à la traversée de l'Insulinde et des mers de Chine.
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Carsten Niebuhr, Description de l'Arabie (1762-1763)
En 1761, le roi de Danemark envoie cinq savants explorer l'Arabie Heureuse. Après Le Caire, le Sinaï et Djedda, l'expédition gagne le Yémen, est reçue à Sanaa par l'imam, mais la fièvre la décime : Niebuhr, l'arpenteur, est le seul à revenir. De Moka à Sanaa, il parcourt les montagnes et les cités que Varthema avait traversées comme prisonnier du sultan d'Aden, deux siècles et demi plus tôt. Sa description, publiée en 1772 et traduite en français dès l'année suivante, apporte cartes, mesures et observations précises là où le Bolognais racontait. Elle reste une référence pour l'histoire du Yémen.
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Volney, Voyage en Égypte et en Syrie (1787)
Le philosophe français arpente l'Orient ottoman entre 1783 et 1785 et publie son récit à Paris en 1787. Il décrit Jérusalem, Damas, Le Caire et la côte levantine d'un œil rationaliste et critique. La même géographie que Nasir, sept siècles plus tard, sous un autre empire et d'autres dynasties. Texte fondateur de l'orientalisme moderne, éclairant à relire après le Persan parce qu'il montre, à dix générations de distance, ce que la même terre est devenue : un Levant ottoman, appauvri, engourdi, mais encore largement reconnaissable à celui que Nasir avait traversé.
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James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1790)
Un demi-siècle après Hamilton, l'Écossais James Bruce pénètre enfin l'Éthiopie que son compatriote n'avait connue que par le récit de missionnaires en fuite. Il vit à la cour du souverain que les Européens nommaient le Prêtre Jean, voit de ses yeux les mœurs, la viande crue, la monnaie de sel dont Hamilton n'avait connaissance que par ouï-dire. Son témoignage confirme, corrige et prolonge les pages étonnées que le capitaine consacre au royaume chrétien des montagnes.
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Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (1806-1807)
Parti en 1806, l'écrivain français traverse la Grèce, gagne Constantinople, débarque en Terre sainte, visite Jérusalem et Bethléem, puis rentre par l'Égypte et le Maghreb. Son récit, publié à Paris en 1811, croise presque pas à pas l'itinéraire syro-palestinien de Nasir, mais le regard a changé du tout au tout : là où le Persan mesure des coudées et compte des portes, le Romantique cherche des ruines, des tombeaux et de l'émotion. Deux manières opposées de tenir un carnet devant les mêmes pierres.
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Johann Ludwig Burckhardt, Travels in Arabia (1814-1815)
Sous le nom de Cheikh Ibrahim, le Suisse Burckhardt passe plusieurs mois dans le Hedjaz en 1814 et 1815, accomplit le pèlerinage et séjourne à La Mecque et à Médine. Ses notes, publiées à Londres après sa mort, décrivent la Kaaba, les rites, la population et le commerce des villes saintes avec une exactitude que les voyageurs postérieurs n'ont guère dépassée. Trois siècles après Varthema, déguisé lui aussi pour entrer dans le sanctuaire interdit aux non-musulmans, Burckhardt suit les mêmes chemins de Djedda et de la caravane. Lire les deux récits côte à côte permet de faire le tri entre ce que le Bolognais a vu et ce qu'il a enjolivé.
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Edward Lane, Mœurs et coutumes des Égyptiens modernes (1836)
L'arabisant anglais s'installe au Caire en 1825, puis de nouveau en 1833, au temps de Mohammed Ali, et publie en 1836 la plus minutieuse description du Caire de son siècle. Lui aussi distingue, comme Nasir huit cents ans plus tôt, le Caire et le Vieux-Caire, les fastes du pouvoir et l'abondance des bazars. C'est le même labyrinthe de ruelles, le même appel à la prière, les mêmes marchands d'épices, mais la dynastie a changé bien des fois et le califat n'existe plus. Lane achève par l'intérieur ce que Nasir avait commencé : une anthropologie de la ville vécue.
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Richard Francis Burton, Personal Narrative of a Pilgrimage to Al-Madinah and Meccah (1853)
En 1853, l'officier britannique Richard Burton se fait passer pour un médecin afghan et rejoint les pèlerins en route vers Médine puis La Mecque. Son récit, publié peu après, devient l'un des grands classiques du voyage en Orient : description minutieuse des rites, des caravanes, des Bédouins, du danger permanent d'être démasqué. Burton connaissait Varthema, dont il cite longuement le récit en annexe, et se savait l'héritier d'une lignée de voyageurs déguisés qui commence avec le Bolognais engagé parmi les Mamelouks. Entre les deux, trois siècles et demi ont passé, mais la même question demeure : comment voir, et raconter, ce que l'on n'a pas le droit de voir.
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Guy Le Strange, Palestine sous les musulmans (1890)
L'orientaliste anglais rassemble en 1890 les descriptions que les géographes arabes et persans ont laissées de la Syrie et de la Palestine, du VIIe au XVe siècle, et il accorde une large place au témoignage de Nasir sur Jérusalem et le Haram. Lire ce recueil après le Safarnama, c'est replacer le carnet du Persan dans le chœur de tous ceux qui ont décrit la ville sainte avant les croisés : Le Strange traduit, compare, situe, et fait entendre Nasir parmi ses pairs.